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Japon:
l'offensive des négateurs de
l'Histoire Par
Arnaud Nanta, doctorant à Paris
VII Tokyo,
lundi 25 juin 2001 Sixième
partie: Les négationnistes imposent leur loi
à la télévision Dans le même temps, suite au Procès international de l'esclavage sexuel tenu en décembre 2000, a eu lieu le 30 janvier 2001 ce que l'on peut qualifier d'"Affaire de la Censure NHK" (67). La chaîne de retransmission nationale NHK avait alors programmé sur 4 soirées consécutives l'ensemble "ETV2001 - Quel jugement pour la guerre?" (Sensô ha dô sabaku ka (68)). Cette série de programmes a eu pour buts de: (le 29) présenter la façon dont la France et l'Allemagne gèrent le Passé, et expliciter la notion de Crime contre l'Humanité; (le 30) expliquer les enjeux du Procès international de décembre 2000; (le 31) la question du viol des droits de la femme dans le cas des conflits actuellement en cours dans le monde; (le 1er) une réflexion autour de la Commission pour la Réconciliation et la Vérité qui gère le post-apartheid en Afrique du Sud. On remarque parmi les différents intervenants et directeurs Takahashi Tetsuya, un des leaders du mouvement anti-négationniste à l'Université de Tôkyô. Pourtant, l'émission du 30 janvier fut plus courte que les 3 autres et très critique par rapport au procès de décembre et à la notion de Cour Internationale en général, ce qui ne fut pas sans surprendre les personnes qui l'ont visionnée, à commencer par ses réalisateurs. En réalité, suite à des menaces de groupes d'extrême-droite envers les producteurs des programmes sus-mentionnés, groupes qui sont même aller jusqu'à pénétrer dans les locaux de la NHK à Tôkyô (Shibuya) (69), la NHK a décidé dans l'après-midi du 30 janvier de façon unilatérale de diffuser une version complètement remontée de l'émission. Cette émission avait été tournée le 27 décembre 2000 (70), puis modifié avec tous les réalisateurs les 27 et 28 janvier 2001. Pourtant, le contenu de l'émission diffusée juste 2 jours plus tard, le 30, sembla "très peu naturel" (71). Outre le problème de la mise en lumière des pouvoirs qui ont agi dans cette affaire de censure médiatique -car seul un directeur de régie a assez de pouvoir pour donner ce type de directives dans la journée-, la VAWW (le réprésentant japonais au procès, le 6 février), les groupes concernées (72) (le 28 février), ainsi que l'ensemble des réalisateurs et producteurs (pétition internationale de Yoneyama Risa (California University, le 16 mars) ont posé lors de plaintes officielles à la NHK la question de la liberté d'expression au Japon. La pétition à Fukuda Yasuo En mars, alors que la décision finale du Ministère de l'Education Nationale se fait attendre, la situation continue de se tendre au niveau national comme international. Le 28 février 2001, un mannequin à l'effigie du président de la commission du Budget à la Diète Norota Yoshinari est brûlée sur la place publique à Séoul (Corée du Sud). Il est reproché à celui-ci d'avoir fait 10 jours auparavant une déclaration à l'Assemblée Nationale justifiant la "Guerre de la Grande Asie Orientale". Alors que la Corée s'apprêtait à commémorer l'anniversaire du Mouvement d'Indépendance qui était né pendant l'occupation coloniale (1er mars 1919), les médias d'informations se concentrent à nouveau sur le manuel du "Comité" (73). Le 16 mars 2001, une pétition de 17 intellectuels, écrivains, et professeurs japonais, dont Ôe Kenzaburô, Komori Yôichi, Inoue Hisashi, Kaneko Masaru, Satô Manabu, Miki Mutsuko (74) est envoyée au secrétaire d'Etat du Premier ministre Mori, Fukuda Yasuo pour mentionner le fait que les [8] manuels alors en cours d'examen "montrent [tous] une tendance à un très large recul au niveau des mentions relatives aux dommages [infligés] par l'ex. armée japonaise", et pour demander de pratiquer les "corrections nécessaires" (tekiseika) (75). Cette pétition a été ignorée.
Le 8 mai 2001, le ministre des Affaires Etrangères et du Commerce de Corée du Sud a convoqué l'ambassadeur du Japon afin de lui faire part d'une demande officielle de la Corée au gouvernement japonais de re-examiner les manuels scolaires pour le collège. Les motifs invoqués sont: -1- Ces manuels vont à l'encontre des accords oraux (taidan) de 1995 avec le 1er Ministre Murayama et à l'encontre de la Déclaration Commune Nippo-Coréenne de 1998 (nikkan kyôdô sengen); -2- Ces manuels déforment l'Histoire; celui de la Fusôsha "faisant affront aux pays qui ont souffert à cause du Japon, et présentant une vision de l'histoire sur-dommageante (76)". Du côté des rédacteurs du manuel, le "Comité" n'a pas souhaité répondre aux questions des journalistes (i.e. du Asahi) et la Fusôsha a déclaré qu'elle s'en tiendra aux consignes du Ministère. Enfin, le ministre de l'Education Nationale Tôyama a expliqué qu'il était impossible d'imposer des corrections aux éditeurs. Dans un même temps, le secrétaire d'Etat Fukuda Y. a été confirmé dans ses fonctions par le gouvernement (24 avril). La Corée a annoncé un boycott sur les produits japonais et les gouvernements d'Indonésie et de Singapour ont annoncé leur intention de revoir globalement les programmes d'histoire des collège et lycée afin que la part consacrée à l'occupation japonaise y soit suffisante. Aujourd'hui, le manuel du "Comité" a été homologué et le "Comité" se prépare en vue de la sélection qui aura lieu en juillet 2001, en même temps pour le primaire et pour le collège. Cette sélection déterminera si effectivement le "Comité" a réussi ou non à faire adopter sa vision de l'Histoire. La décision se fera au niveau local (saitakuku), par les Commissions d'Educations (kyôiku iinkai), auxquelles les enseignants ne participent plus depuis l'année 2001. Ces commissions possèdent un droit de décision absolu pour leur zone, et le "Comité" insiste bien sur ce point afin que les enseignants ne participent pas à la sélection, rappelant que "le pouvoir de décision réside dans les Commissions d'Educations" (77). Fujioka N. a annoncé récemment viser la barre des 10% de sélection par département (78), car un résultat inférieur briserait définitivement la crédibilité du texte. Le "Comité" vient quand à lui de fêter l'homologation de son manuel lors de son 14e Symposium le 21 avril (79), se préparant à affronter la "tempête". Toute
l'enquête Japon: l'offensive des
négateurs de l'Histoire a
été publiée en six
parties. -67- Voir: Asahi Shimbun, 2 février
2001 ou Takahashi Tetsuya, Qu'est-ce qui a
été effacé au dernier moment? in
Sekai, mai 2001.
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