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Le Journal d'Anne Frank: Les falsifications de Faurisson
Quatrième partie Les chambres à gaz


Par Didier Daeninckx

Lundi 26 mars 2007


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Dans son article, Robert Faurisson, qui maîtrise l'allemand et le néerlandais, affirme qu'Anne Frank parle de "chambres à gaz" à la date du 9 octobre 1942. Robert Faurisson a pourtant eu connaissance du texte originale puisqu'il met entre parenthèses le mot "vergassing" comme si c'était le mot hollandais pour désigner les chambres à gaz. Si on se réfère à l'édition originale du Journal on trouve cette rédaction de la plume d'Anne Frank:



Il suffit de consulter le dictionnaire de référence de langue néerlandaise pour traduire le mot "vergassing" et réduire à néant la falsification de Faurisson. Le verbe "vergassen" signifie "tuer ou assassiner par le gaz" sans qu'il soit question de "chambre à gaz":



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4) Les chambres à gaz

Lors de ma première lecture du texte de Robert Faurisson, l'argument qui m'avait le plus ébranlé est celui concernant les chambres à gaz.

Robert Faurisson écrit qu' "Il ne faudrait pas attribuer à l'imagination de l'auteur ou à la richesse de sa personnalité des choses qui sont, en réalité, inconcevables".

Il souligne à l'appui de son avis que "Le 9 octobre 1942, Anne parle déjà de 'chambre à gaz' (texte hollandais: 'vergassing')!"

On sait que les informations sur cet instrument du meurtre de masse n'interviendront que près de deux années plus tard, et qu'il est rigoureusement impossible qu'Anne Frank ait pu percer un secret aussi protégé que celui-là. La radio anglaise sera extrêmement prudente et ne divulguera l'existence des chambres à gaz qu'après de nombreuses vérifications.

En lisant cette citation mise sous la plume d'Anne Frank, je me suis dit que si Faurisson avait raison sur ce point, il emportait tout.

Je me suis reporté à l'édition courante en français, une traduction de 1950 publiée par Calmann-Lévy, et, effectivement, les mots "chambre à gaz" figuraient au cœur du texte du 9 octobre 1942. Ce qu'avançait Faurisson avait donc une réalité.

Dans ce cas, la première question que l'on se pose, que l'on soit scientifique ou non, est de savoir si les termes figurent dans l'édition originale ainsi que sur les manuscrits. Je me suis donc procuré cette version originale en néerlandais adossée de manière rigoureuse sur les manuscrits et expertisée par l'Institut national néerlandais pour la documentation de guerre. Le texte des Journaux 1 et 2 écrits par Anne Frank est identique:

"De Engelse radio spreekt van vergassing".

C'est-à-dire littéralement: "La radio anglaise parle de… vergassing". La traduction publiée en France en 1950 est donc fautive. L'existence des chambres à gaz étant avérée à l'époque de l'établissement du texte en français, le traducteur a sollicité la lettre du Journal en pensant en fortifier l'esprit. Robert Faurisson ne l'ignore pas, mais il fait comme si Anne Frank avait supervisé l'édition française de son Journal cinq ans après sa mort dans les camps nazis. Il écrit en effet qu'Anne Frank (et non la radio anglaise) "parle déjà de 'chambre à gaz'"! Il prend soin d'ajouter le terme "vergassing" entre parenthèses pour faire avaler à ses lecteurs dont la connaissance de la langue néerlandaise est, on peut le penser, réduite, le fait qu'Anne Frank aurait écrit le terme néerlandais correspondant à "chambre à gaz".

Selon Robert Faurisson qui maîtrise parfaitement l'allemand et le néerlandais comme le prouve son travail millimétrique sur les moindres différences entre la traduction allemande du Journal et l'original, le mot "vergassing" doit donc être traduit par "chambre à gaz".

Je me suis donc procuré auprès de l'Université de Gand la définition donnée par le Van Dalle, dictionnaire de référence pour la langue néerlandaise, au verbe "vergassen" dont "vergassing" est une déclinaison. Voici cette définition:

"Vergassen: 2) met gas doden of uitmoorden"

Ce que l'on peut traduire par:
"donner la mort par le gaz"
"tuer au moyen du gaz"

Anne Frank n'a donc jamais écrit les mots "chambre à gaz", il s'agit là d'une faute de traduction de la version française dont Robert Faurisson se sert de façon délibérée pour forger une falsification historique. Faurisson sait pertinemment qu'en néerlandais, "chambre à gaz" se dit "gaskamer", formé des mots "gas" pour "gaz" et "kamer" pour "chambre". Et pour accentuer son avantage supposé, basé sur la fausseté, Robert Faurisson prétend qu'une étude des émissions de la radio anglaise et de la radio hollandaise, de juin 1942 à août 1944, arriverait à prouver une supercherie de la part de l'auteur réel du Journal, sous-entendu Otto Frank.


Dans son article publié en 1980 dans le livre de Serge Thion, "Vérité historique ou vérité politique?" (éditions de la Vieille Taupe), Robert Faurisson prétend qu'un témoin miraculeux lui aurait fait des révélations sur les circonstances de l'arrestation de la famille Frank, à Amsterdam. Il ne peut, prétend-il, divulguer le nom de ce témoin dont le nom figure dans une enveloppe cachetée à entête de l'Université Lyon 2. Le fac-similé est placé en annexe du livre.

En août 1978, cette enveloppe mystérieuse a été produite (et non son contenu) devant le tribunal de Hambourg qui jugeait Ernst Römer, un négateur allemand.

Trente ans plus tard, Robet Faurisson s'est fait plus que discret sur cet épisode et plus personne n'a jamais entendu parler du témoin secret, au point que ce fac-similé a disparu des éditions postérieures du texte de Faurisson, particulièrement la traduction néerlandaise.

Ce que Robert Faurisson ne pouvait deviner, c'est que cette enveloppe l'accuse aujourd'hui. Il y a effectivement porté, de sa main, en 1978, la mention "Rapport du Professeur Faurisson sur le Journal d'Anne Frank".

Or, en 1978, quand il produisait cette pièce devant la justice allemande, Robert Faurisson n'était pas professeur d'université, ce grade lui ayant été plusieurs fois refusé. Il usurpait alors, pour influer sur les juges, une fonction scientifique. Robert Faurisson ne sera nommé professeur que deux ans plus tard, au plus fort de l'offensive négationniste.
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Cette étude, que Robert Faurisson s'est, bien entendu, abstenu d'entreprendre, a été faite par l'Institut néerlandais, et elle lui apporte une fois encore un démenti cinglant: à partir de juin 1942, la BBC évoque des massacres au moyen du gaz. Le 9 juillet 1942, par exemple, le bulletin de six heures du soir donne l'information suivante: "On massacre régulièrement des juifs à la mitrailleuse, à la grenade et même au gaz". Anne Frank, qui écoutait régulièrement la BBC et les émissions en néerlandais diffusées depuis Londres, était donc informée des "gazages" en cours à l'Est de l'Allemagne. Le mot "vergassing" terrorisait la population juive de Hollande qui fut décimée à près de 90%. Mais Anne Frank ignora, jusqu'à sa déportation le moyen utilisé par ces gazages: la "chambre à gaz".

Il faut souligner que ce véritable travail de faussaire intitulé "Le Journal d'Anne Frank est-il authentique?" était en 1978-1979 au programme de l'Université Lyon II, inscrit au séminaire de "Critique de textes et documents" dispensé par Robert Faurisson aux étudiants de 4e année déjà pourvus d'une licence.

Non content d'être un faussaire, Robert Faurisson, alors chargé de cours, enseignait le négationnisme au nom de l'éducation nationale. En 1980, alors qu'il était assigné en justice pour sa propagande antisémite, le ministère lui conférera le titre de professeur des Universités, un titre qu'il usurpait depuis plusieurs années déjà dans les publications négationnistes auxquelles il participait.


A l'issue de cette déposition, Eric Delcroix, l'avocat de Robert Faurisson a procédé à l'interrogatoire de Didier Daeninckx et s'est trouvé dans l'incapacité de contredire les points abordés. Il s'est alors livré à une diversion en se saisissant d'une phrase de Pierre Vidal-Naquet, contemporaine de la sortie de l'étude frauduleuse de Robert Faurisson. A la question d'un journaliste de l'hebdomadaire Regards le 7 novembre 1980, Pierre Vidal-Naquet répondait que lorsque Robert Faurisson "montre que le Journal d'Anne Frank est un texte trafiqué, il n'a peut-être pas raison dans tous les détails, il a certainement raison en gros et une expertise du tribunal de Hambourg vient de montrer qu'effectivement, ce texte avait été pour le moins remanié après la guerre, puisqu'utilisant des stylos à bille qui n'ont fait leur apparition qu'en 1951. Ceci est net, clair et précis".

Ce qui est clair, net et précis, c'est que Pierre Vidal-Naquet n'a pas effectué, à l'époque, d'analyse approfondie des élucubrations de Faurisson. Il prend tout de même la précaution de modérer son propos par un "peut-être", de dire que Faurisson a raison "en gros", formulation peu scientifique s'il en est, mais surtout il adosse son avis sur une expertise judiciaire qui ferait apparaître des parties du Journal écrites au moyen de stylos à bille en noir, en bleu, en vert, un argument, il faut le souligner, que Robert Faurisson n'utilise pas dans son long article.

Qu'en est-il? En 1985, le Laboratoire Judiciaire néerlandais procédait à une expertise minutieuse de l'ensemble des écrits d'Anne Frank, et trouvait effectivement quelques mots écrits au stylo-bille noir et bleu. Rien en vert. Il s'agissait de deux languettes de papier jointes aux feuilles volantes remplies de l'écriture d'Anne Frank. Les quelques phrases portées sur ces languettes n'ont aucune incidence sur le contenu du Journal, et leur écriture est radicalement différente de celle d'Anne Frank. Ces ajouts au stylo à bille portent le texte suivant:

"La page 70 est la conclusion de la lettre datée du 28 septembre 1942 (commençant en XVIII à la page 64)".
Et
"La lettre XVI du 12 nov. 1942 page 93 et 94 devrait en fait porter le n°XXVI".

Cela, on le constate, n'a aucune incidence sur le contenu du Journal. Il s'agit, à l'évidence, de notes de travail écrites par l'une des personnes qui a travaillé à l'établissement de la première publication du Journal d'Anne Frank.

Nous publions cet article de Didier Daeninckx en quatre parties. L'intégralité de l'article est déjà disponible dans l'espace abonnés et en téléchargement gratuit au format PDF. En voici le sommaire:

- Les bruits dans l'Annexe
- L'expertise
- Les 2 écritures
- Les chambres à gaz

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