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Lumière noire sur la commission "Négationnisme à Lyon III"

Nous publions en exclusivité la
Lettre ouverte de SOS Racisme et du Cercle Marc Bloch au ministre de l'Education nationale Jack Lang


Monsieur le Ministre,

Suite aux très nombreuses affaires qui ont éclaboussé les universités lyonnaises depuis plus de vingt ans, vous avez installé, le 11 février 2002, une commission destinée à "faire la lumière sur le racisme et le négationnisme qui ont pu trouver leur expression au sein de l'université Lyon III". Nous aurions aimé pouvoir vous en féliciter et nous réjouir avec vous.

Il est notoire en effet, et la presse s'en est maintes fois fait l'écho, qu'à l'Université Lyon III le pire a eu droit de cité: des carnavals grotesques d'extrême droite, un pseudo-institut aryanisant, un faux-druide et vrai nazi recruté en qualité de "maître de conférences associé", des mémoires de maîtrise ouvertement négationnistes comme celui de Jean PLANTIN, animateur d'un réseau éditorial antisémite, deux fois condamné. Tout cela porte atteinte à la réputation de l'Université et de la ville de Lyon. De la "Thèse Roques" (annulée en 1986) au "Mémoire Plantin" (annulé en juin 2001) des enseignants de Lyon III ont été les artisans de dérives scandaleuses qui ne sont pas seulement individuelles. La presse et les associations antiracistes ont mis en évidence l'appartenance de certains enseignants à des réseaux tels que ceux du GRECE ("Nouvelle Droite") ou du CESNUR (organisation occulte de défense des sectes). Bien que les associations et la presse aient largement éclairé ces affaires, une commission officielle d'investigation présentant toutes les garanties d'indépendance et d'objectivité avait sa place dans le processus nécessaire d'assainissement.

Hélas! Les informations qui nous sont parvenues depuis l'annonce de votre commission font douter de la réussite de cette démarche. Tout d'abord, ce fut l'attribution surprenante de la Légion d'Honneur au président de l'université mise en cause, M. Gilles Guyot. Ensuite a été rendue publique la lettre de mission, signée de votre main, demandant à la commission de mener "une recherche analogue" au "rapport Comte" de 1999, unanimement condamné par les associations antiracistes pour son indigence et sa volonté de couvrir à tout prix l'institution, au besoin en occultant et déformant les faits. Enfin nous avons pris connaissance de la composition de la commission qui, pour le moins, pose question.

Permettez nous donc, Monsieur le Ministre, à la lumière de ce que nous connaissons du fonctionnement universitaire, de vous faire part de nos interrogations.

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission nommée par vous soit apte à "faire la lumière" sur les affaires de racisme et de négationnisme alors que son président, M. Henry ROUSSO, dans un ouvrage aussi polémique que corporatiste (Vichy, un passé qui ne passe pas, 1994), fait sien le "concept" effarant de "judéocentrisme" pour désigner, selon lui, la "tentation anachronique" qui "cherche à relire toute l'histoire de l'Occupation à travers le prisme de l'antisémitisme"?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission soit qualifiée pour "faire la lumière" sur les affaires de négationnisme au sein de l'institution universitaire alors que deux membres de cette commission, M. Henry ROUSSO et Mme Annette BECKER, ont signé en 1999 une pétition de soutien au négateur du génocide arménien Gilles Veinstein, élu à la chaire d'Histoire ottomane du Collège de France malgré les protestations de la communauté arménienne de France profondément blessée par ce scandale peu avant la reconnaissance du génocide par la République française?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission soit adaptée pour "faire la lumière" sur les affaires de négationnisme dans l'université lyonnaise alors que trois membres de cette commission, M. Henry ROUSSO, Mme Annette BECKER et M. Pierre-André TAGUIEFF, ont signé les yeux fermés une pétition mensongère, rédigée par les "mandarins" lyonnais, attaquant violemment le collectif d'associations organisatrices de la conférence "Lyon, capitale du négationnisme?" (Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme, Golias, Hippocampe, Ras l'Front, SOS-Racisme)? Cette conférence, dont vous pouvez lire les actes publiés aux éditions Golias, a été la première réaction massive de la société civile à Lyon contre la pénétration négationniste et d'extrême droite à l'université.

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission soit à même de "faire la lumière" sur les affaires de négationnisme alors que l'un de ses membres, M. Pierre-André TAGUIEFF, est signataire d'une pétition en faveur de M. Gabor RITTERSPORN, chercheur au CNRS et ancien responsable éditorial de l'officine négationniste et antisémite "La Vieille Taupe", "intervenant volontaire en solidarité intellectuelle et morale" avec Robert FAURISSON lors des procès intentés à celui-ci dans les années 80?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission soit capable de "faire la lumière" sur le négationnisme au sein de l'institution universitaire alors que l'un de ses membres, M. Florent BRAYARD, était en poste au "Centre Marc-Bloch" de Berlin au moment même où la nomination dans cet organisme de M. Gabor RITTERSPORN suscitait une émotion légitime, sans que M. BRAYARD ne trouve rien à redire à ce scandale?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission nommée par vous soit désireuse d'examiner le cas du mémoire de maîtrise négationniste de Jean PLANTIN qui avait obtenu une mention "Très bien" en 1990 sous la direction du professeur Régis LADOUS, alors que l'un des membres de la commission, M. Pierre-André TAGUIEFF, a signé une pétition de soutien au professeur LADOUS, "à sa personne et à son travail scientifique", quand celui-ci a été mis en cause dans cette affaire?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que cette commission pourra examiner la conduite du professeur Régis LADOUS, membre fondateur d'une organisation occulte de défense des sectes, le "CESNUR" (voir Libération du 5 juin 2001 et L'Humanité du 27 juin 2001) et membre du "Conseil scientifique" de la revue proche de cet organisme, Politica Hermetica, éditée par la maison d'édition de l'extrême droite slavophile "L'Age d'Homme", alors que M. TAGUIEFF figure lui-même dans le Conseil scientifique de Politica Hermetica aux côtés de M. LADOUS et de responsables du CESNUR?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission pourra "faire la lumière sur le racisme et le négationnisme qui ont pu trouver leur expression au sein de l'université Lyon III" alors que le même M. TAGUIEFF déduisait de ses analyses "l'effacement de la valeur conceptuelle du terme de 'racisme' et, partant de la nécessité d'éviter l'emploi d'un tel terme voué à ne fonctionner que dans des contextes polémiques où il s'agit d'illégitimer des adversaires"? Le journal Le Monde commentait ce passage ainsi: "En clair: n'allez surtout pas croire que le racisme ait la moindre réalité, ce n'est qu'une injure à éliminer." (Le Monde, 13 juillet 1993 - Signalons au passage que dans un réflexe pétitionnaire et corporatiste tout à fait caractéristique du milieu universitaire, M. TAGUIEFF a immédiatement été défendu par ses "collègues" dont M. Henry ROUSSO - Le Monde, 27 juillet 1993).

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission ait qualité pour "faire la lumière" sur les dérives d'extrême droite, alors que M. TAGUIEFF s'est associé en 1997 à M. Jean-Marc VARAUT (avocat de Maurice PAPON) afin de poursuivre en justice une documentaliste du lycée de Saint-Ouen-l'Aumône, syndicaliste CGT et militante du MRAP, qui exerçait son légitime devoir de vigilance et de défense de l'école républicaine? (voir le document) MM. TAGUIEFF et consorts ont été déboutés de leur plainte. Signalons pour mémoire que participaient également à cette "héroïque" action en justice contre une bibliothécaire républicaine, MM. Alain MADELIN, Jean-François CHIAPPE, président des "Amis de Rivarol" (journal de l'extrême droite révisionniste), Jean RASPAIL, co-auteur d'un "Annuaire de la Désinformation" avec Bernard LUGAN de Lyon III, et Jean TULARD qui intervenait au colloque "Révolution contre Révolution" patronné par Lyon III en 1989 et dont les actes ont été publiés par la maison d'extrême droite "Le Porte Glaive" (au sommaire: Jean HAUDRY, Jean-Paul ALLARD, Pierre VIAL, Bernard NOTIN...)!

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission puisse "faire la lumière" sur les connexions de certains universitaires de Lyon III avec le réseau du GRECE, alors que M. TAGUIEFF, encore, a été mis en cause pour son compagnonnage avec Alain DE BENOIST, fondateur du GRECE et principale figure de "Nouvelle Droite", que M. TAGUIEFF est collaborateur de la revue Krisis d'Alain DE BENOIST et que, dès 1985, il expliquait dans la revue du GRECE Eléments: "Le dialogue est aujourd'hui possible" avec le GRECE?

Croyez-vous, Monsieur le Ministre, que le rapport de la commission sera aussi "objectif" que les écrits de M. TAGUIEFF sur la "Nouvelle Droite" dont le journal Le Monde rend compte ainsi: "L'ouvrage se termine par quatre-vingt pages où les invectives abondent. Pas contre Alain DE BENOIST, élevé à la dignité de 'philosophe', mais contre les signataires de l' 'Appel à la Vigilance' [Pierre BOURDIEU, Umberto ECO, Georges DUBY, Léon POLIAKOV et alii contre la légitimation de l'extrême droite] publié dans Le Monde du 13 juillet. Ils seraient 'intolérants', 'sectaires', 'bornés', 'médiocres', 'lâches'; ils formeraient une 'clique de manipulateurs', 'mue par des motifs inavouables'; ils partageraient le 'rêve totalitaire' de rétablir par des procédés d' 'intimidation' et de 'délation policière', une 'inquisition', un 'nouvel obscurantisme', d'exclure 'par extermination, ségrégation ou expulsion, tous les contradicteurs'. Rien de tout cela n'éclaire la réflexion qu'entend mener Pierre-André TAGUIEFF sur le sens du débat dans une démocratie pluraliste." (Le Monde, 19 mars 1994) Dans le même ordre - et nous en resterons là pour ne pas allonger la liste - M. TAGUIEFF s'est fait le pourfendeur des associations (qualifiées de "groupuscules" et de "nouveaux obscurantistes") qui, selon lui, auraient entrepris de "nazifier Carrel"!

Pour finir, donc, puisqu'il s'agit de Lyon où en 1996, après un long débat de société, a été débaptisée la Faculté de Médecine qui portait le triste nom d'ALEXIS-CARREL, médecin effectivement pro-nazi, membre du Parti Populaire Français de Jacques Doriot et théoricien du racisme et de l'eugénisme, pensez-vous, Monsieur le Ministre, que la commission nommée par vous a autorité à s'attaquer aux affaires "de racisme et de négationnisme ayant trouvé leur expression au sein de l'université", alors que son président M. Henry ROUSSO, comme M. TAGUIEFF, a dénoncé violemment les associations antiracistes (LICRA et Ras l'Front) qui ont demandé la débaptisation de la rue Alexis-Carrel de Paris, acte symbolique très justement posé depuis par M. Bertrand DELANOE, nouveau maire?

Poser les questions c'est y répondre.

La plupart des membres de cette commission ont déjà beaucoup agi pour que "la lumière" ne soit pas faite et pour tenter de discréditer les associations qui, depuis longtemps, combattent le racisme et le négationnisme.

Vous comprendrez, Monsieur le Ministre, que, dans ces conditions, nous ne puissions applaudir à votre initiative et que nous la regardions au contraire avec le plus profond scepticisme. Nous avons jugé de notre devoir de vous éclairer sur l'inaptitude de cette commission à remplir son rôle.

Avec nos regrets, veuillez agréer, Monsieur le Ministre nos salutations respectueuses.

Pour SOS-Racisme, le président

Malek BOUTIH

Pour le Cercle Marc Bloch,

Didier DAENINCKX


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