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Négationnisme à Lyon III: Jack Lang doit mettre fin à la mission "Taguieff"...

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Une enquête de la rédaction

Paris, vendredi 8 mars 2002


La couverture de Politica Hermetica.
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P
endant toutes les guerres qui ont ensanglanté l'ex-Yougoslavie, la maison d'édition l'Age d'Homme a mené un combat incessant en faveur des ultra-nationalistes serbes, publiant des textes comme La Sentinelle assassinée d'Edward Limonov où "l'écrivain de race" ainsi que le présente son éditeur, dit toute son admiration pour les criminels de guerre Arkan ou Karadzic, explique comment, en présence de ce dernier, il fut initié au tir à la mitrailleuse lourde sur Sarajevo... L'Age d'Homme publiait aussi, au moment des assassinats de masse, le recueil d'articles Avec les Serbes signés entre autres par Patrick Besson, Jean Dutourd, Alain Paucard de Radio-Courtoisie, Vladimir Volkoff, ou Thierry Séchan...

L'Age d'Homme publie également une revue ésotérique (voir le document), et son directeur-fondateur Vladimir Dimitrijevic, collaborateur régulier de Krisis trimestriel de la Nouvelle-Droite d'Alain de Benoist, y attache tellement d'importance qu'il a tenu à en être directeur de la publication. Le titre nous fournit une explication décisive sur le projet: Politica Hermetica, et le sommaire du numéro 10 de cette revue est résumé en une phrase: "L'Histoire cachée, entre Histoire révélée et Histoire critique". Avec un tel angle de travail, on pourrait s'attendre à trouver nombre de zozos au sommaire. Qu'on se rassure, ils y sont. Le problème, c'est que toute une série d'universitaires font également ronfler leurs titres, leurs diplômes, cautionnant ainsi l'entreprise. De l'Université lambda à la Sorbonne, du Centre National de la Recherche Scientifique jusqu'à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales! (voir le document). Dans un premier temps, on cherche toujours des excuses à ces présences incongrues, mais la lecture des numéros où s'étalent des articles de réhabilitation de la Garde de Fer roumaine, des éloges de l'écrivain René Abellio qui fut membre du Front Révolutionnaire National patronné par Laval et Déat, et des contributions de militants d'extrême droite, montre que l'on peut difficilement n'avoir affaire qu'à de simples fautes d'inattention.

Ces scientifiques devraient par exemple s'interroger sur les nombreux écrits de Massimo Introvigne dans Politica Hermetica, dès lors que ce personnage est ainsi présenté par Le Monde Diplomatique de mai 2001 qui ne fait que reprendre des informations largement diffusées depuis une dizaine d'années:

"M. Massimo Introvigne, sociologue italien, créateur du Centre d'Etudes et de Documentation sur les Nouvelles Religions (CESNUR), d'obédience intégriste catholique, et très lié à la secte néo-fasciste Tradition-Famille-Propriété. Collaborateur assidu des publications de la Scientologie, il fut au nombre des personnes favorables à la secte qui déposèrent devant le tribunal de Lyon".

Le professeur Antoine Faivre, éminence de la Sorbonne où il est chargé de l'Histoire des doctrines mystiques et ésotériques, devrait avoir eu vent de cela, même s'il n'est pas abonné au Monde Diplo... En sa qualité de membre du "Comité scientifique" de Politica Hermetica, il lui serait assez facile de comprendre que le CESNUR de Massimo Introvigne est une machine créée de toutes pièces en 1988 pour tenter de récupérer les adeptes de ce que ses animateurs nomment avec délicatesse "les nouvelles religions", (entendez "les sectes") afin de les ramener vers la maison-mère. Mais le professeur Antoine Faivre peut se passer de poser la question: il porte la casquette de président du CESNUR-France.

Le professeur Emile Poulat, directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, directeur de recherches au CNRS, est présenté sur le site du CESNUR comme "l'historien des religions le plus connu en France". Il est un des piliers de Politica Hermetica et anime son comité de rédaction. En l'an 2000, ce professeur signait la préface de L'activisme anti-sectes. De l'assistance à l'amalgame, un brûlot très controversé d'Alain Garay, refusé par tous les éditeurs français et édité aux Etats-Unis. L'ouvrage est ainsi présenté par le CESNUR: "analyse des associations anti-sectes en France (...) L'auteur examine les sources de leur pouvoir médiatique, leur utilisation de la notion de lavage de cerveau ou manipulation mentale, le soutien unique au monde dont elles jouissent de la part de l'administration française, leur coopération avec les commissions parlementaires d'enquête sur les sectes et la Mission interministérielle de lutte contre les sectes". On ne saurait être plus clair.

On pourrait également évoquer Jean-Pierre Laurant, de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, sommité du CESNUR-France et directeur scientifique de Politica Hermetica, et d'autres encore, au risque de lasser le lecteur. Une chose est certaine, la revue Politica Hermetica éditée par l'Age d'Homme est pour l'essentiel animée par des membres du CESNUR, une structure chargée d'approcher les adeptes des "nouvelles religions" ces mouvements que les parlementaires français classent plus directement sous le vocable de "sectes".

Un autre professeur, très connu des lecteurs d'amnistia.net, a publié un ouvrage dans la collection Politica Hermetica sous le titre Un bonheur russe - la communauté slavophile de Nicolas Népluyev. Il s'agit de Régis Ladous, ce mandarin de l'université Lyon III qui octroya une mention "Très bien" au mémoire de maîtrise négationniste de son étudiant Jean Plantin, en 1990. En fait, ce professeur (qui pour sa défense expliquait qu'il avait adoubé le faurissonien Plantin "pour plaisanter"), est membre du Conseil de Direction du CESNUR-Italie, et pour que les choses soient bien établies, son livre chez Politica Hermetica est dédicacé à Massimo Introvigne, le fondateur du CESNUR. Depuis quelques mois, son nom figure en bonne place sur la liste des membres du comité scientifique de Politica Hermetica.


Le livre de Régis Ladous publié dans la collection dirigée par Jean-François Mayer.
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Régis Ladous, professeur aux jugements humoristiques, est l'auteur d'un autre livre, Le spiritisme aux éditions Cerf, dans la collection "Bref". Le hasard veut que cette collection soit dirigée par un autre membre du comité scientifique de Politica Hermetica, Jean-François Mayer. L'itinéraire de ce citoyen helvète, professeur d'Histoire des Religions comparées à l'Université de Fribourg (Suisse), vaut qu'on s'y arrête.

Jean-François Mayer, responsable, au milieu des années 70, de la diffusion en région lyonnaise de Défense de l'Occident, la revue négationniste de Maurice Bardèche, devient par la suite un animateur de Horizon 2000 un groupuscule que Serge Fouchereau, collaborateur du Monde Diplomatique, décrit comme une structure fédérant les principaux activistes néo-fascistes européens. Il poursuit: "Ce sont eux qui implantèrent le négationnisme en France, eux qui favorisèrent l'émergence d'intellectuels néo-nazis dans les milieux universitaires à Lyon et à Nantes. Jean-François Mayer fut aussi un militant du GRECE". C'est d'ailleurs à l'université de Lyon qu'il obtient sa maîtrise d'histoire et son doctorat intitulé "La nouvelle église de Lausanne et le mouvement svendenborgien en Suisse romande des origines à 1948"... Au début des années 80, on retrouve Jean-François Mayer en Suisse où il milite au Nouvel Ordre Social, un mouvement fondé en 1972 dont un des titres de gloire fut d'être reçu par les anciens de la 12e division SS baptisée Hitler Jugend! Serge Faubert, de l'Evénement du Jeudi le questionne en 1997 sur son itinéraire: "Oui, j'ai eu un engagement politique, répond Mayer quand on l'interroge sur sa jeunesse. Et alors? Je ne suis pas de ceux qui s'excusent de leur passé". Quelques années plus tôt, il déclarait à la revue antifasciste Article 31 qu'il "assumait ses engagements à Lyon au cours de cette période et n'avoir plus d'engagements politiques actuellement bien qu'ayant gardé des contacts sur Lyon". En 1985, il publie son premier ouvrage aux éditions du Cerf (où il chapeautera Régis Ladous) en compagnie du professeur Emile Poulat (EHESS et CNRS) sous le titre Sectes nouvelles, un regard neuf. Il collabore à une revue du GRECE, Panorama des idées actuelles dirigée par un professeur de Lyon III, Jean Varenne, écrit pour la feuille ésotérique Secrets et Société du national-révolutionnaire Philippe Randa avant de se rallier au catholicisme le plus "orthodoxe", de s'investir totalement dans l'activité du CESNUR dès sa création en 1988 et devenir correspondant de Politica Hermetica pour la Suisse.

La personnalité que l'on ne s'attendait pas à trouver dans un pareil environnement est lui aussi une figure de proue du CNRS où il exerce le difficile métier de chercheur en sociologie. Membre du comité scientifique de Politica Hermetica depuis de longues années, Pierre-André Taguieff, puisque c'est de lui qu'il s'agit, ne peut prétendre qu'il est entré là simplement parce qu'il avait vu de la lumière. Ses liens avec certains animateurs de la revue sont anciens comme en atteste la lettre qu'il signait en octobre 1997, en leur compagnie, pour protester contre l'enquête de Serge Faubert, parue dans l'Evénement du Jeudi, où le journaliste dénonçait déjà "Ces universitaires qui flirtent avec les sectes" sous-titrant son enquête: "Les plus honnêtes se sont fait embrigader dans une mauvaise croisade. Les autres poursuivent un combat militant, en s'abritant derrière le masque de la rigueur scientifique. Enquête sur les errements de quelques sommités universitaires".

Le 13 juin 1999, alors qu'éclatait l'affaire Jean Plantin, du nom de cet éditeur négationniste titulaire d'une maîtrise d'histoire octroyée par le professeur Régis Ladous, Pierre-André Taguieff était l'un des premiers signataires d'une pétition de soutien (voir le document) à ce professeur de Lyon III, collaborateur de Politica Hermetica et membre influent du CESNUR. Voici ce qu'il était affirmé:

"L'honnêteté et le bon sens nécessitent donc que l'on apporte à Régis Ladous un soutien à sa personne et à son travail scientifique, que nous savons tous étrangers, l'un comme l'autre, au monde sectaire du négationnisme".

Personne n'a jamais prétendu que Régis Ladous était négationniste, mais il est surprenant que pas un mot ne soit dit sur le fait qu'un éditeur de textes néo-nazis puisse se prévaloir d'un titre universitaire accordé "pour plaisanter" par ce professeur! Quelques temps après la lourde condamnation de Plantin par le tribunal correctionnel de Lyon, la faute du professeur Ladous était enfin reconnue par la hiérarchie et, chose exceptionnelle, le diplôme qu'il avait accordé au négationniste Plantin était annulé.

Le bon sens aurait dû conduire Pierre-André Taguieff à préciser lors de la constitution de la commission que ses rapports avec Régis Ladous ne se limitaient pas au monde universitaire.

Le bon sens aurait dû conduire Pierre-André Taguieff à refuser de siéger dans cette commission formée par Henry Rousso et chargée par Jack Lang d'analyser les menées négationnistes dont l'Université Lyon III est depuis plus de vingt années le théâtre.

La présence de son nom et de ses fonctions au bas d'une pétition de soutien à l'un des professeurs impliqués dans ce scandale lui interdisait de s'atteler à cette tâche, selon le principe qu'on ne peut être juge et partie.

Jack Lang, ministre de l'Education nationale qui semble-t-il ignorait ces faits, ne peut que mettre un terme à la mission confiée par Henry Rousso à Pierre-André Taguieff.

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A lire dans le numéro 14 des Enquêtes interdites:

"Un dirigeant néo-fasciste invité d'un colloque ésotérique de l'Université Lyon 2", par Didier Daeninckx















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