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Lorsqu'en
1987 j'ai pris l'initiative d'une procédure
de référé contre Le Pen pour
l'affaire dite "du point de détail", la loi
Gayssot n'existait pas et pour aussi choquantes
qu'aient parues ses réponses à O.
Mazerole à l'antenne de RTL, on n'y voyait
pas la trace d'une diffamation ni d'une provocation
à la haine raciale. L'antisémitisme
qu'elles traduisaient n'était pas un
délit, et il a fallu de l'audace et du
courage pour obtenir d'abord en
référé puis par la suite au
fond la condamnation civile de J.M. Le Pen.
Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui la
"récidive" lui vaille le même
traitement.
Quoique
cela lui ait coûté (183.200 euros
selon Le Monde du 27/28 avril) ce
n'était pas le prix de la campagne
médiatique que sa provocation a
déclenché, même si
plusieurs responsables du Front National, dont
aujourd'hui sa fille, ont tenu à se
démarquer de ces propos, l'écho
qu'ils ont eu lui ont permis d'occuper l'espace et
de faire à l'époque, progresser ses
idées et mobiliser des électeurs qui
lui sont longtemps restés fidèles
à cause de cette dérive.
Il
semble qu'il soit encore aujourd'hui à la
recherche d'un regain d'attention et qu'il ait
trouvé là l'occasion d'attirer
l'attention. Le communiqué qu'il a
publié selon lequel il n'aurait pas
autorisé le magazine "Bretons" à
publier cette interview et même qu'il le lui
aurait interdit expressément ne trompe
personne. Quel que soit le motif de cette
interdiction que le magazine ne nie pas, il est
responsable des propos qu'il tient à un
journaliste.
Monsieur
Le Pen n'est pas un débutant, et il a
passé l'âge de se faire piéger
par les journalistes qu'il pratique de longue
date.
La
question est aujourd'hui de savoir s'il y a
matière à le poursuivre à
nouveau. La voie civile utilisée en 1987
nous est aujourd'hui fermée depuis que la
Cour de cassation a décidé en juillet
2000 qu'en dehors des délits de presse
réprimés par la loi sur la presse, il
n'y avait plus de place en matière de presse
pour l'article 13 82 du Code civil.
La
seule poursuite envisageable implique le recours
à la loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui
a introduit dans la loi sur la presse le
délit de négationnisme qui consiste
à nier ou à minimiser les crimes
contre l'humanité commis par les nazis sous
le IIIe Reich.
On
peut considérer que le fait de ramener
l'existence des chambres à gaz à un
"détail de l'histoire de la Seconde guerre
mondiale" revient à nier le génocide.
"Détail"? ou "Point de détail"
6.000.000 ou 4.000.000 de morts dans la "Solution
finale" par rapport aux 50.000.000 de morts pendant
la deuxième guerre mondiale? Nous voici
encore obligés d'y revenir pour lui
expliquer que s'il n'y en avait eu qu'un qui soit
exterminé parce qu'il était juif ou
tzigane cela changeait tout.
Il
a beau dire qu'il ne conteste pas "les chambres
à gaz", il n'en dénie pas moins
qu'elles aient servi à la mise en
uvre de la solution finale par la
volonté d'un Etat qui avait
décidé l'extermination des
juifs.
Cette
réalité historique que seuls les
négationnistes comme Faurisson mettent en
doute n'est ni un article de foi ni une
croyance et même si la loi ne peut
l'obliger à y croire il ne peut pas
continuer à instiller le doute et à
faire état publiquement de ce qu'il n'aurait
jamais cru qu'on "déportait des gens pour
les amener dans des camps pour les faire tuer". En
parlant de sa croyance, il renvoie les
exterminationnistes et les négationnistes
dos à dos et fait de la Shoah une religion;
alors qu'elle est une
réalité.
Il
faut poursuivre Le Pen qui encoure les peines
prévues à l'article 24 alinéa
6 de la loi du 29 juillet 1881, un an
d'emprisonnement et 45.000 euros
d'amende.
Qu'on
ne nous dise pas qu'on ne tire pas sur les
ambulances et que le procès qu'on doit lui
faire sera pour lui l'aubaine à laquelle
il rêve encore, ni même que nous
n'avons pas à nous mêler des "affaires
de famille" qui conduisent le Front National vers
son déclin ou sa disparition. J'ai pu croire
un instant que le négationnisme allait
s'éteindre après les coups que nous
lui avons portés et les succès
judiciaires remportés. C'était une
illusion.
L'année
dernière c'était au tour de Faurisson
de réagir, en poursuivant Robert Badinter
pour
diffamation
vingt-cinq ans après qu'il l'ait fait
condamner en 1981. Aujourd'hui Jean Marie LE PEN
prend le relais, avec le même relent
d'antisémitisme. Finalement ils se
ressemblent et ils étaient faits pour
s'entendre. Alors, il ne faut pas hésiter et
puisque la loi nous en donne les moyens, nous
allons les utiliser.
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