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Il faut encore poursuivre Le Pen


Par Bernard Jouanneau, avocat à la Cour, président de Mémoire 2000

Dimanche 4 mai 2008

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Lorsqu'en 1987 j'ai pris l'initiative d'une procédure de référé contre Le Pen pour l'affaire dite "du point de détail", la loi Gayssot n'existait pas et pour aussi choquantes qu'aient parues ses réponses à O. Mazerole à l'antenne de RTL, on n'y voyait pas la trace d'une diffamation ni d'une provocation à la haine raciale. L'antisémitisme qu'elles traduisaient n'était pas un délit, et il a fallu de l'audace et du courage pour obtenir d'abord en référé puis par la suite au fond la condamnation civile de J.M. Le Pen.
Il n'est pas sûr qu'aujourd'hui la "récidive" lui vaille le même traitement.

Quoique cela lui ait coûté (183.200 euros selon Le Monde du 27/28 avril) ce n'était pas le prix de la campagne médiatique que sa provocation a déclenché, même si plusieurs responsables du Front National, dont aujourd'hui sa fille, ont tenu à se démarquer de ces propos, l'écho qu'ils ont eu lui ont permis d'occuper l'espace et de faire à l'époque, progresser ses idées et mobiliser des électeurs qui lui sont longtemps restés fidèles à cause de cette dérive.

Il semble qu'il soit encore aujourd'hui à la recherche d'un regain d'attention et qu'il ait trouvé là l'occasion d'attirer l'attention. Le communiqué qu'il a publié selon lequel il n'aurait pas autorisé le magazine "Bretons" à publier cette interview et même qu'il le lui aurait interdit expressément ne trompe personne. Quel que soit le motif de cette interdiction que le magazine ne nie pas, il est responsable des propos qu'il tient à un journaliste.

Monsieur Le Pen n'est pas un débutant, et il a passé l'âge de se faire piéger par les journalistes qu'il pratique de longue date.

La question est aujourd'hui de savoir s'il y a matière à le poursuivre à nouveau. La voie civile utilisée en 1987 nous est aujourd'hui fermée depuis que la Cour de cassation a décidé en juillet 2000 qu'en dehors des délits de presse réprimés par la loi sur la presse, il n'y avait plus de place en matière de presse pour l'article 13 82 du Code civil.

La seule poursuite envisageable implique le recours à la loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui a introduit dans la loi sur la presse le délit de négationnisme qui consiste à nier ou à minimiser les crimes contre l'humanité commis par les nazis sous le IIIe Reich.

On peut considérer que le fait de ramener l'existence des chambres à gaz à un "détail de l'histoire de la Seconde guerre mondiale" revient à nier le génocide. "Détail"? ou "Point de détail" 6.000.000 ou 4.000.000 de morts dans la "Solution finale" par rapport aux 50.000.000 de morts pendant la deuxième guerre mondiale? Nous voici encore obligés d'y revenir pour lui expliquer que s'il n'y en avait eu qu'un qui soit exterminé parce qu'il était juif ou tzigane cela changeait tout.

Il a beau dire qu'il ne conteste pas "les chambres à gaz", il n'en dénie pas moins qu'elles aient servi à la mise en œuvre de la solution finale par la volonté d'un Etat qui avait décidé l'extermination des juifs.

Cette réalité historique que seuls les négationnistes comme Faurisson mettent en doute n'est ni un article de foi ni une croyance et même si la loi ne peut l'obliger à y croire il ne peut pas continuer à instiller le doute et à faire état publiquement de ce qu'il n'aurait jamais cru qu'on "déportait des gens pour les amener dans des camps pour les faire tuer". En parlant de sa croyance, il renvoie les exterminationnistes et les négationnistes dos à dos et fait de la Shoah une religion; alors qu'elle est une réalité.

Il faut poursuivre Le Pen qui encoure les peines prévues à l'article 24 alinéa 6 de la loi du 29 juillet 1881, un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende.

Qu'on ne nous dise pas qu'on ne tire pas sur les ambulances et que le procès qu'on doit lui faire sera pour lui l'aubaine à laquelle il rêve encore, ni même que nous n'avons pas à nous mêler des "affaires de famille" qui conduisent le Front National vers son déclin ou sa disparition. J'ai pu croire un instant que le négationnisme allait s'éteindre après les coups que nous lui avons portés et les succès judiciaires remportés. C'était une illusion.

L'année dernière c'était au tour de Faurisson de réagir, en poursuivant Robert Badinter pour diffamation vingt-cinq ans après qu'il l'ait fait condamner en 1981. Aujourd'hui Jean Marie LE PEN prend le relais, avec le même relent d'antisémitisme. Finalement ils se ressemblent et ils étaient faits pour s'entendre. Alors, il ne faut pas hésiter et puisque la loi nous en donne les moyens, nous allons les utiliser.



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