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L'extrême-droite japonaise finance-t-elle un labo de Lyon II?

Tout le dossier "Négationnistes, les Eichmann de papier"


Par Patrick Farrel

Paris, vendredi 22 mars 2002


Sur le site de la Fondation Franco Japonaise Sasakawa, une présentation bien poétique pour cette fondation portant le nom d'un criminel de guerre...
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D
écidément, l'université lyonnaise ne sera jamais à court de surprises. Depuis qu'en 1978, le professeur de littérature Robert Faurisson a pu dispenser des cours sur "la légende des chambres à gaz" et la "fabrication du Journal d'Anne Franck", (voir notre édition du 20.03.2000) il ne se passe pas un mois sans qu'un nouveau scandale vienne s'ajouter à une liste déjà longue: faux jury, concours de recrutement truqués, diplômes de complaisance, embauche de documentaliste issus de la mouvance négationniste, organisation de colloques ésotériques, relations avec des sectes. Tout cela pour aboutir, spectaculairement, à l'incendie volontaire de la prestigieuse bibliothèque interuniversitaire dont l'enquête s'est terminée par un non-lieu!

Le mois dernier, le ministre de l'Education nationale installait une commission d'historiens pour tenter d'y voir clair dans cet enchaînement de dérives. Mauvaise pioche: l'un des membres de l'équipe s'était engagé jusqu'à la garde dans la défense d'un des professeurs impliqués dans la délivrance d'un diplôme à un étudiant négationniste! La lumière risque donc d'être tamisée (voir notre édition du 08.03.2002).

Aujourd'hui, ce sont les deux universités Lyon 2 et Lyon 3 qui se trouvent placées sur la sellette en raison de l'acceptation, par l'une de leurs structures communes, l'Institut d'Asie Orientale, d'une importante subvention émanant d'une fondation japonaise portant le nom d'un criminel de guerre, Sasakawa Ryôichi.

Le vote du conseil de laboratoire a donné lieu à d'intenses discussions, et tous les membres japonais de l'Institut ont refusé le principe du subventionnement par Sasakawa, connaisant bien son parcours. Un professeur français a démissionné pour ne pas cautionner l'opération.

Il faut dire que la fondation Sasakawa traîne un lourd passé ainsi qu'un présent sulfureux.

Le fondateur de l'empire financier, Sasakawa Ryôichi n'hésitait pas à se présenter, dans le Time Magazine, en 1974, comme "le fasciste le plus fortuné au monde". Il ne mentait pas. En 1930, sur le modèle des Chemises Noires de Mussolini, il crée le Kokusi Taishûtô, le Parti des Masses Patriotiques, et est rapidement emprisonné pour une tentative d'assassinat du Premier ministre de l'époque. Libéré, il rencontre son modèle, Benito Mussolini en 1939 pour oeuver à la réalisation de l'Axe de Fer Tokyo-Berlin-Rome et milite pour une attaque directe contre les Etats-Unis. En 1945, Sasakawa est arrêté et condamné comme "criminel de classe A" pour la participation de son empire fiancier au pillage de la Chine. Il sera remis en liberté de manière anticipée en 1948, et prendra sa place dans la lutte anti-communiste. En 1960, on le retrouve memebre fondateur de la Ligue Anticommuniste des Peuples d'Asie et président de la Kokusai Shôkyo Rengô, la Fédération Internationale pour l'Elimination du Communisme.

Dans le même temps, Sasakawa coopère avec Moon Sun Yung dans plusieurs pompes à finance de la secte Moon comme la Win Over Communism.

A sa mort en 1995, l'héritage de Sasakawa pèse la somme de 3,8 milliards de yens (35 millions de dollars) dont une grande partie provient de bénéfices engrangés sur une activité très prisée au Japon, les paris sur les courses de bateaux et de hors-bords qui génèrent un chiffre d'affaires de 2000 milliards de yens par an. Une autre partie des revenus de Sasakawa sont issus de l'industrie du tourisme et dans leur livre sur les réseaux mafieux des Yakusa, les journalistes David Kaplan et Alec Dubro pointent l'empire Sasakawa comme "l'un des promoteurs les plus actifs du tourisme du sexe".

Sasakawa s'est garanti contre les critiques en pratiquant un incessant travail de relations publiques au moyen de sa Fondation créée en 1962. Il s'est attaché à financer certains programmes de l'ONU, des programmes de lutte contre la lèpre, des initiatives sportives ou culturelles. C'est la fondation qui finance la bibliothèque du président US Jimmy Carter, et ce dernier tiendra à être présent aux obsèques de son donateur.

Depuis toujours, la fondation Sasakawa dirige ses efforts vers le monde universitaire, pour gagner encore en légitimité et de nombreuses universités ont été démarchées. Princeton et Yale ont accepté la manne. Tout au contraire, nombre d'universités australiennes ont fait connaître leur refus d'être subventionnées par "un supporter déclaré et non repenti de Mussolini" au moyen d'un argent provenant de "recettes de jeu sous couvert de courses".

En France, le Centre de Recherches sur le Japon contemporain de l'EHESS et l'univeristé Paris VII ont décliné les offres de Sasakawa. Son directeur, Augustin Berque a écrit, dans un courrier du 25 novembre 1991:

"Une fondation portant le nom de Sasakawa équivaut à ce que serait en France une fondation portant le nom d'un collaborateur sous l'Occupation qui serait toujours un parrain du Front National plus un parrain du milieu; ou l'expérience japonaise se rapprochant davantage de celle de l'Allemagne, à ce que serait dans ce pays une fondation portant le nom d'un nazi actif sous Hitler, se proclamant toujours nazi, lié à la pègre et finançant les néo-nazis".

Parmi ceux qui furent les partisans de l'acceptation du financement de l'Institut de Lyon2-Lyon 3 par la Fondation Sasakawa figure un professeur qui sollicita, en 1985, la présence de Bruno Gollnisch dans son jury de doctorat. Interrogé sur cette caution revendiquée d'un membre du bureau politique du Front National, il disait ignorer alors l'activité politique de Gollnisch, ne connaissant de lui que son intérêt pour la civilisation japonaise!

La forfaiture de certains universitaires lyonnais est largement condamnée par les spécialistes du Japon qui rappellent que l'European Association for Japanese Studies avait condamné dès 1991 tout contact avec la Fondation Sasakawa et que cette position avait été confirmée en août 2000, lors de la conférence de cette importante association à Lahti, en Finlande.

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