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La révolution de Bilitis
Après la Grande Guerre atomique: Le cauchemar


Un livre de science-fiction de Michel Lequenne

Vendredi 9 mai 2008



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La révolution de Bilitis, par Michel Lequenne. ©Syllepse 2008.


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Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse nous publions ici en exclusivité des extraits du premier chapitre du livre de science-fiction de Michel Lequenne, "La révolution de Bilitis". L'intégralité du chapitre sera publiée dans le numéro 94 de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement. ©2008, Editions Syllepse.

Après la Grande Guerre atomique épouvantable, une étroite ceinture du monde reste vivable au nord de l'équateur. L'humanité en a-t-elle tiré les leçons? Non! Une révolution féministe, surgie d'on ne sait où, avec à sa tête une étrange inconnue, se soulève contre un État mondial où tous les traits les plus négatifs de notre temps se sont développés; cynisme politique, drogues et perversions, exploits d'apprentis sorciers de la science (dont une noire conquête de la Lune). Contre-révolution chaotique, luttes pour le pouvoir jusqu'à une nouvelle Guerre mondiale, mystifications des médias et délires religieux!

Ambitions, passions, folies, comportements mystérieux: les personnages, cachant secrets et doubles jeux, mènent un torrentueux ballet de rivalités et de haines, mais aussi d'amours et d'amitiés, seuls espoirs d'avenir… si fragiles.

L'auteur y a mis toute son expérience politique et d'historien.

Au Tout Azimut

L'épais nuage d'un violet noirâtre était repoussé par le vent de sud-est. Les deux quarts de la demi-sphère de cristacier du toit de Mondiagrad avaient pu être renfoncés dans leurs alvéoles souterrains.

Dans le grand studio, au sommet du gratte-ciel, le premier officier d'état-major, un demi-sourire aux lèvres, pensa à la régularité du régime des vents et que, là-bas, dans les bidonvilles de la périphérie, les gens de la plèbe, eux qui n'étaient pas protégés par l'énorme demi-sphère pivotante, unique en son genre, devaient se sentir soulagés.
Il se tourna vers le lieutenant vautré dans un fauteuil translucide, au centre de la pièce.

La muraille ovoïde, rose muqueuse, respirait doucement. Ordinairement, on se sentait là au calme, comme dans le ventre d'une mère. Mais pas en ce jour, pourtant, et cela n'avait rien à voir avec le nuage envolé vers l'Europe.

- Tu crois, Cher, que cette affreuse révolution a des chances de se développer?

- Sûrement pas, mon Petit. Si Platon a appelé Gidwilde, c'est pour le charger de mater lui-même la rébellion. Tu sais mieux que moi comme il peut être expéditif.

Les deux officiers gloussèrent ensemble en portant chacun devant sa bouche une menotte soignée. Celle du lieutenant Coctel était rose et potelée; celle du lieutenant Aristogiton Blondin, fine, brune et nerveuse. Mais leur rire sonna faux. Celui du premier eut quelque chose de forcé, celui du second était diplomatique, mécanique.

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Leur bel uniforme cramoisi à parements, passepoils et liserés vert tendre indiquait qu'ils appartenaient tous deux à l'état-major du Tout Azimut de la Communauté intercontinentale. Leur parler délicat révélait que leur grade, relativement élevé pour leur jeune âge, devait sans doute plus à leurs talents privés qu'à leurs années d'École de guerre. Quoique… l'École de guerre! Depuis soixante-treize ans qu'il n'y avait plus de guerre et que la Terre entière n'était plus qu'un seul État, elle formait surtout des poètes pleins de nostalgie d'un passé héroïque quand elle ne servait pas de simple couverture à l'oisiveté des enfants des Quatre Familles et de leurs protégés.

Les deux jeunes gens fumaient des cigarettes de marijuana de la Régie internationale. Blondin s'assit lui aussi dans un des fauteuils de la permanence aux murs sécurisants de béton-mousse que ne décoraient que les posters - non réglementaires, mais tolérés - des champions de catch militaire, aux pectoraux et biceps hypertrophiés, dont les lieutenants ne pouvaient contempler les courbes sans un secret émoi.

Aristogiton Blondin demeura rêveur un moment. Puis, sa voix se faisant plus ferme et plus professionnelle, comme au rapport:

- Alors que la Terre entière était en paix, voilà qu'il y a cette éruption sauvage, armée, répandant le sang. Le mouvement est apparu brusquement, sorti on ne sait d'où, ni comment il a pu échapper à la vigilance de la Sécurité humaine. Il y a là quelque chose d'ahurissant! Le manifeste-programme est daté de l'île de Lesbos, ce qui peut, évidemment, n'être que symbolique. Elles sont apparues tout à coup autour de Nicosie, et la petite garnison de la ville qui ne s'attendait à rien n'a eu que le temps de fuir. Bref! Elles ont pris la ville et semblent quelques milliers. Il aurait fallu tout régler immédiatement en les écrasant sous les bombes, puisqu'il ne semble pas qu'elles aient d'aviation. Mais il y aurait eu de la casse parmi les civils, et la Haute Communauté a préféré attendre. Entre nous, rien n'était prêt ici. Les bombes, il y en a dans les arsenaux, mais personne ne s'en est jamais servi. Aux dernières nouvelles, ces filles tiendraient toute l'île de Chypre et ont mis tous les hommes en camp de concentration. On se demande si elles ne vont pas tenter un débarquement en Europe utile.

- Pourquoi pas sur le sol africain?
- Trop risqué pour elles de venir nous affronter là où nous avons le gros de nos forces.
- Et la marine?
- Ne sais-tu pas que les quelques navires de guerre qui existent encore sont des sortes d'objets de musée?
- C'est horrible, Cher... A SUIVRE...

L'intégralité du chapitre sera publiée dans le numéro 94 de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement.

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