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Colombie: Les stratèges de la tension


Par Raphaël Gardel

Mercredi 5 mars 2008



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"Nous attendons des réponses concrètes. Nous voulons connaître l'état des relations, les raisons des rencontres et des contacts personnels avec Raul Reyes en territoire équatorien ou colombien. Nous voulons connaître la portée de ses relations qui, selon nous, mettent en danger la sécurité nationale colombienne". Ensuite, le général Oscar Naranjo, patron de la police colombienne, a montré à la presse la copie de deux documents. L'un, daté du 18 janvier 2008, et l'autre du 28 février. Selon le général en chef de la police de Bogotá, ces documents porteraient la signature de Raul Reyes, le numéro deux des FARC, et auraient été adressés au commandement de l'organisation révolutionnaire. Ils ont été montrés aux journalistes tout de suite après que l'Equateur avait annoncé l'expulsion de l'ambassadeur colombien de Quito.

Le directeur de la police colombienne, a déclaré que le dirigeant vénézuélien Hugo Chavez avait apporté "un financement de 300 millions de dollars aux rebelles colombiens". Le chef de la police colombienne a aussi affirmé que la guérilla avait acquis "50 kilos d'uranium"… La Colombie accuse donc les rebelles des FARC de s'approvisionner en matériaux radioactifs pour fabriquer une "bombe sale".

Les autorités de Bogotá prétendent que ces informations proviennent directement de trois ordinateurs retrouvés auprès de Reyes. Doit-on les croire sur parole?

"Le gouvernement rejette énergiquement ces accusations, qui s'ajoutent cyniquement à l'hostilité montrée lors de la récente violation de notre souveraineté", répond depuis Quito l'exécutif équatorien.

Une chose est sûre, après l'attaque qui a coûté la vie à Raul Reyes et à 16 autres guérilleros, une attaque conduite par l'armée colombienne en territoire équatorien, la tension dans la région est à son comble.

"M. le ministre de la Défense, envoyez immédiatement dix bataillons à la frontière avec la Colombie, des bataillons de chars", a ordonné le président vénézuélien Hugo Chavez, qui rejette les accusations colombiennes. Au Venezuela comme en Equateur, les forces armées ont été mobilisées le long des frontières avec la Colombie. L'Equateur et le Venezuela ont annoncé la rupture des liens diplomatiques avec Bogotá.

Les Etats-Unis, qui fournissent une aide militaire très importante à la Colombie dans sa lutte contre les rebelles, ne se cachent pas de suivre la situation de très près, après l'"étrange réaction" de Chavez.

De son côté, le président vénézuélien a qualifié le chef de l'Etat colombien, Uribe de "criminel": "Non seulement c'est un menteur, un parrain de la mafia, un paramilitaire qui dirige un narco-gouvernement et qui dirige un gouvernement laquais des Etats-Unis (...), mais il dirige, depuis son palais, une bande de criminels".

Quant aux FARC, elles ont rendu public un communiqué au lendemain de la mort de Raul Reyes. Elles invitent a ne pas "céder aux efforts pour arriver à un échange humanitaire, à poursuivre à chercher la paix et la construction d'une vraie démocratie dans la justice sociale". Le document explique que ça serait le meilleur "hommage pour tous ceux qui sont tombés au combat".

Raul Reyes était le visage des FARC. Il était aussi le plus probable successeur de "Tirofijo", qui depuis plus de 50 ans est le leader incontesté de la guérilla colombienne.

Raul Reyes gérait les rapports avec la presse. Il apparaissait souvent à la télévision. Si la situation le permettait, Reyes ne refusait jamais une interview.

C'est une unité spéciale de l'armée colombienne qui a reçu les premiers renseignements concernant "la planque" de Reyes. Ces informations ont été recueillies à l'aide d'un informateur, infiltré dans les FARC. Ensuite, comme l'a affirmé lundi 3 mars un haut responsable du ministère de la Défense colombien à l'AFP, des renseignements américains sont parvenus à Bogotá. "Les Etats-Unis ont fourni (...) l'identification du téléphone satellitaire" de Reyes, permettant à l'armée colombienne de déclencher l'attaque.

L´armée de Uribe avait localisé le numéro deux des FARC depuis quelques semaines déjà. Il y a une quinzaine de jours, le commandant en chef de l'armée colombienne, Freddy Padilla avait déclaré à la presse: "Vous pourrez bientôt annoncer la mise hors de combat d'un membre du secrétariat des FARC". Quel présage(...)

- Les Etats-Unis et l'"étrange réaction" de Chavez
- "Vous pourrez bientôt annoncer la mise hors de combat d'un membre du secrétariat des FARC!"
- L'homme qui gérait les rapports avec les "facilitateurs"
- Les "facilitateurs", en train de finaliser un projet d'accord… Une perspective inacceptable pour la Colombie?
- "Les FARC vont probablement disparaître, mais notre Etat de droit les suivra dans la tombe"


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