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Mondialisation et conflits de ressources naturelles


Par Claude Serfati et Philippe Le Billon

Mercredi 16 avril 2008



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Mondialisation et conflits de ressources naturelles, collectif, dirigé par Claude Serfati et Philippe Le Billon. ©Syllepse 2007.
Les conflits pour les ressources naturelles ont touché des dizaines de pays du Sud au cours des dernières décennies. Ces guerres, qui peuvent sembler ne concerner que des États périphériques, sont en fait reliées par de nombreux canaux aux pays du Nord: elles constituent un des visages de la mondialisation contemporaine.


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Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse nous publions ici en exclusivité des extraits de l'introduction du livre collectif, dirigé par Claude Serfati et Philippe Le Billon, "Mondialisation et conflits de ressources naturelles". L'intégralité de l'introduction est publiée dans le numéro 93 de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement. ©2007, Editions Syllepse.

Les guerres et conflits armés ravagent une partie non négligeable de la planète. Leur comptabilisation fait l'objet de discussions, mais de 1990 à 2005, le Stockholm International Peace Research Institute, en dépit d'une définition assez restrictive, a recensé 57 conflits armés, qui ont impliqué une cinquantaine de pays, soit près du tiers des pays de la planète. Leur nombre a certes baissé depuis les années 1990.

Cependant, la fin des conflits ne marque pas le retour "à la normale" et les périodes de "reconstruction 'post-conflit'", souvent fragiles, demeurent marquées par des violences qui menacent de conduire à de nouveaux conflits.

Le pillage des ressources naturelles, qui a pris une dimension systématique avec le développement du capitalisme industriel, puis plus tard avec la planification en URSS, s'est accéléré considérablement dans les dernières décennies. Le pillage ne prend pas seulement une forme "pacifique", mais se place au cœur d'une grande partie des conflits armés. C'est un démenti - payé au prix d'exterminations de masse - des affirmations, naïves ou intéressées mais inlassablement répétées, selon lesquelles le progrès technique émanciperait l'humanité de sa relation à la nature.

L'appropriation des ressources naturelles est certes de longue date associée aux conflits armés, et elle a été à la fin du 19e siècle un motif important de l'expansion impériale des États européens et du partage du monde qu'ils ont réalisé. Mais si cette période, comme celles des décolonisations et de la guerre froide, ont été marquées par de tels conflits, de nouveaux types de relations ont récemment émergé.

Les "guerres pour les ressources" qui peuvent souvent sembler ne concerner que des pays du Sud livrés aux exactions de chefs de guerre et de groupes terroristes sont en fait reliées par de nombreux canaux aux pays du Nord. Elles constituent un des visages de la mondialisation contemporaine. La refonte des économies de guerre au sein d'une économie mondialisée s'est essentiellement appuyée sur des réseaux privés plutôt que gouvernementaux. Les "diamants de sang", par exemple, ont pris la relève des financements américains et sud-africains en Angola, ou ceux de la Libye en Afrique de l'Ouest.

Les ressources naturelles ont donc ainsi vu leur importance croître au cours des vingt dernières années, elles ont prolongé le financement de conflits préexistants ou permis l'autofinancement de nouvelles hostilités.

Les visées économiques des interventions des gouvernements des pays développés ou de pays voisins ont été masquées par une rhétorique centrée sur la protection humanitaire, la promotion de la démocratie et de la "bonne gouvernance". Les aventures militaires de pays voisins de la République démocratique du Congo, celles plus récentes des États-Unis au Moyen Orient, ou les interventions périodiques des armées françaises en Afrique, n'ont pas mis en avant des nécessités d'approvisionnement en ressources naturelles ou des intérêts commerciaux et géostratégiques reliés aux matières premières. Elles ont plutôt argué selon les cas de la corruption des régimes en place, de la nécessité d'un changement vers la démocratie, du respect d'accords militaires, ou même d'un objectif désintéressé de soutien économique mis au profit des populations locales.

Ces interventions ont néanmoins impliqué de nombreuses entreprises transnationales aux connexions politiques bien établies et, dans certains cas, elles ont été reliées à celles de groupes mercenaires ayant aussi des activités dans les secteurs des ressources.

Les "guerres pour les ressources", bien qu'elles se présentent pour une grande partie d'entre elles comme des conflits "locaux" situés aux "marges" de la planète, condensent des enjeux et des rapports de force qui mobilisent des acteurs, publics et privés, nationaux et transnationaux. Elles redessinent les territoires de la mondialisation(...)

L'intégralité de l'introduction est publiée dans le numéro 93 de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement.

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