En janvier de la même année, le secrétaire d'Etat US Henry Kissinger avait envoyé un courrier à Willy Brandt, à l'époque président de l'Internationale socialiste. A propos de la croissance du communisme en Italie, en Espagne et au Portugal, Kissinger écrit: "Mon devoir est d'exprimer ma forte préoccupation pour la situation qui vient de se créer. La nature politique de l'OTAN serait destinée à changer si un ou plusieurs pays de l'Alliance devaient former des gouvernements avec une participation communiste, qu'elle soit directe ou indirecte Le rôle de l'OTAN, tout comme notre position militaire inchangée en Europe, est indispensable et crucial. Ma crainte consiste dans le fait que ces points de force seraient mis en danger au moment où les partis communistes atteignent des positions d'influence en Europe de l'Ouest". "La présence de ministres communistes dans le gouvernement italien conduirait à un problème immédiat de sécurité au sein de l'Alliance - écrit à Londres l'ambassadeur anglais auprès de l'OTAN, John Killick - Toute information dans les mains des communistes devra être considérée à risque. Les communistes au pouvoir ne sont rien d'autre qu'une extension d'une menace contre laquelle l'OTAN se bat. Il est donc préférable d'opérer une amputation nette (de l'Italie, NDLR) plutôt que risquer une paralysie interne". Début avril, le représentant britannique auprès du Saint-Siège, Dugald Malcolm se rend chez le Patriarche de Venise, Monseigneur Albino Luciani, qui deviendra plus tard le pape Jean-Paul Ier: "Le Patriarche semble avoir assumé une position encline à la catastrophe. L'argument traité est toujours le même, l'avancée du PCI". Et sur l'argument, Monseigneur Luciani est intransigeant: "On ne peut pas être au même temps chrétiens et marxistes". Dossier
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Le
réseau Gladio et la démocratie
confisquée L'option numéro quatre porte un titre qui, même en anglais, n'a pas l'air vraiment rassurant: "Subversive or military intervention against the PCI". Elle commence ainsi: "Cette option recouvre une série de possibilités: depuis les opérations de bas profil, au support actif des forces démocratiques (financier ou d'autre nature) avec l'objectif de diriger une intervention pour soutenir un coup d'Etat encouragé de l'extérieur". Avantages: "De telles mesures peuvent contribuer à éloigner le PCI du gouvernement". Désavantages: "Il y a d'énormes difficultés pratiques pour accomplir ce type d'opérations. Vu la situation italienne, il est extrêmement improbable qu'une opération couverte reste secrète pour longtemps. Sa révélation pourrait causer des dommages aux intérêts de l'Occident et aider le PCI à justifier plus fortement son contrôle sur la machine du gouvernement. De plus, l'opinion publique des pays occidentaux pourrait mal le prendre avec pour résultat de créer des tensions à l'intérieur de l'OTAN, surtout entre les USA et les alliés européens, dans le cas où les Américains devraient prendre le commandement de l'initiative". "Après tant de temps, on a envie de se poser la question, et même avec un certain effroi, si et en quelle mesure les Italiens étaient conscients des dangers qu'ils risquaient. On a des scrupules à monter un cas de 'syndrome du coup d'Etat' posthume, d'autant plus qu'il n'a pas été accompli. Pourtant, il faut dire que jamais comme à cette époque l'idée même du coup d'Etat, la menace d'un coup d'Etat, les rumeurs de coup d'Etat, la vigilance et l'autodéfense en cas de coup d'Etat, étaient entrées depuis longtemps dans l'imaginaire politique. Vers le milieu des années 1970, les dirigeants communistes sont prudents, et il leur arrive de ne pas dormir chez eux: "Ils ne nous prendront pas au lit", affirme l'un d'entre eux, Giancarlo Pajetta. Le gouvernement anglais fait en sorte que les études, enquêtes et rapports restent en lieu sûr. "Leur existence ne doit pas être révélée - c'est la consigne - La Grande Bretagne ne doit pas être perçue comme un gouvernement qui interfère dans les affaires italiennes". Mais le 18 mai, en vue d'un sommet de l'OTAN à Oslo, quelque chose filtre: le Financial Times titre un article "Les craintes du Foreign Office sur l'Italie". Le journaliste révèle que l'attitude des alliés a été résumée dans un document ad hoc. Le ministère italien des Affaires étrangères demande des explications, mais Londres répond vaguement, redimensionne l'affaire: Le cas de l'Italie n'est pas dans l'agenda d'Oslo, il n'y a aucun papier, tout au plus, on pourrait parler du PCI "dans les couloirs". Au G7 de Porto-Rico, l'Italie se présente sans gouvernement, celui-ci n'ayant pas encore été formé après les élections, où la Démocratie chrétienne a obtenu 38,7% des voix et le Parti communiste 34,4%, à la Chambre. Moro et Rumor, deux anciens présidents du Conseil italiens, sont présents pour sauver la face. Gerald Ford, le président US, le britannique Callaghan, l'allemand Schmidt et Giscard d'Estaing se rencontrent à 12H45 le dimanche 27 juin au Dorado Beach Hotel pour un déjeuner de travail. Et là, il se produit un piteux incident. Campbell, futur ambassadeur britannique à Rome, le décrit ainsi: "Quand ils sont arrivés pour le déjeuner, les deux malheureux ministres italiens ont été empêchés d'entrer". C'est le summum de l'humiliation.
Paris, palais de l'Elysée, 8 juillet 1976. Le maître de maison est le secrétaire général adjoint de la présidence de la République française, Yves Cannac. Pour les USA, est présent Helmut Sonnenfeldt, conseiller du Département d'Etat et bras droit de Kissinger. L'Allemagne a envoyé Günther van Well, haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères de Bonn, et finalement, pour représenter la Grande Bretagne nous trouvons le secrétaire d'Etat du Foreign Office, Reginald Hibbert. "Cannac nous invite à déjeuner chez Ledoyen. Il y a une telle urgence que nous n'avons même pas le temps de lire la carte", rapporte Hibbert. Dans un coin, Sonnenfeldt se permet une plaisanterie: "Etes-vous sûrs que l'ambassadeur italien n'est pas ici? Si jamais on nous attrape, qu'il soit clair qu'on est là pour parler de Berlin". Les délégations pondent un projet d'intentions. Son titre est "Democracy in Italy", et pratiquement il expose aux futurs gouvernants italiens ce qu'ils doivent faire. Il commence ainsi: "Les récentes élections laissent la possibilité de maintenir vivante la démocratie en Italie, malgré la progression ultérieure de la part des communistes. Il est toutefois grand temps d'arrêter cette dérive". L'Italie
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