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Milosevic, grand commandeur des bombardements?

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Jeudi 25 mars 1999


Il a voulu la guerre. Face au vide stratégique de l'Otan, soumise au drapeau américain, dont la supériorité militaire est évidente, mais dont les objectifs le sont moins, le boucher de Belgrade a le beau jeu.

Il exploite les frappes occidentales pour consolider sa légitimité à l'intérieur d'une ex-Yougoslavie, réduite à une petite Serbie: même le Monténégro slave et orthodoxe, paladin historique de la grande patrie des Serbes, a cru bon de prendre ses distances et est maintenant en odeur de sécession.

Mais que cela ne tienne, Slobodan Milosevic sait aujourd'hui que c'est lui seul qui détient dans ses mains le destin d'un gros morceau de l'Europe. C'est bien lui le premier pilote des bombardiers alliés, c'est SA stratégie qui a contraint l'Otan à s'enfermer dans le piège d'une guerre dont les finalités sont invisibles.

Il n'existe en effet aucun précédent historique qui puisse nous faire imaginer que la petite Serbie capitule sous des simples frappes aériennes. Cela n'arriva pas à l'Angleterre de Churchill confrontée à la rage hitlérienne, ni à l'Allemagne nazie soumise aux bombardements sur tous les fronts, ni au Viêt-nam de Ho-Chi-Minh embrasé par le napalm américain, ni encore à l'Irak de Saddam...

Et, pour l'instant on ne voit pas quel Etat prendrait-il la responsabilité d'envoyer l'infanterie à occuper une partie des territoires en Serbie...

Quelles peuvent donc être à l'état actuel les conséquences de cette nouvelle guerre?

Les accords de Paris? En vérité c'était un acte unilatéral, le groupe de contact européen, court-circuité par les Américains, a assisté à la signature des Albanais uniquement quand ces derniers ont reçu le feu vert de Washington qui était désormais sûr que le Serbes n'auraient pas fait de même... Il est très difficile que ce compromis puisse donc survivre aux premières frappes...

De l'autre côté de la barricade, l'armée de Milosevic s'est déployée massivement au nord du Kosovo et laisse envisager que Belgrade essayera de conserver les territoires en deçà de la vallée de Sitnica. Il est tout a fait probable que les bombardements n'auront aucun effet sur l'offensive serbe au Kosovo au moins que l'Otan ne décide de mettre en compte des milliers de morts parmi la population civile.

Et, l'Uck? Combien de temps va durer cette unité de façade que l'armée de libération du Kosovo a pu exhiber à Paris? Jusqu'à quel point les services américains qui l'ont sponsorisée peuvent-ils contrôler une organisation qui ressemble à une galaxie de chefs et de clans?

L'expérience démontre que quand les Américains ont essayé d'utiliser la résistance régionale contre l'ennemi principal (en Afghanistan comme de nos jours en Irak) les résultats n'ont pas été si brillants que ça...

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