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Nous publions
l'éditorial en 4 parties. Conclusion: urgence et justice La tentation à la fois du Nord et du Sud peut être d'attendre pour agir jusqu'à ce que les impacts soient (encore plus) clairement visibles et attribuables aux activités humaines. Mais plus nous attendons, plus il sera difficile de réduire la gravité des impacts futurs, étant donné l'immense inertie dans les systèmes sociaux et naturels. Les impacts des changements climatiques affecteront l'habitabilité même de notre planète. Des dizaines de millions de gens vont voir leur maison inondée, perdre le fruit de leur travail, voire leur vie ou celle de leurs enfants, parce que les océans se dilatent quand ils s'échauffent et que leur niveau va s'élever, inondant des pays entiers. Mais aussi parce que des pluies diluviennes s'abattront de plus en plus fréquemment sur bien des régions. L'accélération du cycle de l'eau provoquera davantage de sécheresses dans certaines régions et facilitera les feux de forêts. Des vagues de chaleur tueront par milliers chaque année. Des millions d'hectares de cultures seront brûlés par le soleil et de nombreuses espèces vivantes ou écosystèmes disparaîtront. Des moustiques porteurs de maladies tropicales viendront piquer les banquiers à Wall Street. Plus tard, l'Antarctique et le Groënland commenceront à fondre. Et les sociétés humaines n'ont pas l'expérience d'un climat nettement plus chaud: pour retrouver un climat dont la température globale dépasse de plus de 2°C celle d'aujourd'hui, il faut remonter plus de 2 millions d'années en arrière! Les premiers à subir ces impacts seront les pays en développement, qui ont justement le moins de moyens d'y faire face et ne manquent pas d'autres difficultés. Deux milliards de Terriens ne connaissent ni électricité, ni téléphone, ni l'internet et n'ont qu'un revenu inférieur à quelques euros par jour. Plus d'un milliard de personnes n'ont pas non plus accès à l'eau potable et 5 millions meurent chaque année de maladies liées à l'eau. Mais avant la fin du siècle, si le dossier climatique n'est pas pris au sérieux, ce sont probablement plusieurs centaines de millions de Terriens de plus qui risquent de connaître le manque d'eau par exemple. D'ici quelques décennies, les réfugiés du climat se compteront par millions. Même les plus riches ne pourront plus échapper aux conséquences des changements climatiques. On a vu les milliers de victimes en France pendant l'été 2003. Faudra-t-il qu'un cataclysme climatique s'abatte sur la Maison Blanche, comme dans Colère, le passionnant roman de Denis Marquet [5], pour que le problème soit pris au sérieux? C'est un des paradoxes de la question des changements climatiques: les bases scientifiques sont largement comprises, les chiffres sont clairs, même si certains préfèrent les travestir ou les ignorer. Or, nous allons vers un mur, et nous ne faisons rien, ou presque. Les pays riches devraient réduire leurs émissions de manière ambitieuse, cesser d'exporter via la culture télévisuelle et la Banque mondiale leur mode de vie destructeur, et commencer à partager leurs ressources et technologies avec les pays du Sud pour les aider à atteindre un mode de développement plus durable, et à s'adapter à la part des changements climatiques qui sera devenue inévitable (voir Yaminet Huq, 2005). Dans beaucoup de cas, les actions prises pour protéger le climat ou pour s'adapter aux changements peuvent être bénéfiques à d'autres points de vue: réduire la vulnérabilité à la variabilité existante du climat et réduire notre dépendance envers les combustibles fossiles, ce qui présente beaucoup d'autres bénéfices en termes de bruit, de pollution de l'air et de l'eau (voir Wehab, 2002) ou d'accidents de la route et d'embouteillages. Pour terminer, je voudrais faire mienne cette phrase de l'éditorial du numéro d'Alternatives Sud consacré en 2003 au pétrole: "Le progrès identifié à la croissance, cette dernière devenue la condition même de la survie du système économique, le productivisme en tant que valeur centrale, y compris dans l'agriculture, le calcul économique comme seule norme d'organisation collective des sociétés, tout cela contribue, sous couvert de rationalité et de modernité, à faire de l'exploitation des richesses naturelles un en soi qui a éliminé de la culture le respect de la nature." (Alternatives Sud, 2003) Il est temps de trouver une alternative. Puisse ce numéro y contribuer. Le sommaire:
Impacts L'éditorial
du livre "L'injustice fondamentale des
changements climatiques" a été
publié dans notre journal Les
Enquêtes interdites n°73-74 (format
PDF), paru le 2 août 2006.
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