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Deux journalistes assassinés en Somalie. Enquête sur un "homicide sur ordre"


Mercredi 26 décembre 2007


Découvrez dans notre dossier "Trafic d'armes et de déchets toxiques - Les déchets de mort à l'ombre du réseau 'Gladio Stay-behind'" la contre-enquête sur l'assassinat des deux journalistes.



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Il y a treize ans, à Mogadiscio, en Somalie, deux journalistes de la RAI ont été assassinés. Ilaria Alpi et Miran Hrovatin enquêtaient sur un vaste réseau de trafic de déchets toxiques entre l'Europe et l'Afrique. En rejetant la requête d'archiver ce dossier très sensible, le juge Emanuele Cersosimo a demandé, en ce décembre 2007, que l'instruction puisse se poursuivre:

"Il apparaît de l'analyse globale des éléments d'indices recueillis jusqu'à aujourd'hui par les enquêteurs, que la reconstruction des événements la plus probable et raisonnable paraît être celle de l'homicide sur ordre, effectué pour empêcher que les informations recueillies par Ilaria Alpi et Miran Hrovatin en relation aux trafics d'armes et de déchets toxiques, qui se sont produits entre l'Italie et la Somalie, ne puissent être dévoilées à l'opinion publique italienne".

"Je crois que c'est la première fois - a commenté la mère de la journaliste - qu'un juge couche noir sur blanc de telles choses. Nous attendons de voir quel genre de suites seront données".

En Somalie, entre octobre 1993 et mars 1994, les assassinats ou tentatives d'assassinat bien étranges sont nombreux. Le 29 octobre 1993 Franco Oliva, fonctionnaire de la coopération italienne, est blessé au cours d'une tentative d'assassinat à Mogadiscio. Le 12 novembre, c'est l'adjudant Vincenzo Li Causi, du service secret militaire italien (le SISMI), qui est tué près de Balad. Le 9 décembre, Maria Cristina Luinetti s'écroule touchée par une balle. Elle travaillait au dispensaire situé juste en face de l'ex-ambassade italienne à Mogadiscio. Le 20 mars, c'est au tour d'Ilaria Alpi et du cameraman Miran Hrovatin d'être assassinés.


Cet ancien agent de "Gladio", organisation secrète atlantiste et putschiste (voir notre dossier Le réseau Gladio et la démocratie confisquée) se confie anonymement au journal télévisé RAI3.
"Nous avions un contrôle total de la Somalie et de toute la région. Notre structure était chargée de supporter les trafics illégaux, notamment la contrebande d'armes et le trafic de déchets nucléaires et toxiques. Là-bas, c'était une grosse poubelle pour ces saloperies... pour les Américains, Italiens, Allemands, Français, les pays de l'Est, mais surtout pour les USA, et pour les USA d'une façon encore plus féroce que la nôtre...
A propos de ces trafics, (la journaliste) Ilaria Alpi avait sans doute un informateur. Sans doute, un homme (du sevice de renseignement militaire italien) du SISMI, qui est mort, lui aussi, de mort violente, avant Ilara Alpi. Il s'agit de l'adjudant Vincenzo Li Causi... Il avait parlé avec Ilaria Alpi de certains arguments 'intouchables', il aurait dû rentrer en Italie le lendemain de sa mort pour être interrogé par les juges sur ces événements, et quelqu'un a pensé bien de l'éliminer. Je le connaissais très bien..."



"Ilaria Alpi a touché au secret le plus jalousement caché en Somalie. La décharge de déchets payée avec de l'argent et des armes", écrivit, dans une lettre adressée aux journalistes de l'hebdomadaire Famiglia Cristiana, Guido Garelli. Or, l'opinion de Guido Garelli n'est pas à prendre à la légère. Garelli est à l'origine du projet "Urano". "Cette opération (qui démarre en 1987 - NDLR) prévoyait l'envoi d'une grande quantité de déchets - principalement en provenance des USA - dans un énorme cratère naturel qui se trouve dans le Sahara espagnol", précise un autre acteur du projet.

Il est clair que la journaliste Ilaria Alpi était sûre d'avoir découvert quelque chose de très dérangeant. "Quand elle m'appela de Bosaso, le 17 mars (trois jours avant d'être assassinée - NDLR) j'ai senti qu'elle était très excitée car elle avait réalisé un bon reportage", raconte Massimo Loche, chef du service "étranger" à la rédaction du TG3, la troisième chaîne de la télévision italienne. Le 20 mars, Ilaria Alpi venait de rentrer à Mogadiscio. Elle appelle à nouveau sa rédaction. "J'ai une grosse histoire, je tiens un super sujet", confie-t-elle à son confrère Flavio Fusi. Quelques heures plus tard elle tombe dans un guet-apens.

 Découvrez dans notre dossier "Trafic d'armes et de déchets toxiques - Les déchets de mort à l'ombre du réseau 'Gladio Stay-behind'" la contre-enquête sur l'assassinat des deux journalistes.



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