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L'avenir de l'école constitue un enjeu de société qui concerne fondamentalement l'avenir de la jeunesse et celui du pays. Un tel enjeu ne peut être laissé aux bons soins de quelques-uns, fussent-ils des experts de la question. Le débat doit être investi par l'intervention croisée des personnels de l'éducation nationale, des parents d'élèves, des jeunes, des chercheurs, des salariés, des institutions, de toutes celles et ceux qui n'ont pas renoncé à une école de l'égalité, de la justice et de la réussite pour tous. Ce livre se veut une contribution au débat pour tracer les bases d'un projet de transformation progressiste de notre système éducatif où enfin choix éducatifs, choix de société, choix politiques se mettent en cohérence. C'est d'autant plus urgent que l'école publique est depuis quelques années au coeur de l'affrontement de classe. L'attaque de la droite contre l'école de la République telle qu'elle s'est construite au 20e siècle est massive, portant sur sa finalité même car il s'agit d'un véritable processus de démantèlement du système éducatif tel qu'il s'est construit au cours du dernier siècle, notamment dans ses avancées progressistes. Il s'agit, sur le fond, du renoncement à l'objectif fondamental d'accès de tous à un niveau de culture générale adapté aux exigences de la vie moderne, à l'émancipation de tous, à la qualité de la force de travail en construction comme à la formation du citoyen libre, responsable, acteur de la société. Les forces de droite ont besoin de mettre l'école au service du capitalisme mondialisé. Notre système n'est pas le seul à subir ces mutations: ainsi l'ensemble des pays développés est, depuis une quinzaine d'années, soumis à de profondes réformes, ayant pour finalité essentielle l'adaptation de l'école à la compétition économique mondiale. Il s'agit de construire, selon la formule consacrée par le texte dit de la "stratégie de Lisbonne", "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde", ce qui implique la destruction du Code du travail, l'augmentation de la flexibilité, la diminution, voire la suppression de nombre de diplômes liés à des conventions collectives, au profit des notions toutes subjectives - et soumises à l'appréciation exclusive du patronat - de la " compétence " et du "mérite" individuel, désignés par le terme barbare d' "employabilité". La loi Fillon imposée contre l'ensemble de la communauté éducative et malgré la formidable mobilisation des lycéens en 2005, comme celle dite "de l'égalité des chances" du ministre Borloo s'inscrivent dans ce projet. Elles sont, d'abord et avant tout, des pièces maîtresses de la recomposition de la société entreprise sous la houlette du Medef depuis plus d'une décennie. Elles s'articulent avec toutes les mesures prises par les gouvernements Raffarin et Villepin depuis 2002, mais malheureusement aussi, à bien des égards, par ceux de gauche, qui les ont précédés dans une perspective de marchandisation de la culture, des savoirs, de la connaissance. Les grandes lignes de ce projet sont connues: renforcer la fonction de centre de tri social de l'école dans un système éclaté, soumis aux pressions de l'économie de marché et des "décideurs" locaux. Ceux dont les familles auront les moyens seront progressivement orientés vers des établissements réservés à l'"élite" - souvent relevant de l'enseignement privé - et les autres devront trouver leur place, comme ils le pourront, dans une école publique peau de chagrin, sans ambition et sans moyens. Quant à ceux, les plus démunis, les exclus de tout, qui n'auraient pas trouvé leur place dans ce système, parce que trop "hors normes", il conviendra de les "repérer" le plus tôt possible, et on demandera aux collectivités territoriales de prendre le relais dans une stratégie de "traitement social" des jeunes, grâce à divers dispositifs imaginés à cet effet. Le but est de soumettre le système éducatif aux lois de la nouvelle économie capitaliste en voie de mondialisation, de substituer progressivement à la responsabilité collective la responsabilité individuelle des jeunes et de leurs familles. Pour cela il faut affaiblir l'école telle qu'elle s'est construite tout au long du 20e siècle, aiguiser les difficultés qu'elle rencontre pour mieux démontrer sa prétendue inefficacité. Cela se fait, et particulièrement depuis 2002, en organisant la pénurie de postes et l'assèchement programmé des moyens dont dispose l'éducation nationale, en profitant de la décentralisation pour systématiser "l'externalisation" de ses missions, notamment de lutte contre les inégalités scolaires. Le vote d'une loi restaurant l'apprentissage à 14 ans illustre parfaitement les objectifs de la droite et le travail idéologique engagé afin de maquiller les régressions sociales en propositions qui se veulent de bon sens : avec l'appui - implicite ou explicite - d'autres forces conservatrices, elle stigmatise les élèves et leurs familles sur lesquels il faudrait exercer un contrôle social et policier, elle accuse les enseignants de ne pas appliquer les bonnes méthodes pédagogiques et de constituer une caste de privilégiés qu'il faut soumettre; elle isole davantage les quartiers les plus défavorisés par la suppression progressive d'une approche liée à leur réalité sociale, notamment les dispositifs de ZEP. Sur le fond c'est le refus de s'attaquer à l'échec scolaire en évinçant du "circuit" les élèves en difficulté, un peu comme on sort régulièrement certains chômeurs des statistiques officielles pour améliorer le tableau, et en brisant les résistances traditionnelles d'une profession traditionnellement rebelle au libéralisme appliqué à l'éducation. Comment dresser un diagnostic sérieux sur l'école en ignorant les inégalités profondes de notre société: extrême pauvreté, précarité, accès à la santé, logement ?(...) Des
amples extraits seront publiés dans notre journal
Les enquêtes interdites N°81 de mars 2007
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