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La protection de l'environnement semble aujourd'hui relever de l'évidence, qui pourrait s'affirmer contre? Plusieurs indices semblent même converger pour indiquer que l'on assiste à un renforcement de la légitimité sociale et politique d'un traitement des problèmes environnementaux. L'expression d'une demande sociale environnementale s'affirme comme une préoccupation croissante dans les sociétés contemporaines (1). S'ils n'arrivent pas au premier rang des inquiétudes exprimées par les citoyens, les problèmes environnementaux occupent une place constante que vient exacerber la médiatisation d'événements ponctuels (accidents industriels, marées noires, catastrophes naturelles, etc.). On assiste parallèlement à une montée de l'offre politique qui s'illustre par une mobilisation des autorités publiques pour favoriser la mise sur l'agenda politique des questions environnementales (comme en témoigne la régularité des sommets internationaux depuis Stokholm 1972, à Rio en 1992, à Johannesbourg en 2002). Un foisonnement de politiques publiques, de textes législatifs et de réglementations, adoptés par les autorités politiques européennes, nationales et locales tendent à normaliser, au nom de l'environnement, les activités économiques et les pratiques sociales. Les mouvements sociaux appuyés sur des revendications environnementales connaissent également une progression régulière qu'il s'agisse de mouvements écologistes de portée universaliste (Greenpeace, protection du vivant, anti OGM, antinucléaire,etc.) ou de revendications locales contre des nuisances environnementales, de conflits d'implantation d'équipements indésirables. Enfin, les marchés ne sont pas en reste, comme l'illustrent la valorisation commerciale de l'image de la nature dans les produits de consommation (produits verts, produits bio, éco-label), l'affichage de modes de productions "durables" et de technologies "propres" (normes ISO, énergies renouvelables, agriculture raisonnée,etc.) et l'émergence de mécanismes de contrôle "environnemental et éthique" des placements financiers (2). Tout cet ensemble d'éléments semble traduire le passage de l'intention à l'action (3) et donne à penser que s'est amorcée une dynamique d'institutionnalisation sociale, politique, économique en faveur d'une prévention des désordres environnementaux et d'une préservation de l'environnement. Cependant, la réalité invite à tempérer la portée de ce mouvement, elle montre à l'inverse que de nombreux problèmes environnementaux persistent et que de nouveaux émergent, sans qu'aucun ne soit irrémédiablement maîtrisé. Que l'on se réfère aux réquisitoires les plus alarmistes ou aux rapports d'organismes internationaux comme l'OCDE (4) ou nationaux comme l'IFEN, les perspectives pour l'environnement sont jugées particulièrement préoccupantes. En France, le bilan régulier de l'environnement réalisé par l'IFEN souligne que les enjeux écologiques majeurs révélés en 1992 par la commission "Environnement, qualité de vie, croissance" du onzième plan, demeurent les problèmes prioritaires recensés en 2002: "problèmes agricoles, déchets, risques industriels, transports, eaux marines, littoral: ce qui a caractérisé la période 1998-2001, c'est donc moins l'apparition de nouveaux risques [...] que la réaffirmation d'enjeux écologiques structurels solidement ancrés dans la réalité française quotidienne (5)". Dans le domaine de la gestion de l'eau en particulier, aux sources de pollutions ponctuelles, résorbées durant les trente dernières années, se sont substituées des nuisances plus diffuses (6) (eutrophisation, pesticides, métaux lourds), de nombreuses politiques environnementales semblent marquées par un réel déficit d'efficacité régulièrement souligné dans divers rapports (7) et par les contentieux réguliers intentés à la France par la Commission européenne. Dans le domaine de la qualité de l'air, le principe général d'une réduction des gaz à effet de serre - responsable supposé de dérèglements climatiques - adopté à Rio et fixé à 8% au sommet de Kyoto de 1998 n'a que peu de chances d'être atteint d'ici vingt ans sans un changement radical dans l'utilisation des énergies et les modes de transports (8). La maîtrise des risques industriels et technologiques qui a fait également l'objet d'une attention croissante des pouvoirs publics se retrouve régulièrement démunie face aux accidents impromptus (explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001, naufrages de l'Erikaen 2001 et du Prestige en 2003). En dépit de mesures adoptées au niveau européen depuis plus de vingt ans, les milieux naturels et la biodiversité connaissent un processus de dégradation continu dont témoigne notamment la disparition des zones humides et des espèces associées (9). Force est donc de constater que les ambitions environnementales, affichées par la prise en charge publique de problèmes environnementaux (air, eau, bruit, déchet, biodiversité,etc.), et au travers de la référence lancinante aux principes du développement durable, se traduisent par des résultats environnementaux qui restent sensiblement en deçà des objectifs. Comment
expliquer ce paradoxe qu'une telle mobilisation
institutionnelle, illustrée par un dispositif
normatif juridico-politico-administratif de plus en plus
élaboré, par des actions environnementales
(10)
publiques ou privées plus nombreuses et par
l'expression d'une forte demande sociale d'environnement, ne
permettent pas de contribuer à résoudre
durablement les problèmes d'environnement? Pour
répondre à cette question, il convient de
chercher à comprendre les mécanismes par
lesquels, la situation créée par la
convergence manifeste entre des intentions politiques
affichées et les aspirations sociales des populations
en faveur de l'environnement, ne parvient pas à
structurer des modes d'action efficaces du point de vue de
la finalité
environnementale(...)
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[1]
IFEN,
Credoc ; enquête eurobaromètre :
<http://europa.eu.int/comm/environment/barometer/index.htm>. Des
plus amples extraits du livre "Les défis
de l'environnement - Démocratie et
efficacité" seront publiés
dans
notre journal Les Enquêtes interdites
n°79 de janvier
2007
(format PDF).
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