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Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la terre comptera bientôt plus d'urbains que de ruraux. Vers 2050, les deux tiers de la population mondiale vivront dans les villes, en particulier dans celles du Sud qui absorberont quelque 90% de l'explosion démographique. Trait marquant de cette hyperinflation urbaine : la croissance vertigineuse des bidonvilles, terreaux de production et de reproduction de la misère. Près d'un milliard de personnes s'y entassent, plus de deux milliards dans vingt ans. La fracture « villes-campagnes » s'est transportée au cur de la cité, faisant voler en éclats le lien supposé mécanique entre urbanisation, croissance et développement. Cette forme d'urbanisation trouve en grande partie son origine dans la restructuration néolibérale imposée aux économies du Sud depuis les années 1980. Les populations rurales ont cherché en ville le salut, tandis que, sur fond de crises, les ajustements préconisés détricotaient les fragiles filets sociaux urbains et plongeaient des millions de travailleurs dans la précarité et l'informalité. Face aux catastrophes sociales et environnementales annoncées, les solutions de l'ingénierie onusienne &endash; gestion urbaine décentralisée, « bonne gouvernance », projets ciblés, partenariat public privé &endash; ne s'attaquent pas à la racine des problèmes. Au-delà des diverses stratégies de survie, initiatives populaires et mobilisations alternatives tentent de changer la donne, mais l'insatisfaction des parias de l'urbanisation prend aussi des formes tragiques. La croissance des inégalités et de la pauvreté -urbaines, dont l'explosion des bidonvilles est -l'expression la plus forte, résulte d'un modèle d'"urbanisation sans développement" induit par les ajustements structurels et le "tout-au-marché". La ville néolibérale, lieu de polarisation extrême, apparaît à la fois comme le support privilégié et l'horizon ultime d'une certaine mondialisation. "Les qualités de la vie urbaine au 21e siècle définiront les qualités de la civilisation elle-même. Mais si l'on juge superficiellement l'état des villes mondiales, les générations futures ne trouveront pas que cette civilisation soit particulièrement conviviale" (Harvey, 2001). L'humanité vient de franchir un cap historique. Selon le dernier rapport d'ONU-Habitat (UN-Habitat, 2006), le monde compte désormais plus d'urbains que de ruraux. Du fait de l'imprécision des statistiques, peut-être cette transition démographique, révolution silencieuse s'il en est, a-t-elle déjà eu lieu au tout début de la décennie. Quoi qu'il en soit, la tendance séculaire à l'urbanisation, loin de s'essouffler, devrait se poursuivre. En 2030, les villes abriteront 5 milliards d'êtres humains sur un total de 8,1 milliards, soit deux tiers de la population mondiale. Si la croissance démographique urbaine se maintient au rythme actuel, les villes accueilleront encore chaque jour pas moins de 180.000 nouveaux citadins (nouveau-nés et migrants), l'équivalent chaque année de presque deux fois la ville de Tokyo (près de 35 millions d'habitants)! La population rurale, quant à elle, commencera à décroître à partir de 2015. Entamant alors une courbe descendante (- 0,32% par an), la campagne se videra de quelque 155 millions de ruraux sur quinze ans (jusqu'en 2030). C'est dire que le pouvoir d'attraction qu'exercent les lumières de la ville sur le monde rural n'est pas prêt de faiblir. Les villes, pour paraphraser Braudel, resteront voraces et continueront à absorber incessamment les paysans (1986). Au moins pour un temps! Jusqu'en 2050 peut-être, quand la planète aura semble-t-il atteint son maximum démographique de 10 milliards d'habitants, dont trois quarts d'urbains. Ce boom urbain concernera principalement les pays du Sud. D'après ONU-Habitat (UN-Habitat, 2006), 95% de cette ultime poussée démographique des villes aura lieu dans les zones urbaines des pays du tiers-monde. Leur population, qui augmente en moyenne deux fois plus vite que les taux de croissance nationaux, devrait doubler au cours de la prochaine génération pour atteindre le chiffre hallucinant de 4 milliards de personnes(...) -
Modèle d'urbanisation débridée - [1]
Sociologue et historien, chercheur au Centre
tricontinental-CETRI (Louvain-la-Neuve). Abonnez-vous
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