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A l'automne 2005, au nord du Maroc, lors de tentatives collectives de pénétrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, une dizaine de personnes originaires d'Afrique noire sont abattues: on n'en connaîtra ni le nombre exact ni l'identité. Le monde découvre alors l'existence de ces migrants et demandeurs d'asile en transit au Maroc, prêts aux pires sacrifices pour fuir leurs pays et rejoindre les rivages européens. Depuis plusieurs années déjà, nombre d'entre eux, réfugiés dans les forêts proches des enclaves, ont l'espoir de franchir un jour les grillages fatidiques. En proie à l'isolement et à une répression policière croissante, ils décident avant l'hiver de tenter le tout pour le tout. C'est le point de départ d'une vaste opération de rafles dans les forêts et dans les villes, suivies de déportations dans le désert. Soigneusement médiatisée, cette campagne vise à montrer que les autorités marocaines sont disposées à servir avec zèle, du dehors, la politique de fermeture des frontières de l'Union européenne. Ce livre noir explique comment ces événements sont une conséquence de la politique de l'Union européenne visant à sécuriser ses frontières extérieures et à contraindre les candidats à la migration à rester dans leur pays. Les auteurs montrent que les droits fondamentaux et textes internationaux, notamment ceux qui consacrent le droit des personnes à circuler et à quitter le pays où elles se trouvent, sont au nombre des victimes de ces politiques de guerre aux migrants. L'Afrique du Nord, champ de bataille de la guerre aux migrants Jusqu'à l'automne 2005 et les événements de Ceuta et Melilla relatés dans cet ouvrage, le réseau Migreurop s'était abstenu, dans ses prises de position publiques, de parler de "guerre aux migrants" pour désigner les politiques de répression et de dissuasion de l'immigration. Non que nous n'ayons eu conscience du caractère meurtrier des politiques de contrôle des frontières, dont les fragiles vigies militantes nous apprenaient que chaque jour elles tuent [1], mais l'analyse selon laquelle ces milliers de morts étaient la conséquence assumée de décisions prises par les démocraties européennes était peu audible. En octobre 2005, avec l'usage de tirs nourris contre des personnes désarmées et ne représentant aucun danger, un pas a été franchi dans les pratiques coercitives appliquées à des populations dont le seul délit est de vouloir franchir les frontières dans l'espoir de trouver vie meilleure ou protection. Ces exactions, et celles qui ont suivi - déportations dans le désert, enfermement dans des camps militaires, retours forcés -, n'étaient pourtant qu'une des pièces du dispositif beaucoup plus large qui, depuis de nombreuses années, fait de l'Afrique du Nord un des champs de bataille de la guerre mondiale contre les migrants. A trop vouloir éviter les pièges de l'exagération et de l'emphase militante, nous avions oublié que le bellicisme envers les migrants, s'il laisse de rares traces verbales dans des discours institutionnels oscillant entre économisme et humanitarisme, est une réalité concrète pour l'immense majorité des habitants du Sud qui souhaitent faire valoir leur droit à quitter leur propre pays. La guerre aux migrants n'est pas une métaphore destinée à briser le silence qui entoure violences et atteintes aux droits des exilés, mais bien la réalité d'une politique coordonnée(...) Des
amples extraits seront publiés dans notre journal
Les enquêtes interdites N°83 de mai 2007
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