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La pensée coloniale - Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique
Du passé au présent: les temps dans la reconnaissance sociale et culturelle

Par Michael Löwy

Jeudi 4 octobre 2007



La pensée coloniale - Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique, par Matamoros Ponce Fernando, préface de Michael Löwy. ©Syllepse 2007.
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Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse nous publions ici en exclusivité un extrait de l'introduction de Michael Löwy du livre de Matamoros Ponce Fernando "La pensée coloniale - Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique". De plus amples extraits seront publiés dans le prochain numéro de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement. ©2007, Editions Syllepse

Civilisatrice et destructrice, la pensée coloniale classifie et condamne. Au Mexique et en Amérique latine, elle assimile les Indiens à des "barbares" et à des "sauvages incultes"? Il faut donc les éduquer et les "civiliser".
Ce livre est une analyse socio-historique des pratiques et des discours colonisateurs, une réflexion et critique contre les barbaries expansionnistes de la modernité et de sa civilisation.
Avec les outils de la sociologie du religieux et de la socio-anthropologie historique, l'auteur démonte la pensée des vainqueurs: dimensions religieuses, mystiques, messianiques, utopiques et politiques. Ces réflexions sur le 16e siècle ne se limitent pas au passé, à l'historiographie officielle, car malgré le temps et les éradications, le passé des vaincus n'est pas mort. Des traces dans les corps et les identités contemporaines font resurgir de la mémoire des peuples vaincus et asservis des actions libératrices.
Dans sa préface, Michael Löwy souligne que ce livre permet d'appréhender les cinq siècles d'oppression qui se sont déroulés depuis la "Découverte" de 1492.

L'histoire du 16e siècle montre de façon intéressante que la mondialisation et l'universalisation d'une identité religieuse et politique dominante ne sont pas un phénomène nouveau. Dans le contexte des conflits économiques liés aux concurrences internationales se manifestent des logiques politiques soumises à la domination. Cette entreprise mobilise, à des fins de légitimation, des ressources symboliques religieuses des territoires qu'elles concernent et met en évidence le mode actif du passé dans le présent, une mémoire active et conflictuelle dans la configuration d'une nouvelle société.

Notre propos vise à établir, à l'échelle du Mexique, la logique de cette entreprise politique et symbolique. Notre regard sur ce passé ne veut pas se limiter à des événements figés dans le temps et l'espace. Nous ne cherchons pas à étudier les formes périmées des croyances et représentations religieuses qui se sont affrontées au cours du 16e siècle dans le seul but de les saisir pour les reconstituer. Nous nous fixons pour objectif d'étudier, les formes dans lesquelles elles agissent, au présent, affectant les hommes dans leurs actes tant d'un point de vue symbolique que pratique.

Cette démarche postule qu'il n'existe jamais de rupture complète, absolue entre le passé et le présent et qu'il existe aussi d'étroites relations entre les structures politiques et économiques et les traditions religieuses. Toutes trouvent leurs racines loin dans des mythes d'origine établissant le pouvoir. Elles s'inscrivent, donc, dans des logiques articulées entre le religieux, le politique et l'économique.

Pour réaliser ce travail, nous nous sommes attachés à quatre personnages, un découvreur, un conquérant et deux missionnaires: Christophe Colomb, Hernán Cortés, Bernardino de Sahagún et Jerónimo de Mendieta.

La découverte de Colomb, la conquête militaire de Cortés et l'entreprise de conversion des missionnaires (dont Bernardino de Sahagún et Jerónimo de Mendieta) dans l'établissement des royaumes, temporel et divin, introduisirent une rupture dans l'histoire des groupes concernés. De fait, ils travaillèrent à rétablir un lien de continuité des passés mythiques, le leur et celui de l'autre. Un remaniement et/ou une reconceptualisation de l'idée du monde - de l'espace et du temps -, de Dieu - de la force et des espérances de l'homme - impliquant des conséquences sur le droit et les institutions s'est imposé.

Un des principaux arguments légitimant la guerre menée contre les Indiens fut qu'ils étaient esclaves par nature car barbares et sauvages, nature impliquant la domination et la supériorité d'Européens plus puissants et plus parfaits qu'eux. Cette supériorité justifiait le fait que ceux-ci apportaient avec eux une Loi et des normes justes, liées au droit naturel, afin que tous puissent profiter des biens de la civilisation. En d'autres termes, les conquérants et les missionnaires offraient le Salut aux vaincus. La culture et la tradition occidentale, esprit du monde, légitimées comme totalité de sens, définissaient l'Autre, le barbare, l'infidèle comme un sujet à civiliser. La guerre et la violence exercées contre les Indiens trouvaient ainsi leurs justifications dans le religieux, le droit et la raison, qui prescrivaient de dominer les "brutes". On aurait tort de croire que ces catégorisations ont disparu du paysage américain.

Par exemple, les qualificatifs utilisés par les Métis au Mexique pour désigner l'Indien sont chargés d'histoire coloniale et perdurent encore aujourd'hui. Tu eres un naco" (mot qui vient de totonaca et qui désigne un groupe indigène résistant à l'invasion espagnole); bajaste de la montaña ("on croirait que tu descends de la montagne") ; "Indio pata rajada" (expression liée à la marche sans chaussures et donc aux pieds abîmés); Pareces Indio ("tu ressembles à un Indien"), Te sale lo Indio ("ton côté indien se manifeste") ; ou encore, Indio salvaje (" Indien sauvage")(...)

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De plus amples extraits seront publiés dans le prochain numéro de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement.

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