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Le rêve bleu des mineurs tanzaniens
Quatrième partie "C'est notre seul espoir"


Un grand reportage de Fabien Grasser - Photos de Isabelle Cridlig

Mercredi 17 octobre 2007


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"C'est notre seul espoir"

Loin de toute cette agitation, dans la troisième mine que possède Lucas, des ouvriers sont affalés sur un matelas poisseux. Cette fois-ci, la coupe est pleine. Avant d'admonester ses employés, le patron prie ses visiteurs de l'attendre dans un vaste bâtiment en bois à l'extrémité de la concession. Fixée à la cloison, une boîte de premier secours fait illusion: elle ne contient qu'une brosse à dents et un tube de dentifrice.

A l'extérieur une dizaine de mineurs sont assis à l'ombre de la haute palissade de taule qui délimite la mine. Un jeune garçon esquive les questions sur son âge. Le sujet est devenu sensible: les patrons sont très remontés contre les auteurs d'un documentaire qui affirment que 4.000 enfants âgés de 8 à 14 ans travaillent à Mererani, au mépris des engagements internationaux pris par la Tanzanie.

Survient Moses. Agé de 22 ans, il vient de Dar es-Salaam, la capitale économique et mégapole surpeuplée de Tanzanie. "J'ai fait des études", dit-il. "A quoi me servent-elles puisque je suis obligé de travailler au fond pour me nourrir? Nous gagnons juste de quoi vivre jusqu'au lendemain… mais c'est notre seul espoir", s'indigne le jeune homme.

Lucas, de son côté, a remis les pendules à l'heure avec ses ouvriers et regarde sa montre: il est temps de reprendre la route. En s'engageant sur la piste défoncée qui mène au village de Mererani, il arrête une dernière fois son 4X4 près d'un trou de quelques mètres de profondeur. Deux hommes s'échinent à remonter des sacs et des seaux remplis de terre. Ce sont des mineurs sans permis, prospectant au-delà du périmètre normalement autorisé. Lucas jette un coup d'œil sur le tamis avant de remonter dans son véhicule: "Rien d'intéressant. Ceux-là ne feront jamais fortune, leur problème est qu'ils ont trop peur de descendre dans les mines", raille-t-il, avant de renchérir: "Moi je n'ai jamais eu peur et de toute façon je n'ai pas le choix: quand mes ouvriers découvrent un filon, c'est moi qui descends dégager les pierres. Je n'ai confiance en personne!"

Au loin, un invraisemblable amas de terre s'étale sur des kilomètres. Les mines rejettent ici leurs déchets d'extraction. Des centaines de silhouettes vont et viennent sur de minuscules collines artificielles. Ils espèrent trouver des tanzanites dont la présence dans les gravats auraient échappé à la vigilance des mineurs en amont. A la nuit tombante, les silhouettes gagnent de fragiles abris faits de branchages et de sacs plastiques. A Mererani, ils sont tout au bas de l'échelle.

Dans un autre monde, quelque 250 km et une frontière plus loin, le Hilton de Nairobi : au cœur de la capitale kenyane, la galerie marchande du prestigieux palace abrite des boutiques à la mode et deux ou trois bijouteries dont la plus remarquable donne directement sur le hall d'entrée de l'hôtel. Dans la vitrine trône un magnifique collier à plusieurs rangées. Le bleu étincelant de ses pierres éclipse les autres parures. Un bagagiste du Hilton abandonne son poste et s'avance sur l'épaisse moquette. Souriant, il désigne le centre de la vitrine: "Ce sont des tanzanites. Il faut être très riche pour s'offrir ce collier. Un jour, j'irai tenter ma chance en Tanzanie".

Nous publions des extraits de cet article en quatre parties. L'intégralité de l'article est déjà disponible dans l'espace abonnés et au format PDF au moyen du service AlloPass (1,50 euros par SMS). En voici le sommaire:

- Une pierre précieuse des plus convoitées
- Risquer la vie pour une poignée de shillings
- L'appétit vorace d'une multinationale sud-africaine
- "C'est notre seul espoir"


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