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Si l'explosion du tourisme repose sur sa démocratisation au sein des pays riches, son internationalisation n'en confirme pas moins son caractère inégalitaire, et le discours humaniste de l'OMT (Organisation mondiale du tourisme), son option libérale. Révélateurs des disparités Nord-Sud, les flux touristiques creusent les écarts: les tour-opérateurs transnationaux se partagent une part croissante des profits et le "premier monde" s'impose toujours comme le principal émetteur et récepteur des "migrants de plaisance". Pour autant, le tourisme est devenu la première source de devises pour un tiers des "pays en développement". A quels coûts sociaux, environnementaux et culturels? Privatisation du patrimoine, saccage des écosystèmes, folklorisation des sociétés, consommation des moeurs la monoculture du tourisme massifié et la diversification tous azimuts de son offre induisent-elles autre chose qu'un "nouvel usage occidental du monde"? Les initiatives en matière de tourisme éthique veulent le croire. Reste que la réalité du rapport inégal entre "visiteurs" et "visités" et celle, plus globale, du déséquilibre entre promoteurs de l'industrie touristique et populations locales appellent de nouvelles régulations. Impacts de la marchandisation des lieux et des comportements Les retombées de l'expansion du tourisme international en termes d'emploi dans les économies des pays du Sud prêtent, elles aussi, à débat. Si le secteur est effectivement un important fournisseur de postes de travail, puisqu'il occupe environ 250 millions de personnes dans le monde, la qualité des emplois générés varie. Souvent précaires ou saisonniers, ils s'adressent d'abord à une population sous-qualifiée, sans protection sociale, lorsqu'ils ne concernent pas directement les adolescents ou les enfants qui seraient quelque 20 millions dans le monde à travailler dans un "métier" liéau tourisme. Les revenus individuels que la population locale peut "tirer" des vacanciers internationaux sont à ce point en décalage avec l'économie locale que les conséquences sociétales de ce biais structurel peuvent être, elles aussi, très lourdes. On voit ainsi des secteurs informels (vente de souvenirs, restauration ) se constituer autour des enclaves touristiques, au détriment des activités agricoles ou des savoir-faire traditionnels, comme sur l'île tunisienne de Djerba (800 000 touristes par an) qui ne produit plus que 10% de ses besoins alimentaires (Dehais, 2001). Si l'écart entre le niveau de vie local et la bourse des visiteurs de passage déstructure souvent l'économie (sans même parler des pressions inflationnistes), il peut aussi désorganiser en profondeur une société. Lorsqu'un pourboire, une course de taxi payée en dollars ou un "service sexuel" suffisent chacun à dépasser un ou deux salaires mensuels locaux, le pays hôte n'est à l'abri d'aucune dérive. Pour preuve, non seulement la quantité de professionnels (de l'éducation ou de la médecine par exemple) qui se reconvertissent, à Cuba et ailleurs, dans de petits boulots de service, mais aussi le développement massif de la prostitution, du tourisme sexuel (qui exploite 2 millions de mineurs dans le monde), de marchés noirs, de trafics divers et autres réseaux mafieux locaux Les chocs culturels concomitants n'en sont pas moins dévastateurs. "L'échange" entre modes de vie et de consommation contrastés s'avère rarement profitable aux deux parties. Friand ou non de stéréotypes, de clichés ou d' authenticité", le touriste, plus ou moins dupe, participe de facto à la marchandisation des cultures locales, et donc à leur "mise en scène", à leur folklorisation commerciale. Au mieux, l'autochtone s'adapte pour en tirer profit ; au pire, il est lui-même instrumentalisé par d'autres intérêts, comme ces "peuplades indigènes" parquées, que l'on visite, appareil photo en bandoulière, comme l'on visite un zoo. Dans le sens inverse, la pénétration touristique s'avère rarement porteuse d'autres repères pour les populations hôtes que ceux d'un consumérisme insouciant. L'empreinte environnementale de l'industrie touristique pose aussi de multiples problèmes en chaîne. Comme l'indique Béatrice Dehais dans un travail consacré à la mondialisation et aux dégâts du tourisme: "Les modes de consommation des touristes en eau et en électricité conduisent souvent à détourner les ressources disponibles, au détriment des habitants" (Dehais, 2001). Les exemples abondent(...) Des
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Les enquêtes interdites N°80 de
février 2007 (format PDF) Abonnez-vous
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