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La révolte contre ces décisions insensées, ces boucheries humaines justifiées par le seul déplacement d'un petit drapeau sur les cartes des généraux, provoquent un mouvement de refus dans la troupe. On chante l'Internationale dans les trains de permissionnaires, des régiments rechignent à monter à l'assaut, des tracts pacifistes circulent sous le manteau. (voir le document). On estime que d'avril à juin 1917, la moitié des régiments français furent touchés par une forme ou une autre de refus d'obéissance. L'armée allemande avait, elle aussi, dû faire face à des troubles, en mars de la même année, principalement dans la marine. Mais la mutinerie la plus importante, par le nombre des participants, leur organisation et la précision de leurs revendications, fut celle que menèrent les régiments russes du front de Champagne.
Le premier régiment était constitué presque exclusivement d'ouvriers moscovites, l'autre de paysans de la région de Samara que borde la Volga. Après une période de formation, les troupes furent envoyées sur le front de Champagne où elles subirent de très lourdes pertes, notamment en raison du sous-équipement en masques à gaz. Les premiers mouvements de cassure entre les officiers et la troupe apparurent à la mi-mars 1917, après l'abdication du tsar Nicolas II, et la nomination de Kerenski comme premier ministre russe. Les ouvriers de Moscou, gagnés au idées bolchévique, voulaient aller prendre part à la Révolution, les paysans, avertis des premières mesures de partage des terres exigeaient leurs droits: "On distribue les terres, nous arriverons trop tard pour obtenir notre part légale!".
Ce
camp de manoeuvres a abrité, au début de la
guerre, les civils étrangers évacués de
Paris et soupçonnés de sympathies avec
l'Allemagne, puis ce sont des prisonniers prussiens qu'on y
a enfermés. Le 11 juin, ce sont 16.000 hommes de
troupe, 300 officiers et 1700 chevaux qui se mettent en
marche pour aller prendre possession des lieux, dans la
Creuse. Les mutins ont gardé leurs armes, fusils
Lebel, fusils-mitrailleurs, mitrailleuses, canons de 37 et
mortiers de tranchées. Ils s'installent à la
fin du mois, et l'autorité des soviets se substitue,
là encore à celle de l'armée. Les
rebelles de La Courtine se baptisent "Courtintzi". Alors que
le général Foch tente de faire partir ces
troupes pour la Russie, le gouvernement de Kerenski refuse,
par peur de l'exemple qu'elle pourraient donner. Le
gouvernement provisoire russe souligne, au contraire, que la
peine de mort pour indiscipline doit être
appliquée aux mutins. Le télégramme
3172 de Kerenski, qui servira de base à l'action du
général Zankeïevitch, stipule:
Dans la nuit du 2 au 3 août, des troupes russes loyalistes et des troupes françaises dépêchées de Limoges, de Tulle, d'Ussel, de Guéret, prennent position sur les collines entourant le camp de la Courtine. Les mutins élisent un chef, Globa, qui parle couramment le français. Les négociations pour trouver une issue à la crise vont en fait durer près de sept semaines. A la mi-septembre, tous les villages entourant le camp sont évacués. Les mutins creusent des tranchées, renforcent leurs défenses. Dans la nuit, ils tiennent un meeting, chantent à l'unisson. Un nouvel ultimatum est adressé aux révoltés le 14 septembre. Ils y répondent par un appel aux soldats russes loyalistes: "Pourriez-vous aller jusqu'à vous abreuver du sang de vos camarades, voire même de vos frères? Demain, le monde entier connaîtrait le crime que vous commettriez en levant sur nous une main fratricide".
"Camarades, nous vous demandons de ne pas aller au travail volontaire. A ceux qui ont signé, je donne le conseil: refusez. En Russie! En Russie!" Les meneurs sont débusqués, condamnés et déportés sur l'île d'Aix (voir le document). Les soldats seront contraints à travailler dans les mines, dans les usines désertées par les ouvriers envoyés au front. Ceux qui refusent sont transférés au Maroc, pour les travaux d'assèchement des marais, la construction de lignes de chemin de fer.
Il ne reste rien dans la région de cet épisode, hormis le souvenir. Mais tout près de là, sur le même plateau de Millevaches, une place raconte cette histoire éternelle des "hommes contre". Un monument dressé au coeur du village de Gentioux. Un enfant en blouse grise d'écolier dresse le poing devant la liste des jeunes hommes morts à la guerre. Ses doigts pliés affleurent une inscription: "Maudite soit la guerre". Pendant près de soixante-dix années, toute manifestation patriotique était interdite devant ce monument, et les troupes qui le trouvaient sur leur chemin avaient ordre de détourner la tête! Certains soldats, dit-on, serraient le poing en passant, pour marquer leur solidarité avec l'écolier de Gentioux. A
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