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Les profiteurs du "Grand Bazar"

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Par Didier Daeninckx

Paris, lundi 12 mars 2001



De nos jours, sur un site web hébergé aux USA les textes de La Banquise sont toujours d'actualité...
.

A
près l'émotion suscitée par la republication de passages de son livre Le Grand Bazar édité en 1975, et avec lesquels il a clairement pris ses distances, Daniel Cohn Bendit a décidé de se mettre en retrait. Nombre de ses amis ont tenté de replacer des propos presque trentenaires dans le contexte de l'époque, rappelant les écrits de Michel Foucault, de Félix Guatari, les signatures d'actuels ministres sur des pétitions libertaires. Il en est d'autres, moins bien intentionnés, qui ont mis à profit cette tempête médiatique pour tenter de se laver de leurs prosélytisme pédophile. La présence de Serge Quadruppani, sur un texte de soutien à Daniel Cohn-Bendit publié par Libération est à cet égard extrêmement choquante (Société de paranoïa, 1er mars 2001, page 6- voir le document). Dans les diverses revues d'ultra-gauche qu'il a créées et dirigées, ce personnage n'a jamais hésité à publier des textes auprès desquelles les écrits de Daniel Cohn-Bendit font figure de bluettes. Alors que ceux qui les avaient eu devant les yeux pensaient qu'ils étaient définitivement oubliés, ils viennent d'être remis en circulation sur un site consacré exclusivement à l'une des pires publications de cette époque. Ainsi dans le numéro 2 de La Banquise, en 1983, un article de la rédaction principalement constituée de Serge Quadruppani et de Gilles Dauvé, et intitulé Ami(e)s pédophiles, bonjour! nous assène:

"Si la pédophilie est la plupart du temps misérable, il en est de même de tous les rapports "sexuels" et amoureux. Il n'est pas nécessaire d'être un révolutionnaire pour voir que le supplément de misère de la pédophilie est le fruit de sa répression sociale. Un pédagogue libéral américain n'explique-t-il pas que le principal traumatisme que subit l'enfant "victime" d'un satyre provient de ses parents qui en font tout un plat, alors que lui, s'il n'y a pas eu violence, aurait plutôt tendance à s'en foutre?"


La Banquise n°2, 1983
.

L'article étant publié au moment des investigations policières dans un lieu alternatif pour adolescents en difficultés, Le Coral, la rédaction conclut son article de cette manière: "enseigner le cathéchisme? Que les cathos de gauche de Témoignage Chrétien aient cru devoir voler au secours de la police dans l'affaire du Coral nous ferait presque regretter ces curés de campagne qui communiquaient aux enfants les deux savoirs à la fois".

Aujourd'hui, celui qui avalisait ces délires se défausse à bon compte en signant un texte où il se félicite de ce qu'enfin "la parole se libère sur les horreurs subies, ces curés qui abusent, ces parents qui violent, ces familles qui étouffent"... Sans même s'essuyer les pieds, en revenant sur les lieux du crime. Se souvient-il du joli mois de mai 1993? Un forcené désigné sous les initiales H.B. venait de prendre une classe d'école maternelle de Neuilly-sur-Seine en otage, et l'équipe de La Banquise s'était muée en un autre brûlot, Mordicus dont Quadruppani était le directeur de publication et le principal rédacteur. Pour l'équipe, les conditions modernes d'éxistence poussent à sur-évaluer la place de l'enfant dans la société:

"La transformation de l'enfant en nounours devient, grâce aux progrès de la biologie, grotesquement visible, chez ces femmes sexagénaires ou lesbiennes qui se font engrosser par insémination artificielle".

On y dit surtout l'ignoble, à propos des meurtres d'enfants:

"L'hystérie organisée autour de l'assassinat d'enfants est la conséquence de leur rôle de Grands Compensateurs. Pourtant, combien de meurtres commis par des pédophiles auraient pu être évités, si la pédophilie, "épisode particulier des relations adultes-enfants" était moins dramatisée? (...) Mais dans la haine que certains parents étalent, dans cette douleur entretenue par les hurlements des chacals de village et médiatisée par la plus basse ordure journalistique, on sent comme une parenté avec la fureur du propriétaire cambriolé".


Mordicus
, 1993

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Il ne s'agit que de mots, mais ils nous atteignent comme des coups. Les parents orphelins traités comme des proprios lésés... Aucun regret aujourd'hui: le mensonge par le silence.

Ces formulations effrayantes sont très caractéristiques de ces groupes dévoyés de l'ultra-gauche qui avaient décidé de se dresser contre tous les interdits, et qui se sont posé la question des hiérarchies avant de trouver et de désigner "l'interdit majeur" . Gilles Dauvé, animateur en second de La Banquise et de Mordicus, explique dans un texte intitulé Auto-bilan qu'à la fin des années soixante-dix, ses anciens amis de La Vieille Taupe se sont attaqués, "par exemple", au "mythe des chambres à gaz", parce que c'était le mythe "dont la démolition secouerait tout". Il indique que le gourou de ce groupe, Pierre Guillaume, "aurait pu aussi briser un interdit majeur comme la pédophilie".

Cette référence, surprenante au premier abord, n'est pas de l'ordre du dérapage. En effet, dès le début de sa dérive négationniste, le groupe La Vieille Taupe s'est associé le concours d'un des principaux délinquants pédophiles européens, Michel Caignet, responsable du réseau Toro Bravo et de la revue Gaie-France. Ce militant nazi qui traduisait en compagnie de Serge Thion et de Robert Faurisson les classiques de l'abomination comme Le Mythe d'Auschwitz de Wilhelm Stäglich, est aujourd'hui sous les verrous. D'autres membres du groupe préféraient publier dans Imagine, la collection de nus enfantins du complice de Caignet, les éditions Jean-Manuel Vuillaume. Dans le même temps, ils prenaient la défense du négationniste Rassinier dans le courrier des lecteurs de Libé.

La lecture, éprouvante, des multiples revues publiées par tous ces gens montre la manière dont, pour eux, la négation des corps est partie intégrante de la négation des camps. Ainsi, peut-on trouver ce passage définitif sous les plumes mêlées de Dauvé et Quadruppani dans L'horreur est humaine, le texte fondateur de leur revue La Banquise:

"De nos jours les intellectuels ont pris conscience du pur caractère historique de tabous qui passaient jusqu'alors pour naturels. Mais c'est une conscience purement intellectuelle, totalement séparée de leur propre vie. On verra tel prof d'université dans le vent réagir avec la même hystérie qu'une prolétaire, si quelqu'un s'avise de jouer à touche-pipi avec son enfant. Pour l'intellectuel comme pour tous les autres, l'une des raisons qui font des camps une horreur plus horrible, c'est qu'ils ont bousculé un certain nombre de tabous occidentaux: la mort et les cadavres, les enfants, la nudité des corps et les fantasmes sado-sexuels".

Il ne s'agit pas là de faire on ne sait quel procès à "mai 68": rien de libertaire dans les lignes reproduites ci-dessus, rien que la haine de ce qui fait l'humain.

Je ne sais si Daniel Cohn-Bendit et les signataires du texte Société de paranoïa revendiquent la présence de tels personnages à leurs côtés, mais un vieil adage nous apprend que quand on a des amis de ce genre, on peut se passer d'ennemis.

A suivre: "Le viol au service de la Révolution", une enquête de la rédaction.

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