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Le
petit Yak-40 venait à peine de décoller. Le
pilote, Sergueï Yakushkine, avait sept mille heures de
vol à son actif. Soudainement, selon
l'affirmation d'un employé de l'aéroport
moscovite, il y aurait eu deux petites déflagrations
"Comme des pétards..." A ce moment, l'avion
était à peine à 50 mètres de
hauteur. Ses réservoirs étaient pleins. Il
a touché violemment le sol avec une aile et s'est
embrasé tout de suite, se cassant en deux
morceaux. Aucun survivant. Neuf morts. L'appareil
avait été loué par Zia Bajaïev, un
homme d'affaires, d'origine tchétchène,
très connu en Russie. C'était un jeune
magnat du pétrole dans l'ex-empire
soviétique. Président de la holding
"Allians", il avait obtenu au début des années
90 le monopole de l'exploitation de tout le pétrole
extrait en Tchétchénie. Les rumeurs qui
parcouraient Moscou l'indiquaient même comme le
possible homme de confiance, que le nouveau tzar Poutine,
aurait souhaité installer à Grozny dès
la fin de la guerre...
A ses côtés siégeait Artiom Borovik. Jeune patron de presse de la maison d'édition "Soverchenno Sekretno" (Top secret). Le dernier numéro de son hebdomadaire, Versiya, s'intéressait à la Tchétchénie. Il titrait à la une: "Le génocide de routine". Sur le petit Yak-40, hier matin, il y avait deux passagers d'excellence. Un journaliste qui incarnait la dénonciation des scandales qui ont secoué le Kremlin ces derniers mois (voir notre flash-info du 09/03/2000) et un homme d'affaires, ambigu. Officiellement pro-russe, mais tout de même tchétchène... et "Il est très difficile pour un Tchétchène d'être dans l'industrie du pétrole en Russie, de nos jours" devait rappeler l'ancien Premier ministre Sergueï Kirienko. Selon des journalistes du groupe éditorial d'Artiom Borovik, leur patron était en train de terminer une grosse enquête sur "les boss de l'aluminium". En même temps, il suivait de très près le dossier tchétchène, d'ailleurs après Kiev (qui était la destination du voyage) il aurait dû se rendre en Tchétchénie. Aurait-il pu ramener des informations compromettantes, de nature à déstabiliser la campagne électorale du nouveau tzar Poutine? Il y a à peine deux jours, au cours d'une interview, le patron de presse avait clairement affirmé qu'il se sentait menacé. Plus de vingt journalistes ont été tués ou ont mystérieusement disparu dans l'histoire récente de la Russie. A qui profite le crime? Evadons-nous!
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