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Grozny: le Caucase en flammes?

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Newsport, mercredi 2 février 2000


Pour la première fois, hier, Madame Albright a rencontré le nouveau Tzar. Poutine s'était invité, sans prévenir, à la conférence sur le Moyen-Orient qui se tenait à Moscou. Soudainement il était assis à deux chaises de distance de la secrétaire d'Etat américaine. En bordure de la conférence une conversation s'est engagée.

D'emblée Poutine survola sur la question tchétchène pour faire part à madame Albright du... désir de la Russie de voir cesser l'expansionnisme de l'Otan en Europe, surtout vers les pays de l'ex-bloc soviétique... La secrétaire d'Etat américaine, sans nommer expressément la Tchétchénie, suggérait que les accords de paix au Moyen-Orient devraient inspirer des solutions dans d'autres régions en prise à des conflits... et enchaînait en soulignant que l'OSCE, à laquelle adhèrent et les Etats-Unis et la Russie, s'est donné récemment le rôle de résoudre les conflits à l'intérieur même des pays...

Ce matin, Poutine, qui attendait Madeleine Albright au Kremlin pour leur première rencontre officielle, déclarait rassurant que les USA étaient le principal partenaire de la Russie en ce qui concerne les questions internationales...

Pour l'instant, pas une fois le mot Tchétchénie a été prononcé directement dans les échanges entres les deux représentants des superpuissances..

Malgré le repli de la guérilla du centre de Grozny, une certaine nervosité transparaît des communiqués officiels russes. Ainsi, hier, le porte-parole du Kremlin pour la guerre en Tchétchénie, Sergueï Iastrjembski, devait avancer des doutes sur la fuite programmée des quelques 2000 combattants tchétchènes.

Moscou a peur. L'armée russe ne cesse de souligner que les rebelles tchétchènes sont encerclés par un dispositif imperméable. Le ministre de la défense en personne, Igor Sergueïev devait promettre que les militaires fédéraux empêcheraient les rebelles de quitter Grozny. "Ils ne sortirons que les mains en l'air et après avoir déposé les armes!"

Sur le terrain, la réalité se présente sous un bien autre angle. Et c'est ce point de vue qui inquiète Moscou. Les rebelles sont partis. Grozny est à nouveau, comme dans la précédente guerre, une coquille vide. Une victoire à la Pyrrhus.

Les Tchétchènes ont sans doute subi de lourdes pertes dans les journées de lundi et mardi. Deux chefs de guerre ont été tués et le légendaire Chamil Bassaïev a réussi à quitter la ville de justesse. Blessé, il aurait été amputé d'une jambe dans un hôpital de fortune à Alkhan-Kala (un village situé à une douzaine de kilomètres de Grozny). Mais le gros de leurs forces est intact. Les "Boiviki" ont démontré qu'ils peuvent entrer et sortir de Grozny, malgré le siège de l'armée russe. Et maintenant, comme dans un récent passé, ils se préparent à contre-attaquer, depuis leurs refuges des montages du sud.

Moscou a peur. Son armée n'arrive plus à comptabiliser les pertes. Combien de morts? La dernière guerre en a fait 60.000. Encore aujourd'hui, des nouvelles troupes sont parties au front. Hier, des parachutistes fédéraux ont occupé le village de Itum-Kale, à la frontière entre la Tchétchénie et la Géorgie. En vérité, ce que craint le plus le Kremlin est une exportation de la guerre tchétchène vers les républiques voisines. Le conflit pourrait très vite s'internationaliser et embraser tout le Caucase en provocant inévitablement une crise directe avec l'Otan...

Aujourd'hui Poutine et madame Albright auront sans doute l'occasion de prononcer ensemble le mot "Tchétchénie". La guerre coloniale, imaginée comme un instrument électoral par l'oligarchie moscovite, vient de s'échapper des mains de ses maîtres.

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