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L'armée
fédérale est en train de souffrir sur les
montagnes tchétchènes... Dimanche, dans les
gorges de Serjen-Iourt, 80 parachutistes de la prestigieuse
52e division auraient été abattus au cours
d'une attaque lancée par les combattants du chef
de guerre Khattab... Dans l'immense territoire de la
Russie, qui comprend des vastes régions
autonomes, de nouveaux princes regardent vers la
Tchétchénie avec une inquiétude
grandissante. Ils ont de plus en plus peur que le nouveau
Tzar fraîchement élu, n'ait une certaine envie
de les envahir, eux aussi, et d'ici peu.
Tel est le cas de Kirsan Ilioumzhinov, "le premier Khan démocratique de Kalmoukie", comme il se définit lui-même. Il n'a que trente-huit ans et règne sans partage sur les terres de cette république autonome perdue, quelque part, sur les rives de la Volga. Il avait commencé sa carrière en se lançant dans les affaires. C'étaient les dernières années de la perestroïka, et, à 26 ans, Ilioumzhinov contrôlait déjà la plus importante société d'import-export de la région. A 31 ans il était élu président de la république autonome. Eltsine arrivait au pouvoir et, tzar Boris déclarait avec fracas aux responsables des provinces de l'ex-empire "Prenez toute la souveraineté que vous êtes capables d'avaler"... Un certain nombre de responsables n'hésitèrent pas un seul instant. "Leurs républiques" devinrent très vite autant de royaumes personnels. Tel est le cas de la Kalmoukie. Depuis Elista, la capitale, Ilioumzhinov contrôle ce pays, l'un des plus pauvres de toute la Russie, habité pour l'essentiel par des populations de bergers, certains encore nomades. Le pouvoir du jeune "Khan" repose essentiellement sur l'appui du "clan du bâtiment". C'est depuis la présidence de la république que les plus grosses entreprises de BTP gèrent "leur" pays... d'une main d'acier s'il le faut! Ainsi, quand la journaliste Larissa Iudina avait osé dénoncer, dans les colonnes d'un quotidien local, un vaste trafic de permis de construire... elle fut assassinée... Au fur et à mesure que l'empire d'Eltsine se délabrait, un certain nombre de "républiques périphériques" glissèrent dans une zone d'extraterritorialité, gouvernées, souvent, par de petits despotes... clones à l'allure locale des oligarques moscovites. Seulement, quand les petits princes imaginent pouvoir s'affranchir de leur maître du Kremlin, le nouveau Tzar, qui veut incarner la renaissance de l'empire, les menace ouvertement en leurs servant Grozny comme argument. Dans les derniers moments du pouvoir d'Eltsine, Kirsan Ilioumzhinov s'était même permis de refuser unilatéralement le paiement des impôts fédéraux que sa république doit à Moscou. Il fut immédiatement convoqué au Kremlin et échoppa d'un blâme public... mais, avec Poutine, le jeune despote risque bien autre chose... Tout comme Eduard Russel, le gouverneur de la région de Sverdlovsk, dans les monts Oural. Il avait annoncé son intention de créer sa propre devise en abandonnant le rouble... "Sa faute est impardonnable" dit-on aujourd'hui dans l'entourage de l'ancien flic du KGB, devenu le maître du Kremlin. Vu les pertes subies actuellement par l'armée russe sur le front tchétchène, certains observateurs étrangers prévoient que pour "remettre un peu d'ordre" dans ces républiques "indépendantes", Vladimir Poutine n'hésitera pas à faire appel à ses anciens collègues du FSB. Les services secrets seraient même déjà à l'oeuvre, et, d'ici peu, on pourrait bien voir des petits coups d'État se produire dans ces républiques lointaines. Le nouveau grand parrain de Moscou ne tolérant plus les initiatives personelles des petits caïds de la banlieue de l'empire. Evadons-nous!
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