©www.amnistia.net

 

Kremlingate: l'argentier d'Eltsine tombe à Brooklyn

Tout le dossier ex-Urss


Par Raphaël Gardel

Newsport, lundi 22 janvier 2001


"L'arrestation de Pavel Borodine n'a aucune motivation. Nous demandons immédiatement sa remise en liberté." Monsieur Prokofiev, le consul général de Moscou à New York répète inlassablement aux journalistes la position officielle de son gouvernement.

Et pourtant, l'ex-grand argentier du Kremlin, soupçonné d'être le concepteur de l'énorme "lessiveuse" d'argent de la "famille" Eltsine, est frappé par un mandat d'amener international lancé par l'enquêteur du parquet de Genève, Daniel Devaud, en janvier 2000 et dûment renouvelé par les autorités helvétiques le 10 janvier de cette année.

Ainsi, dès sa descente d'avion, mercredi 17 janvier, à l'aéroport de New York, l'ancien trésorier de l'administration Eltsine s'est retrouvé enfermé dans le centre de détention de Brooklyn. Selon maître Raymond Levites, l'avocat new-yorkais qui vient d'être nommé par l'ancien intendant du Tzar Boris "l'arrestation de monsieur Borodine est une provocation politique. C'était un invité officiel à la cérémonie de nomination de George W. Bush." En effet, l'arrestation de ce puissant oligarque moscovite est intervenue alors que celui-ci se rendait aux Etats-Unis pour assister à "l'intronisation" du nouveau président. Il avait été invité par un important sponsor de la campagne du nouveau maître de la Maison Blanche. Il s'agit de l'homme d'affaires de Miami Vincent James Zenga, qui s'était distingué en allongeant la bagatelle de 100.000 dollars sur le compte du comité pour l'élection de Bush.

Etrangement, Borodine, qui occupe sous le régime Poutine le poste de secrétaire de l'Union Russie-Biélorussie ne s'était pas envolé pour New York avec son passeport diplomatique.

Pourquoi, vu qu'il ne pouvait pas ignorer qu'il était recherché par Interpol? Avant d'entreprendre le voyage il s'était rendu au consulat américain de Moscou et y avait déposé son passeport diplomatique, mais les autorités américaines ayant retardé la délivrance du visa, il avait pris la décision de partir en utilisant son passeport "ordinaire", dont le visa était encore valable. De toute façon, il pensait être à l'abri, protégé par le carton d'invitation officiel qui lui garantissait une place de choix au dîner d'investiture du nouveau président. Le tout-puissant Borodine est-il tombé dans un piège ou a-t-il simplement péché par naïveté ou... par arrogance?

Comment ne pas se rappeler que sous l'administration du vieux Bush, le père, les rapports avec le clan Eltsine n'étaient pas au beau fixe. Comment oublier que papa Bush avait tout misé sur Gorbatchev et qu'à l'arrivée de Clinton, en 1992, les rapports entre les deux superpuissances étaient caractérisés par une fraîcheur digne... d'une petite guerre froide? Ensuite, avec l'arrivée du tandem Clinton-Gore, se fut le dégel.

Le régime Eltsine semblait correspondre exactement aux intérêts de la nouvelle administration américaine et des millions de dollars en provenance de l'occident commençèrent à arroser le Kremlin pour aider la Russie à se réchauffer de son long hiver post-soviétique.

Seulement voilà, en 1997, l'alors procureur général de la République Youri Skouratov ouvrit une enquête sur la destination de ces immenses flux de capitaux occidentaux. En suivant les traces des dollars, les magistrats suisses se saisirent à leur tour de l'affaire. Et pour cause! C'est en effet à Lugano, sur un compte anonyme ouvert auprès de la banque du Gottard et dont le code est "Dean 182805", que les investigateurs trouvèrent la première piste qui devait mettre en lumière la gigantesque escroquerie internationale imaginée par l'ancien trésorier de l'administration du clan Eltsine.

Les documents saisis sur le compte "Dean 182805" portent différentes signatures. Celle de Borodine, celle de sa fille Ekaterina Siletskaija et celle de l'incontournable Behgjet Pacolli, l'homme d'affaires d'origine kosovare à la tête de la société de construction Mabetex. A travers cette société, ainsi qu'à travers une autre entreprise suisse, Mercata Trading de Viktor Stolpovskikh, 62,5 millions de dollars se sont volatilisés pour engraisser une belle brochette de personnages corrompus. On y retrouve des oligarques russes, des banquiers occidentaux, des hommes d'affaires sulfureux... Mais, surtout on y retrouve, toujours dans un des premiers rôles, Pavel Borodine, qui tout seul aurait estimé à 25 millions de dollars le prix de sa corruption. En effet, entre 1993 et 1999, ce haut fonctionnaire se trouvait dans la situation de gérer un patrimoine d'Etat estimé à 600 milliards de dollars.

Sa méthode était simple. Il restait tranquillement dans son bureau du Kremlin. De là, il recevait en direct les informations sur les aides occidentales à la Russie. Dès que de l'argent entrait dans les caisses, il prévenait le gestionnaire de son compte, Monsieur Franco Fenini, directeur auprès de la banque du Gottard, qui s'occupait aussi des affaires de Monsieur Behgjet Pacolli. Comme par hasard, Borodine et Pacolli avaient eu l'idée de confier leurs intérêts à la même banque... Franco Fenini prévenait donc Pacolli lequel réagissait d'une façon très pragmatique: s'il y a de l'argent, il y a des affaires! Borodine ne demandait rien de mieux, il chargeait même le fidèle Fenini de transmettre à Pacolli qu'il pouvait présenter le contrat de son choix, s'il s'engageait à conclure un marché...

La répartition des bénéfices n'apparaissait pas sur la surfacturation officielle. C'est ainsi que lors de la reconstruction du grand palais du Kremlin les dessous de table versés en Suisse se comptaient par millions de dollars, tout comme pour le marché concernant les travaux de rénovation de la Cour des comptes, celui du palais de la Douma ou de l'hôtel Golden Ring de Moscou. Seulement pour l'année 1995, les sociétés de construction Mabetex et Mercata Trading, s'étaient adjugées des marchés pour environ 500 millions de dollars. Nous savons aujourd'hui qu'en date du 7 février 96, le compte "anonyme" Dean 182605, de la banque du Gottard, disposait d'un crédit d'exactement 6 millions et 316.209 dollars. C'est n'est pas si mal comme épargne pour le fonctionnaire d'Etat Borodine, dont le salaire officiel avoisine les mille dollars par mois!

Tout le dossier ex-Urss

Abonnez-vous aux
Enquêtes Interdites



©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation réservés
contact: redaction@amnistia.net

Rédaction: contact

Haut de page
La Une



Abonnez-vous à Amnistia.net
.