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Luttes de pouvoir en Ukraine

Tout le dossier ex-Urss


Par Robert Realley

Newsport, lundi 19 mars 2001



Libération, 10-11.03.2001
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D
epuis quelques années, l'Ukraine était surtout célèbre pour ses paysages désolés d'après l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl et pour la perfusion massive d'argent occidental dans son économie.

Maintenant elle le sera aussi pour le traitement radical que son président Koutchma est accusé de réserver aux opposants pour se maintenir au pouvoir.

Le 3 Novembre 2000 le corps décapité du journaliste Gouergui Gongadze, fondateur du journal sur Internet Ukrayinska Pravda, était découvert dans un bois près de la capitale Kiev. "Gouergui parlait trop de la corruption" déclare à la presse sa femme, Myroslava "il avait écrit un appel sur la violation de la liberté de parole et sur la violation de la loi électorale qui avait été signé par soixante journalistes de premier plan. Ensuite il s'est rendu aux USA pour dénoncer ces abus le jour même de la visite officielle de Koutchma en Amérique. Gouergui a rencontré des personnalités influentes du Congrès". Sa femme conclut "Avec sa dénonciation il a signé sa condamnation à mort".

Ce meurtre a déclenché un vaste mouvement de protestation contre Koutchma, accusé d'en être le commanditaire. Un surprenant éventail de forces politiques s'est coalisé: de l'extrême-droite nationaliste aux nationaux-communistes en passant par les libéraux-centristes et le parti socialiste. Gongadze était lui même proche du mouvement "Reforme et Ordre", d'inspiration libéral-centriste.

La contestation est descendue dans les rues après que le chef du parti socialiste Olexandre Moroz, qui ambitionne de succéder à l'actuel président, a rendu public le 28 novembre dernier, à la Rada (le parlement Ukrainien) un enregistrement clandestin où on entendait clairement une voix donner l'ordre de se débarrasser du journaliste... et cette voix ressemble étrangement à celle du président Koutchma. Ce dernier nie tout, crie au complot et revendique avec force sa légitimité: "J'ai été élu avec seize millions de voix". Assuré du soutien de l'appareil de l'Etat, des médias, des milieux économiques, il tient bon. Pour combien de temps?

Car le temps est compté et le changement cogne à la porte. Depuis la chute de l'URSS, la majorité de la population à été soumise à une paupérisation forcée. Le minimum des retraites se situe à environ 100 francs et le salaire minimum atteint à peine les 400 francs mensuels.

Dans certains villages trois générations d'une même famille doivent survivre avec une seule retraite. Les Ukrainiens, réduits à la misère subissent le pouvoir de la caste coalisée autour de Koutchma.

Pendant des années, l'Europe et les USA ont aidé le régime ukrainien à survivre détournant volontiers leurs regards de la corruption généralisée et de l'autoritarisme ambiant. L'assassinat du journaliste a été le détonateur de la révolte. Vendredi 9 mars un cortège, droite et gauche nationalistes réunies, a essayé d'empêcher le président ukrainien de participer aux célébrations à la gloire du poète nationaliste ukrainien Tarass Chevtchenko. Pendant les heurts des groupes de jeunes nationalistes d'extrême-droite se sont fait remarquer. Déjà mis en difficulté sur le plan intérieur, Koutchma a reçu une sévère mise en garde de son ancien protecteur américain. Le premier mars dernier le sénateur Ben Nighthorse Campbell, président de la commission américaine "on Security and Cooperation in Europe" rencontrait l'ambitieux chef du parti socialiste, Olexandre Moroz. Le responsable américain, a tenu à réconforter le nouvel allié de l'opposition ukrainienne en lançant un avertissement à l'establishment au pouvoir: "La classe dirigeante politique ukrainienne a besoin d'entreprendre des efforts concentrés pour éliminer la corruption qui, si elle devait persister, pourrait miner le développement démocratique de l'Ukraine comme Etat indépendant". Et de continuer en rappelant les paroles du président Bush: "Les nations qui font des progrès vers la liberté trouveront en l'Amérique une amie".

De son côté, déstabilisée, la présidence ukrainienne se tourne vers Moscou où généreusement Poutine lui tend la main. D'après Anatoli Matchenko, membre du groupe libéral Sobor: "Comme en Moldavie arriveront les partisans de l'ancien régime communiste et Poutine les bénira. Comme en Moldavie on nous ouvrira les portes de l'Union Russie-Bielorussie. Avec une différence. L'entrée éventuelle dans l'Union signifierait, pour l'Ukraine, la guerre civile". Après Tchernobyl, une Tchétchénie en perspective?

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