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Rwanda
Attentat contre le président Habyarimana Par
Fabien Grasser Lundi
11 décembre 2006 Suivant:
Trois
militaires français - Prendre les Tutsis en
otage - L'écran de fumée
s'épaissit |
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A
lire aussi Mémoire
et révisionnisme du génocide
rwandais en France Volte-face
au TPIR L'ordonnance
du juge français Jean-Louis
Bruguière, incriminant Paul
Kagamé pour le meurtre de l'ancien
président rwandais, provoque des
remous au sein du Tribunal pénal
international pour le Rwanda
(TPIR). Après
avoir, dans un premier temps,
récusé l'ordonnance, le
tribunal d'Arusha a finalement
accepté de la verser comme preuve
dans le procès du colonel
Théoneste Bagosora, le cerveau
présumé du
génocide. Au
cours de sa conférence de presse
hebdomadaire, le jeudi 23 novembre 2006,
le porte-parole de la juridiction
internationale, Everard O'Donnel,
récusait clairement le rapport
Bruguière en affirmant: "Nous
sommes de l'avis que ce n'est pas
l'attentat qui a créé le
génocide". Il ajoutait que,
selon lui, le statut du tribunal ne permet
de juger que les incriminations de
génocide, de crimes contre
l'humanité et les crimes de guerre.
"L'assassinat d'individus n'est pas du
ressort du tribunal", avait-t-il
conclu. Cette position est en tout point
identique à celle défendue
par le procureur. L'association des
avocats du TPIR avait d'ailleurs fortement
dénoncé la position du
tribunal qu'elle jugeait
partiale. Coup
de théâtre, le lundi 4
décembre: le président de la
première chambre du tribunal
autorise finalement la défense
à verser l'ordonnance
Bruguière comme preuve dans le
procès Bagosora. La décision
est de poids car le juge norvégien
Erik Mose préside également
le TPIR. Il estime qu'il s'agit d'un
élément suffisamment
important pour mériter examen. Cela
ne signifie en aucun cas que le tribunal
accepte les conclusions du magistrat
français, mais qu'il
étudiera le document au moment de
délibérer sur le cas
Bagosora. Dans
le système juridique du TPIR,
fortement influencé par le droit
anglo-saxon, seul le procureur est
habilité à mener des
enquêtes et à lancer des
poursuites. Personne ne peut donc obliger
l'actuel titulaire du poste, le Gambien
Hassan Bubacar Jallow, à
enquêter sur la mort du
président Habyarimana. Sa
réaction sera scrutée avec
intérêt. La
décision du juge Mose s'apparente
toutefois à un pavé
jeté dans la mare, le tribunal
ayant toujours refusé de se pencher
sur les circonstances de l'attentat. Cette
volte-face s'explique en partie par les
pressions qu'exercent les avocats des
accusés, particulièrement Me
Raphaël Constant, l'avocat
français de Bagosora qui, comme son
client, nie la réalité du
génocide. Mais
pour le juge Mose, il s'agit probablement
de couper court aux reproches de
partialité qui pèsent sur le
tribunal de l'ONU. Déjà
très critiqué pour sa
lenteur, le TPIR joue aussi sa
crédibilité par son refus de
se pencher sur certaines questions
sensibles. Il en va ainsi du rôle de
la France, qui ne fait l'objet d'aucune
enquête ou poursuite. Et si Bruguière avait raison? Cela dit, Bruguière a peut-être raison, car rien ne prouve que Kagamé n'est pas l'auteur de l'attentat. Dans un certain sens, l'on pourrait dire peu importe! Car le fait est qu'au soir du 6 avril 1994, les rouages de la machine à tuer sont déjà en place. Elle n'attend qu'un prétexte pour accomplir son uvre. L'attentat contre Habyarimana sera ce prétexte. En 1994, au Rwanda, le racisme s'épanouit sur un terrain fertilisé de longue date. Par la colonisation allemande et belge d'abord, qui imposa de toutes pièces le mythe des ethnies hutue et tutsie. Par la révolution sociale de 1959 ensuite, qui fut le théâtre des premiers grands pogroms et provoqua la fuite de centaines de milliers de Tutsis vers les pays voisins, notamment l'Ouganda. Ces exilés et ceux qui suivront ne renonceront jamais à revenir au Rwanda. Lorsqu'en 1973 Juvénal Habyarimana conquiert le pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat, il instaure un système de quotas pour l'accès aux écoles, aux postes administratifs et militaires, qui reproduit la répartition ethnique de la population, soit 9 % pour les Tutsis, 1 % pour les pygmées Twas et 90 % pour les Hutus. Durant toutes ces années, le clan présidentiel règne sans partage sur le Rwanda. Mais en 1990, le vent tourne. La rue exige l'instauration du multipartisme. En Ouganda, des Tutsis et des opposants hutus fédérés au sein du FPR menacent de revenir au Rwanda par la force. Le 1er octobre 1990, la rébellion passe à l'attaque avec l'appui du président ougandais. Paris dépêche plusieurs centaines de parachutistes pour épauler les FAR. L'offensive est repoussée, mais la guerre s'installe. Le contingent français restera au Rwanda jusqu'en décembre 1993, sous le nom d'opération Noroît. C'est dans ce cadre que les soldats français auraient formé les futurs tueurs, militaires et miliciens Interhamwe, les jeunesses du parti présidentiel (5). A la fin de 1990 Bagosora est chargé par Habyarimana de présider une commission militaire pour définir précisément qui se cache derrière les attaques menées depuis l'Ouganda. Curieusement, il ne cite ni le nom du FPR, ni celui de Kagamé, mais conclut que "l'ennemi est le Tutsi de l'intérieur et le Tutsi de l'extérieur." Il est singulier de constater que Bagosora utilise l'article défini "le" quand il parle des Tutsis, tout comme "le" juif était l'ennemi désigné des nazis. Plus de quinze après les faits et alors qu'il comparaît devant le TPIR, Bagosora affirme toujours que l'ennemi était "le" Tutsi, ne reniant rien de l'idéologie qui a conduit au drame. Dès les premiers mois de 1991, sa définition est diffusée au sein de l'armée et de la population civile. Cette dernière est organisée en milices d'autodéfense et affolée par de faux récits de massacres perpétrés par les Tutsis contre les Hutus. A la haine s'ajoute la peur. Entre 1990 et 1993, des milliers de Tutsis sont assassinés sur fond d'impunité, les tueurs étant moins lourdement sanctionnés que les voleurs de bovins! Dans le même temps, Paris accroît son aide militaire. Nous publions cet article de Fabien Grasser en trois parties. L'intégralité de cet article est déjà disponible dans l'espace abonnés. En voici le sommaire: Les
témoins du juge
5)
Selon le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, les
formateurs étaient issus du 8e Régiment
parachutiste d'infanterie de marine (RPIMA) et du 2e
Régiment parachutiste étranger (REP), deux
unités des forces spéciales françaises,
fréquemment engagées dans des
opérations secrètes. Dans L'inavouable, la
France aux Rwanda (édition des Arènes -
2004), le journaliste du Figaro, qui sur place, en 1990 et
1994 livre un témoignage accablant sur l'action de
l'armée française dans ce pays, avant et
pendant le génocide. L'intégralité
de cet article est déjà disponible
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