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Turquie: entre l'Irak et les Balkans

Lundi 19 avril 1999


L
es Loups gris, l'extrême droite, et le Premier, laïc et de "gauche", Ecevit ont remporté, dimanche, main dans la main, les élections législatives turques pendant que dix-sept mille policiers veillaient dans les rues.

Le "cas Ocalan", le leader kurde qu'Ankara est arrivé à se faire livrer, il y a deux mois au Kenya, a fortement pesé sur le résultat du scrutin qui renouvelait les 550 sièges du parlement et tous les conseils municipaux du pays.

Le Premier ministre Ecevit, qui en ces derniers vingt-cinq ans à déjà conduit quatre fois un gouvernement, considéré un héros national depuis 1974, pour avoir ordonné l'occupation de la partie nord de Chypre, et rebaptisé récemment "le héros de Nairobi", a propulsé son parti, la Gauche démocratique, de 14% à environ 24% des électeurs.

Tandis que le parti d'Action nationaliste qui représentait jusqu'ici environ 7% devrait obtenir autour de 17% des consensus et affirmer la droite extrême des "Loups gris" comme la deuxième force politique de la Turquie… Et aiguille de la balance de toute coalition gouvernementale à venir.

La vague nationale populiste anti-Kurde qui a déferlé en ces derniers mois dans les rues ottomanes vient d'investir les palais du pouvoir. Un exécutif de coalition entre la gauche démocratique, l'extrême droite avec un zeste de centre-droite du parti de "la mère patrie" ne déplairait pas à l'Armée.

Les militaires, convaincus depuis toujours d'incarner la stabilité et la crédibilité de la nation, se retiennent "le" point de référence du pays… Les trois coups d'Etat qu'ils ont appuyé en sont la preuve !

C'est sous l'escorte des "bérets bordeaux", les commandos d'élite qui ont enlevé le résistant Ocalan à Nairobi, que le président de la république Demirel entreprit, il y a une semaine, un voyage qui l'amena d'abord à Tirana et ensuite à Skopje.

Pendant ces visites, Demirel, s'efforça de réaffirmer la détermination turque à faire respecter les droits des réfugiés kosovars afin qu'ils puissent "retrouver leurs maisons avant l'hiver". L'arrivée du président turc dans la capitale macédonienne a coïncidé avec la visite du Premier Bulgare, Ivan Kostov.

Difficile de croire au hasard quand, on sait que la Turquie et la Bulgarie viennent de signer deux protocoles de coopération dans le domaine technologique et militaire... N'y aurait-il pas l'intérêt à sceller une alliance entre la Turquie, la Roumanie, la Bulgarie et l'Albanie (sic!) qui à travers le Kosovo pourraient s'approprier de ce que les experts appellent le "huitième couloir": c'est à dire, la voie la plus rapide des pipe-lines qui apportent du gaz et du pétrole de l'Asie centrale en Europe…

La diplomatie turque ne serait-elle pas en train d'exploiter la guerre contre la Serbie pour déterrer l'ambition d'un grand empire ottoman? N'est-elle pas d'une générosité éloquente, la promesse faite par le président turque a Sulejman Razhepi, le représentant des musulmans albanais-macédoniens, "quand les bombardements seront terminés, nos soldats seront prêts à contribuer à la pacification du Kosovo..."

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