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Le viol au service de la Révolution...

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Une enquête de la rédaction

Vendredi 16 mars 2001



La Banquise N° 4. Directeur de la publication, Serge Quadruppani, qui remplace son ami Gilles Dauvé, directeur des précédents numéros.
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L
e vendredi 12 mai 1978, à 11 heures 30, la Librairie des Femmes ironiquement située rue des Saint-Pères, à Paris, est violemment attaquée par un commando de 8 femmes au visage masqué et armées de barres de fer ainsi que de cutters. En quelques minutes, les rayonnages sont mis à terre, les livres piétinés, maculés à l'aide de bombes de peinture, les installations téléphoniques et électriques sont saccagées. Avant de quitter les lieux, elles aspergent la vendeuse de gaz lacrymogène et rejoignent un groupe d'hommes qui assurent leur repli (voir le document).

Le commando, qui adopte l'appellation "Les bombeuses à chapeau", publie un communiqué de revendication qui tente de faire passer l'agression pour une manifestation révolutionnaire: le mouvement féministe serait une diversion qui ment aux femmes "en leur laissant croire que leur seule libération pourrait entraîner la chute du capital".

Plus loin, il est clairement reproché aux groupements féministes de se battre, y compris sur le terrain judiciaire, contre les violences sexuelles:

"Nous accusons les femmes de ce groupe (la librairie des femmes ndlr) de sauvagerie pour s'être acharnées de façon grotesque dans les procès de violeurs. Nous les accusons d'incohérence pour avoir fait appel et s'être référées, pour défendre leur cause, à une justice pourrie qu'elles-mêmes ne reconnaissent pas ailleurs. Nous les accusons d'inconscience morbide pour toutes les années de prison qu'elles ont fait distribuer" (voir le document).

Le lendemain, les "Bombeuses" se félicitent que "la Librairie des Femmes ait porté plainte chez les flics", ce qui les confirment "dans le bien fondé de leur action".

Quelques semaines plus tard, une affiche du groupe d'ultra-gauche La Guerre Sociale, apposée sur les murs de Paris et de Lyon, manifeste son soutien à l'action du commando. Un an plus tard, cette même Guerre Sociale apportera une contribution décisive à la propagation des délires négationnistes de Robert Faurisson, mais à l'été 1978 ses animateurs se contentent de signer le texte de l'affiche intitulée "Misère du féminisme". On y lit:

"En opposant à la barbarie sordide du viol la barbarie froide et civilisée de la justice et de la prison, les féministes ne font que dévoiler leur collusion avec l'Etat et la société qu'elles prétendent dénoncer (...) Le monde du capital produit toutes sortes d'oppositions fausses pour masquer l'opposition centrale du prolétariat aux rapports marchands et au mode de vie qu'ils ont engendré. Après l'opposition entre jeunes et vieux, le fameux "conflit des générations" mis au rencart par la renaissance des mouvements sociaux depuis les années 60, les féministes nous remettent ça avec l'opposition hommes/femmes: avoir quasiment réussi à créer un racisme de plus, voilà bien leur plus grande victoire" (voir le document).

Ce texte figurait déjà, trois mois avant l'action commando, dans les pages de leur revue La Guerre Sociale.


De nos jours, sur un site web hébergé aux USA les textes de La Banquise sont toujours d'actualité...
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Au cours des années qui suivent, les membres du groupe se consacrent presque exclusivement à l'orchestration de la campagne de négation des chambres à gaz nazies. Quelques individus prennent leurs distances après trois ans de soutien à l'offensive faurissonienne. La rupture n'est pas fondamentale: ils considèrent que la négation directe de l'extermination n'est pas crédible, et qu'il faudrait plutôt démonter le mécanisme de ce qu'ils appellent le "mensonge" ou le "mythe". Gilles Dauvé et Serge Quadruppani fondent donc une revue en 1983 La Banquise dont le texte fondateur occupe l'essentiel du numéro 1 sous le titre manifeste: "Pour un monde sans morale". Ces textes qui auraient dû tomber dans l'oubli viennent d'être mis à disposition du public mondial, en 2001, sur un site exclusivement consacré à la revue de Dauvé et Quadruppani. Noyé dans une langue de bois freudo-marxiste, il n'est pas difficile de retrouver le discours des "Bombeuses à chapeau"... Tout d'abord, il s'agit pour ces révolutionnaires en chambre de détourner le langage subversif:

"La civilisation capitaliste n'a pas liquidé le sacré, elle l'a refoulé et ses multiples résidus et ersatz continuent d'encombrer la vie sociale. Face à un monde où coexistent vieilleries religieuses et banalisation marchande, la critique communiste procède d'un double mouvement: elle doit tout à la fois désacraliser, c'est-à-dire dénicher les vieux tabous là où ils se sont réfugiés, et amorcer un dépassement du sacré, que le capitalisme n'a su que dégrader" (voir notre article "Les profiteurs du Grand Bazar").

Les vieux tabous dont la dénonciation viendrait à bout du système d'exploitation ne sont pas difficiles à dénicher. L'objectif primordial consiste en la: "désacralisation des zones où se sont réfugiés les vieux gris-gris, comme par exemple le pubis. Contre l'adoration du pénis, contre son impérialisme conquérant, les féministes n'ont rien trouvé de mieux que de fétichiser le sexe des femmes, à grand renfort de pathos et de littérature, pour en faire le siège de leur différence, l'obscur repli où gît leur être". Et puisque les féministes dénoncent la mansuétude de la justice à l'égard des violences sexuelles dont les femmes sont les principales victimes, la conclusion de cette désacralisation du sexe féminin est tout mécaniquement la défense du violeur:

"Le viol devient alors le crime des crimes, un attentat ontologique. Comme si infliger à une femme la pénétration d'un pénis par la violence était plus dégoûtant que de la forcer à l'esclavage salarial par la pression économique! Mais il est vrai que dans le premier cas, le coupable est facile à trouver: c'est un individu, alors que dans le second cas, c'est un rapport social. Il est plus facile d'exorciser sa peur en faisant du viol un blasphème, l'irruption dans le saint des saints. Comme si la manipulation publicitaire, les innombrables agressions physiques du travail ou la mise en carte par les organismes de contrôle social ne constituaient pas des violences intimes au moins aussi profondes qu'un coït imposé".

Ainsi, au nom des méfaits du système capitalisme, on banalise le crime qui déstructure l'individu en le plaçant au même niveau que le numéro imposé par la sécurité sociale à tout salarié! Dans un autre texte, les mêmes révolutionnaires de plume prétendront que ce même numéro d'identification est pire que le tatouage des déportés juifs par les nazis puisque, selon eux, il est plus facile de retirer un lambeau de peau, sur un bras, qu'un numéro de sécurité sociale dans un ordinateur! Le sommet de l'infâmie est atteint quand les rédacteurs de La Banquise écrivent:

"En dernier ressort, ce qui pousse le Somali à arracher le clitoris de sa femme et ce qui meut les féministes procède d'une même conception de l'individualité humaine comme pouvant être l'objet d'un rapport de propriété".

En clair, la femme qui revendique la maîtrise de son corps s'affirmerait propriétaire d'une marchandise au même titre qu'un homme ancré dans les certitudes d'un monde rétrograde. Dans le dernier numéro de sa revue La Banquise, en 1986, Serge Quadruppani, le libertaire d'opérette, prendra la responsabilité de laisser publier un plaidoyer en faveur d'une répression révolutionnaire épurée de toute justice. Les exécutions sommaires, qu'il prévoit comme un inévitable présage, seront ainsi perpétrées au nom d'une "nécessité" qu'il ne prend même pas la peine d'identifier. Il complète ici, à la manière de la pièce manquante du puzzle, les textes en faveur de la pédophilie et de banalisation du viol:

"La justice sera toujours du côté de nos ennemis. Quand il y aura répression de la part de révolutionnaires, ce ne pourra être au nom d'une quelconque justice. Des hommes seront probablement fusillés, mais ils ne seront pas condamnés à la "peine de mort". (...) La norme alors appliquée sera l'expression directe des relations sociales en train de se faire" (voir le document).

Dans tous ces domaines, c'est vraiment ce qui s'appelle "jouer avec la peau des autres".

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