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Quand le négationnisme s'invite à l'université par Didier Daeninckx

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L'affaire Robert Faurisson: le point de départ

Lundi 20 mars 2000



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8 -
L'affaire Abdelhamid Bdioui
9 -
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Le livret diffusé en janvier 1978 par le département de Lettres et de Civilisations classiques et modernes de l'université Lyon 2 et destiné aux étudiants présente le professeur Robert Faurisson en ces termes:

"Robert Faurisson, maître de conférences. Littérature française du XXe siècle. Spécialité: critique de textes et documents, recherche du sens et du contre-sens, du vrai et du faux".

Aucune allusion, bien sûr, à la bagarre qui l'avait opposé à la police, en 1960, à Vichy, quand il tentait d'apposer une plaque commémorative sur l'hôtel où le maréchal Pétain avait son bureau, ni sur sa correspondance avec Paul Rassinier, au milieu des années soixante. Les travaux en cours du professeur sont ensuite énumérés:

"Un dictionnaire de Céline; Les Bavures: chronique de l'Épuration dans les communes du Confolantais articles sur Céline et sur Lautréamont; Recherches sur le thème "Le Journal d'Anne Frank est-il authentique?"; recherches sur la genèse de la légende des chambres à gaz et préface sur ce thème à la traduction française de "L'Imposture du XXe siècle d'A.R. Butz".

Ainsi, un an avant qu'éclate le plus grand scandale médiatique négationniste, les positions de Faurisson étaient connues, et c'était même l'université lyonnaise qui en faisait la promotion dans l'une de ses publications, ne rechignant même pas à évoquer le livre de base du principal militant négationniste américain, A.R. Butz.

Quatre mois plus tard, le 25 mai 1978, Robert Faurisson distribue à ses étudiants en licence de littérature, un polycopié intitulé "Pour une véridique histoire de la Seconde guerre mondiale". On peut y lire:

"Cette prétendue tentative de génocide et ces prétendues chambres à gaz ne sont qu'une seule et même invention de propagande de guerre. Cette invention est d'origine essentiellement sioniste. (...) Hitler n'a jamais donné l'ordre de tuer ne serait-ce qu'un seul homme en raison de sa race ou de sa religion. (...) Le nombre de Juifs exterminés par Hitler (ou victimes du génocide) s'élève heureusement à... zéro". Il prétend également que: "les plus fortes et terribles déportations ont eu pour victimes les minorités allemandes de l'Est européen".

Le directeur du département, Claude Martin, rédige un mémoire dans lequel il cite ces terribles phrases du professeur et explique que "Les collègues littéraires de M. Faurisson dans son UER, ne se reconnaissent naturellement aucune compétence, aucune autorité particulière pour discuter ces affirmations au plan de la critique historique rigoureuse et informée". Il rapporte ensuite les propos du président de l'Université, Maurice Bernardet pour lequel, s'agissant de Faurisson, "Il est très difficile d'affirmer qu'il est antisémite". Et le directeur de conclure: "Il n'apparaît pas que M. Faurisson ait, dans l'exercice de ses fonctions, fait de prosélytisme tombant sous le coups de la législation réprimant la propagande raciste".

L'affaire Faurisson existe déjà, de par l'incurie des autorités universitaires, mais le pays en prendra brusquement conscience, le 28 décembre 1978, quand le journal Le Monde décide de publier, après en avoir refusé plusieurs dizaines, une lettre de Robert Faurisson titrée "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz". Personne ne semble s'apercevoir, à l'époque, qu'il s'agit du résumé d'un article paru six mois plus tôt dans la revue néo-nazie de Maurice Bardèche, Défense de l'Occident. Cet article avait portant été critiqué par... Le Monde dans son édition du 18 novembre 1978, quand fut évoquée, à l'Assemblée Nationale, la demande d'ouverture d'une enquête sur les "propos scandaleux" tenus par Faurisson.

Très rapidement, le professeur lyonnais reçoit l'appui du groupe issu de l'ultra-gauche dirigé par Pierre Guillaume La Vieille Taupe, et de sa principale publication La Guerre Sociale. Pendant vingt ans, il ne cesse d'abreuver la presse de ses courriers obsessionnels dont une grande partie est envoyée sur papier à entête de l'université Lyon 2, sans que personne ne porte plainte ni ne s'en offusque.

Cinq jours après la publication de la tribune "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz" dans Le Monde, l'écrivain italien Primo Levi, rescapé du génocide, pointait le doigt sur Robert Faurisson et écrivait dans le Corriere della Sera du 3 janvier 1979 ces mots prémonitoires qu'aucun journal français n'imprima:

"Qu'ont donc fait en France les autorités universitaires et la justice? Ils ont toléré que vous, niant les morts, vous les tuiez une seconde fois".

 

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