|
|
"Robert Faurisson, maître de conférences. Littérature française du XXe siècle. Spécialité: critique de textes et documents, recherche du sens et du contre-sens, du vrai et du faux". Aucune allusion, bien sûr, à la bagarre qui l'avait opposé à la police, en 1960, à Vichy, quand il tentait d'apposer une plaque commémorative sur l'hôtel où le maréchal Pétain avait son bureau, ni sur sa correspondance avec Paul Rassinier, au milieu des années soixante. Les travaux en cours du professeur sont ensuite énumérés: "Un dictionnaire de Céline; Les Bavures: chronique de l'Épuration dans les communes du Confolantais articles sur Céline et sur Lautréamont; Recherches sur le thème "Le Journal d'Anne Frank est-il authentique?"; recherches sur la genèse de la légende des chambres à gaz et préface sur ce thème à la traduction française de "L'Imposture du XXe siècle d'A.R. Butz". Ainsi, un an avant qu'éclate le plus grand scandale médiatique négationniste, les positions de Faurisson étaient connues, et c'était même l'université lyonnaise qui en faisait la promotion dans l'une de ses publications, ne rechignant même pas à évoquer le livre de base du principal militant négationniste américain, A.R. Butz. Quatre mois plus tard, le 25 mai 1978, Robert Faurisson distribue à ses étudiants en licence de littérature, un polycopié intitulé "Pour une véridique histoire de la Seconde guerre mondiale". On peut y lire: "Cette prétendue tentative de génocide et ces prétendues chambres à gaz ne sont qu'une seule et même invention de propagande de guerre. Cette invention est d'origine essentiellement sioniste. (...) Hitler n'a jamais donné l'ordre de tuer ne serait-ce qu'un seul homme en raison de sa race ou de sa religion. (...) Le nombre de Juifs exterminés par Hitler (ou victimes du génocide) s'élève heureusement à... zéro". Il prétend également que: "les plus fortes et terribles déportations ont eu pour victimes les minorités allemandes de l'Est européen".
L'affaire Faurisson existe déjà, de par l'incurie des autorités universitaires, mais le pays en prendra brusquement conscience, le 28 décembre 1978, quand le journal Le Monde décide de publier, après en avoir refusé plusieurs dizaines, une lettre de Robert Faurisson titrée "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz". Personne ne semble s'apercevoir, à l'époque, qu'il s'agit du résumé d'un article paru six mois plus tôt dans la revue néo-nazie de Maurice Bardèche, Défense de l'Occident. Cet article avait portant été critiqué par... Le Monde dans son édition du 18 novembre 1978, quand fut évoquée, à l'Assemblée Nationale, la demande d'ouverture d'une enquête sur les "propos scandaleux" tenus par Faurisson.
Cinq jours après la publication de la tribune "Le problème des chambres à gaz ou la rumeur d'Auschwitz" dans Le Monde, l'écrivain italien Primo Levi, rescapé du génocide, pointait le doigt sur Robert Faurisson et écrivait dans le Corriere della Sera du 3 janvier 1979 ces mots prémonitoires qu'aucun journal français n'imprima: "Qu'ont donc fait en France les autorités universitaires et la justice? Ils ont toléré que vous, niant les morts, vous les tuiez une seconde fois".
|