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Quand
le négationnisme s'invite à
l'université
par
Didier Daeninckx
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L'affaire
Bernard Lugan,
le professeur fouetteur de Lyon III
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Lundi
7 février 2000
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En
1985, Bernard Lugan, professeur d'histoire à Lyon
III, préside la soutenance de thèse
d'Abdelhamid Bdioui
intitulée "L'image de l'Arabe et du musulman dans
la presse écrite (1967-1984)" dans laquelle les
arguments développés dans "Les Protocoles
des Sages de Sion", le faux antisémite produit
par la police secrète tsariste, sont
approuvés. En 1987, il est nommé membre du
Comité National des Universités, un organisme
chargé de gérer la carrière des
universitaires. Au cours des années suivantes, il
n'est pas rare de voir apparaître le nom de Bernard
Lugan près de celui de Régis Ladous
dans
des jurys
comme "Léon Daudet et l'antisémitisme"
ou "Destin d'Afrique". En 1990, il diffuse un
"Manifeste pour les libertés universitaires" en
soutien à son collègue Bernard
Notin
de Lyon III qui vient de publier un violent article
négationniste et raciste dans la revue du Cnrs,
Économies et Sociétés. Son
initiative est saluée par la Revue d'Histoire
révisionniste, et quelques mois plus tard, comme
le rapporte Le Monde du 18 mai 1990, la commission
des spécialistes de l'Université le classe en
tête pour passer du grade de "maître de
conférences" à celui de "professeur". Peu
après, il assure une causerie sur l'Afrique du Sud
pour "l'Association pour la défense de la
Mémoire du Maréchal Pétain".
En
1991, Bernard Lugan participe à un curieux
pèlerinage, le "Rassemblement de la
piété française". Il considère
en effet que Charles
Martel n'a pas
"anéanti"
les Arabes à Poitiers en 732, comme le rapportent les
manuels d'histoire, mais dans un village du Lot, "lieu de
la victoire définitive" auquel il aurait
légué son nom ! La manifestation, interdite
par le maire de Martel, rassemble en octobre une centaine
d'illuminés dont une majorité
d'intégristes catholiques, des skinheads et les
maigres troupes de l'Oeuvre Française, le groupuscule
fasciste fondé après mai 68 par l'ancien
collaborateur de la revue Europe Action, Pierre
Sidos. L'année suivante, Bernard Lugan livre une
contribution au recueil
"Rencontres
avec Saint-Loup"
édité en hommage à l'ancien Waffen SS
français. Son texte s'intitule "Une tribu blanche
d'Afrique australe". Plume facile bien que redondante,
Lugan collabore à Identités, la revue
théorique du Front National où il prône
la création d'un état blanc d'Afrique du Sud,
seul susceptible de garantir la "survie de
l'identité blanche". On retrouve ses chroniques
dans Minute-la France, Présent, National-Hebdo
où, sous le titre "Adieu à un vieux
camarade", il pleure Poulet-Dachary, adjoint au maire de
Toulon, assassiné par un gamin ramassé
nuitamment dans un bar de la ville basse.
L'épopée
coloniale le hante, et dans Le
Crapouillot
il laisse libre cours à sa
fascination pour les
Boers-Afrikaners,
inventeurs de l'apartheid:
"confrontés
à des populations noires qui menaçaient de
les submerger sous leur nombre, les Boers se crurent
prédestinés et eurent bientôt la
conviction d'appartenir à la race élue par
le Seigneur pour apporter la civilisation à cette
partie de l'Afrique".
C'est certainement cette conviction d'être
détenteur de la civilisation qui pousse, chaque Mardi
Gras, Bernard Lugan, auteur de "L'Occident sans
complexe", à paraître devant ses
étudiants de première année
déguisé
en colon,
coiffé d'un casque et brandissant un fouet. Parmi les
chants qu'il entend faire apprendre par coeur, on se
souvient, à Lyon, de celui-ci:
"Nos
officiers se tapent des japonaises
Alors que nous pauvres marsouins fauchés
Nous nous tapons ce qu'on nomme la terre glaise
Spécialité de nos girons
nhaqués".
Saisie
de la protestation du Comité Anti-Fasciste et
Anti-Raciste (Cafar), la doyenne de la Faculté de
lettres et civilisations, Colette Demaizière, qui
militait dans le
syndicat étudiant très droitier
UNI,
rend public un communiqué:
"Il
est inadmissible que des éléments
extérieurs interviennent pour interdire de parole
tel ou tel. Il est intolérable que des cours,
même détournés exceptionnellement en
plaisanterie carnavalesque, tournent au pugilat. Il est
anormal que des étudiants qui n'ont pas la
compétence pour le faire, s'érigent en
juges de la qualité des cours
d'enseignants".
Ainsi
l'ordre des choses est-il constitué par le
mépris, la vulgarité, le racisme le plus
éculé, et le trouble par un sursaut de
dignité. Nous sommes en France, à Lyon,
à l'Université, dans un siècle qui
s'achève. Le XXe.
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