|
Quand
le négationnisme s'invite à
l'université
par
Didier Daeninckx
|
Pour
voir
les
documents, cliquez sur leur icone et sur
l'hypertexte, ou rendez-vous
à
la
documentation
|
|
L'affaire
Bernard Notin,
l'antisémite suspendu
|
Lundi
21 février 2000
|
Bernard
Notin,
maître de conférences à
l'université Lyon III est un vieux routier de
l'extrême-droite la plus radicale, ce qui lui vaut
d'animer, en 1988, le séminaire de la
fédération Rhône-Alpes des Cercles
Éléments. Membre de la rédaction
d'Europe
Nouvelle",
du comité de rédaction de la revue d'Alain de
Benoist Nouvelle École, il côtoie
également Jean Haudry, Pierre Vial et Jacques Marlaud
dans les couloirs d'Études et Recherches pour la
culture européenne. En 1989, il est à
leurs côtés à la tribune du colloque
organisé contre la célébration du
bicentenaire de la Révolution Française
baptisé "Révolution et
contre-Révolution". C'est tout naturellement
qu'il fait partie du Conseil Scientifique du Front National
et qu'il crée une association, "Aurore", dont
l'objectif est de "bousculer les vieilles idoles du
temple des idées reçues en se faisant forte
d'une témérité intellectuelle à
toute épreuve". Le druide néo-nazi Goulven
Pennaod viendra donner une conférence, ainsi que le
gourou de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist. Ce dernier
"dîner-débat" se tiendra le 28 mai 1990 sous le
patronage de la Librairie de France, un fonds de commerce
qui a pour parrains Pierre Vial et Bruno
Gollnisch.
Cette
réunion se déroule dans des circonstances
particulières. Le journal Le Monde a en effet
révélé, quelques semaines plus
tôt, que Bernard Notin avait réussi à
faire publier un article négationniste et violemment
raciste dans le numéro 8 d'une revue pilotée
par le C.N.R.S., Économies et
Sociétés. Il y attaque Élie Wiesel:
"Les platitudes ahanées par le Nobel's band en
villégiature à Paris à l'initiative de
l'entourage
juif
du président", les francs-maçons: "Dans
de nombreuses entreprises multinationales (audio-visuel
inclus) la franc-maçonnerie est solidement
implantée", Harlem Désir: "En
promouvant par l'image un Français d'Outre-mer
coloré, géré par une coterie
judaïque"... Il s'aligne enfin sur les positions
des négationnistes de La Vieille Taupe, renvoyant en
note au livre du chercheur au C.N.R.S. Serge Thion pour
lequel les chambres à gaz n'ont pas existé:
"Le
thème, historique, des chambres à gaz
homicides, est très révélateur de
ce procès. Les preuves proposées pour en
démontrer l'existence évoluent au
gré des circonstances et des époques
mais s'extraient d'une boîte à malice
comprenant trois tiroirs. Tout en bas: la visite de
locaux (peu crédible). Au milieu: l'affirmation
des vainqueurs (elles ont existé). En haut: les
on-dit (histoire de l'homme qui a vu l'homme qui...)
Au total on en postule l'existence, et qu'importe la
réalité de cette
réalité".
Le
directeur général du C.N.R.S. déclare,
à l'époque, que "l'incident
révèle des défauts de rigueur dans le
contrôle des manuscrits", tandis que le
président de Lyon III, Henri Roland, est d'avis que
"Cette affaire a été montée de
toutes pièces" mais, bien sûr, il
s'abstient de désigner les cibles. Bernard Notin est
suspendu. Aussitôt, Bernard Lugan, le professeur au
fouet, publie un Manifeste pour les libertés
universitaires en faveur de Notin. Deux universitaires,
Christiane Pigacé et Julien Freund, membres du
Conseil de discipline devant lequel comparaît Notin,
prennent sa défense. On retrouvera leur
présence quelques mois plus tard à ses
côtés au sommaire d'une revue ouvertement
néo-nazie placée sous l'égide de Doriot
et Céline, Nationalisme
et République.
En
1996, le magazine nazi belge Vouloir fait, en ces
termes, la publicité d'un livre de Bernard Notin
publié par Barbarossa, une maison
d'édition italienne d'extrême-droite:
"Traduction
italienne du célèbre pamphlet de Bernard
Notin, ostracisé dans l'Hexagone,
persécuté par une meute de chacals
hurlants. La version française de ce texte est
épuisée".
D'autres
seront plus discrets dans l'hommage au négationniste
Notin. Dans la circulaire accompagnant la première
édition de son livre "Les Mythes fondateurs de la
politique israélienne", par La Vieille
Taupe, Roger Garaudy écrit: "aucun journal,
aucun
médiat,
ne rendit compte de cette sentence..." Le "t" terminal
ajouté à media revient à chaque
fois que ce mot est imprimé. Il ne s'agit pas d'une
faute : il
fait tout simplement référence au titre de
l'article publié par Bernard
Notin
dans la revue du C.N.R.S.: "Le rôle des
médiats dans la vassalisation nationale: omnipotence
ou impuissance".
|
|