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Quand le négationnisme s'invite à l'université par Didier Daeninckx

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L'affaire Goulven Pennaod, le druide nazi de Lyon III

Lundi 31 janvier 2000



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En 1986, les éditions du C.N.R.S. proposent à la curiosité des érudits le troisième volume de sa collection "Recueil des inscriptions gauloises" consacré aux calendriers. Ce gros ouvrage de 472 pages comprend 220 illustrations, ce qui justifie son prix élevé, 500 francs. Deux auteurs figurent sur la couverture. L'un est célèbre, il s'agit de Paul-Marie Duval, membre de l'Institut, professeur au Collège de France, qui fait partie de l'équipe "Études Celtiques du C.N.R.S.", tandis que l'autre, Georges Pinault (qui préfère se faire appeler Goulven Pennaod, en breton), est inconnu. L'éminent professeur ne manque pas de saluer les "connaissances linguistiques et mathématiques" ainsi que les compétences en "calculs statistiques et astronomiques" de son collègue.

Georges Pinault accède à la notoriété quatre ans plus tard, le mercredi 9 mai 1990, quand le titre "Un étrange enseignant néo-nazi", barre la première page du journal Le Progrès. S'appuyant sur un article de Politis, le reporter révèle qu'un maître de conférence associé à la faculté de langues de Lyon III (Université Jean Moulin) vient de s'inscrire en doctorat. L'étudiant âgé de 61 ans, se fait appeler Goulven Pennaod. Sa thèse est intitulée "Travaux de linguistique et de philologie anciennes et brittoniques" et doit être menée sous la direction de Jean Haudry. Ce professeur ne s'étonne pas du fait que son élève présente, pour tout bagage, un grade de capitaine en retraite. Le président de l'université, Pierre Vialle, est tout aussi libéral: il accorde une dérogation pour que l'intéressé mène à bien ses études tardives.

En fait, Goulven Pennaod est bien autre chose qu'un aimable et studieux retraité bretonnant. Son ami, le Waffen SS français Saint-Loup, le présente ainsi dans son livre Les Nostalgiques:

"Goulven Pennaod n'avait pas quinze ans en 1943. Ne pouvant rallier la Waffen SS, il s'était inscrit aux jeunes de l'Europe nouvelle. Prison Jacques Cartier à Rennes en 1945. Cinq ans d'indignité nationale en raison de sa jeunesse. (...) Il se retrouve au Pays de Galles, soldat dans l'armée secrète des séparatistes. (...) Il traîne sa nostalgie de la guerre qu'il n'a pas faite aux côtés du IIIème Reich. Il se console en contractant un engagement pour l'Indochine".

Parachuté sur Diên Biên Phu, il est fait prisonnier et poursuit sa carrière de baroudeur au Maroc, en Oubangui, au Congo. A la fin des années soixante, il collabore à la revue antisémite Europe-Action avec Alain de Benoist et Pierre Vial, futur professeur mégrétiste à Lyon III. Sous sa signature figure un symbole celtique, le triskaël, auquel on a opportunément ajouté une quatrième branche pour mieux évoquer la croix gammée. Le 15 avril 1973, Goulven Pennaod se laisse aller à la confidence dans le bimensuel"La Bretagne réelle-Celtia":

une époque où les bretons se cachaient dans un recoin pour échanger deux salutations et trois mots dans leur langue, je fus émerveillé et réjoui de trouver un camarade qui, bien qu'étranger, mettait un point d'honneur à user avec rigueur de l'idiome suspect à tout bon français libéré. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous savions que nous avions encore bien d'autres choses en commun : nous haïssions la France d'une haine rabique et définitive, le chancelier Adolf Hitler était le plus grand homme et l'exemple du vingtième siècle, le christianisme et les autres juiveries devaient être détruits, l'honneur et les vertus guerrières cultivés, les filles baisées, la racaille éliminée et, finalement, "GS vaincra".

Bien après son éviction de l'université lyonnaise, Georges Pinault continue, (de 1992 à 1995) à être accueilli dans la revue Études Indo-Européennes éditée par Lyon III, et dont le directeur n'est autre que Jean-Paul Allard qui présidait le jury de la thèse du négationniste Henri Roques soutenue à Nantes en 1985, et annulée par le ministre de l'éducation nationale.

Au printemps 1999, j'écrivais une longue nouvelle, La Complainte oubliée, dont les Côtes d'Armor étaient le cadre. Lors d'un repas chez des amis, à Lannion, le nom de Goulven Pennaod pollua la conversation. Mon hôte m'affirma que l'ancien "gour" du "bezen Perrot", la milice nazie bretonne, faisait partie de l'équipe de chercheurs associés du C.N.R.S. à l'université de Bretagne Occidentale de Brest. Je n'en crus pas mes oreilles. Mes yeux vinrent à leur secours: le Rapport Scientifique du laboratoire UPRES-A 6038 du C.N.R.S. fait bien apparaître le nom de Georges Pinault dans la liste des chercheurs associés pour l'année 1996-1997!

J'ai téléphoné à l'université, pour savoir ce que signifiait exactement UPRES-A 6038. Une secrétaire m'a répondu sur un ton égal: "Unité Propre de Recherche de l'Enseignement Supérieur- Associée 6038".

Unité propre...

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