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Quand le négationnisme s'invite à l'université par Didier Daeninckx

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CHAPITRE 1

CHAPITRE 2


L'affaire Jean Plantin, le bébé éprouvette du négationnisme

Lundi 17 janvier 2000



Introduction et sommaire

Tout le dossier "Négationnistes: les Eichmann de papier"

Tout le dossier "Menaces fascistes"


En avril 1987, les milieux négationnistes décident de peser sur le procès du tortionnaire Klaus Barbie qui se tient à Lyon, en publiant le premier numéro des Annales d'Histoire Révisionniste. Le sommaire égrène les noms des profanateurs de mémoire, Robert Faurisson, Pierre Guillaume, Serge Thion, Alain Guionnet, mais la pièce centrale est constituée par un texte du néo-nazi italien Carlo Mattogno intitulé "Le Mythe de l'extermination des Juifs". Personne, à l'époque, ne prêtera attention au nom du traducteur, Jean Plantin, qui a travaillé "sur une version revue, corrigée et augmentée par l'auteur".

La diffusion en kiosques de cette revue est accompagnée par toute une série d'actions: des tracts antisémites sont diffusés à Lyon, les avocats des parties civiles, des habitants du village des enfants martyrs d'Izieu, reçoivent des lettres anonymes inspirées par La Vieille Taupe, des militants infiltrés de La Guerre Sociale piègent la page courrier du journal Libération qui sera contraint de retirer son tirage des kiosques. Le Mrap, la Ligue des Droits de l'Homme, l'Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France obtiennent rapidement la suspension de la revue, la décision de justice précisant que:

"par la distribution et l'exposition de l'ouvrage dans tous les lieux desservis par les NMPP, il a imposé au public, tout particulièrement aux familles de toutes les victimes du nazisme, ainsi qu'à tous ceux qui estiment se reconnaître dans une origine juive, l'affirmation de l'irréalité d'un martyre".

On peut penser que les complices d'une offensive négationniste de cette ampleur ont été marginalisés à jamais. En fait, c'est le contraire qui s'est produit! Deux ans plus tard, l'obscur Jean Plantin trouve un directeur de thèse complaisant, à Lyon III, et soutient son mémoire de maîtrise intitulé "Paul Rassinier, (1906-1967), socialiste, pacifiste et révisionniste", le 30 juin 1990. Ce même jour, à Paris, l'Assemblée Nationale adopte la loi Gayssot qui réprime les menées négationnistes, dans un pays traumatisé par la récente profanation du cimetière juif de Carpentras. Devant un jury d'universitaires, Jean Plantin peut, tout à loisir, développer les thèmes récurrents de l'idéologie négationniste. Pour lui, "le nombre des Juifs morts pendant la guerre se situe entre 1 million et 1,5 million au maximum", et il suffirait de faire un recensement en Israël, aux États-Unis et dans quelques pays sud-américains pour retrouver les millions d'individus portés disparus!

"La conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 avait pour but d'organiser la concentration des juifs dans les territoires de l'Est. Cette conférence décida le refoulement (die Zurückdrängung) de l'espace vital allemand de tous les juifs qui seraient acheminés vers l'Est où ils seraient mis au travail et attendraient la fin de la guerre qui déciderait de leur sort. L'Est européen dont il s'agit est la région d'Auschwitz".

Sans sourciller, le professeur Régis Ladous lui accorde la mention "Très Bien". Il est vrai que le registre des mémoires de Lyon III, pour l'année 1990, montre que ce même professeur ne renâclait pas à faire équipe avec le militant d'extrême-droite Bernard Lugan pour présider des soutenances sur des sujets aussi typés que L'émergence d'un courant traditionaliste dans l'Église catholique (19 février 1990), Les zulus vus par les Français au XIXème siècle (25 septembre 1990), Léon Daudet et l'antisémitisme (27 septembre 1990), Léon Delbecque (27 septembre 1990). Régis Ladous dirigeait également les travaux d'un étudiant connu pour ses engagements d'extrême-droite sur Le thème de la race dans l'Émancipation Nationale, le journal nazi de Jacques Doriot.

L'année suivante, Jean Plantin change d'université et s'inscrit en D.E.A. à Lyon 2, sous la direction du professeur Yves Lequin. Cet historien de renom dirige le Centre Pierre Léon (Cnrs) et préside aux destinées du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation, deux institutions qui occupent les anciens locaux de la Gestapo, avenue Berthelot, là où officiait Klaus Barbie. Il ne bronche pas quand son nouvel étudiant lui propose comme sujet de son mémoire "Les Épidémies de typhus exanthématique dans les camps de concentration nazis, 1933-1945". Il s'agit pourtant d'un des thèmes centraux de l'argumentaire négationniste selon lequel les morts des camps ont été emportés par ce typhus amené par les poux et que le régime nazi n'a donc pas mis en oeuvre une politique génocidaire. Hélas, il n'est pas possible de consulter le travail grâce auquel Jean Plantin a obtenu son D.E.A d'histoire : le professeur Yves Lequin, qui présidait le jury de 1991, affirme que ce mémoire n'était pas négationniste mais déclare qu'il ne l'a pas conservé!

En 1998, bardé de ses titres d'historien, Jean Plantin publie discrètement le premier numéro d'Akribéïa, une luxueuse revue de 200 pages imprimée par Bosc Frères à Oulins, qui prend la relève des Annales d'Histoire Révisionniste de Pierre Guillaume et de la Revue d'Histoire Révisionniste d'Henri Roques. Il y fait l'inventaire et la publicité de tout ce que les négationnistes éditent en Europe. C'est le journal Ras l'Front qui en révèle l'existence, en mars 1998, sous la plume de l'historien lyonnais Maurice Moissonnier. Le Cercle Marc Bloch mobilise alors les associations (Sos Racisme, Mrap, Ras l'Front, Licra, Unef-Id, Uejf). Jean Plantin est traduit en justice et condamné pour publicité en faveur d'ouvrages interdits et contestation de crimes contre l'humanité. Il n'en poursuit pas moins ses activités et révèle, dans le numéro 5 d'Akribeïa, concernant son deuxième diplôme que "cette année-là, les étudiants de D.E.A. d'Histoire de Lyon 2 ne passèrent aucun examen ni écrit ni oral, les notes étant probablement attribuées à la tête du client". On savait déjà, grâce à une enquête de Serge Garde publiée dans l'Humanité, qu'un membre du jury de Plantin, le professeur Gilbert Garrier, n'avait pas lu le mémoire et qu'il était absent le jour de la soutenance. Plusieurs mois après ces révélations le professeur Yves Lequin, pourtant directement mis en cause, n'a toujours pas jugé utile de porter plainte.

Étrangement, les décisions du Conseil d'administration de l'Université Lyon 2, prises à l'initiative de l'Unef-Id en mai 1999 sont, à ce jour, restées lettre morte:

1) Convocation d'une section disciplinaire pour les professeurs Yves Lequin et Régis Ladous.
2) Demande d'annulation du D.E.A. irrégulier.
3) Mise en place d'une commission, non restreinte à Lyon 2, pour examiner les affaires négationnistes.

Elles sont pourtant de nature à nettoyer les écuries de l'incurie.

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