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Quand le négationnisme s'invite à l'université par Didier Daeninckx

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CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3


L'affaire François Robert, l'ingénieux du C.N.R.S.

Lundi 24 janvier 2000



Introduction et sommaire

Tout le dossier "Négationnistes: les Eichmann de papier"

Tout le dossier "Menaces fascistes"


En juillet 1993, un ouvrage sort des presses des imprimeries Bosc Frères, à Oulins. Le titre est rébarbatif: "Les Archives d'Entreprises en Rhône-Alpes aux XIXe, XXe siècles". L'auteur, François Robert, est inconnu pourtant son éditeur est prestigieux puisqu'il s'agit du C.N.R.S., et il bénéficie en outre d'une postface du professeur Yves Lequin et d'un avant-propos de Charles Millon, président du Conseil Régional. En quatrième de couverture, il est précisé que "François Robert est actuellement ingénieur d'études au C.N.R.S. (M.R.A.S.H., Centre Pierre Léon).

Le problème est que ce titre, avalisé par les autorités universitaires et politiques, est usurpé. En effet, François Robert, simple vacataire, ne devient "ingénieur d'études au C.N.R.S." que trois mois plus tard, le 7 octobre 1993, à l'issue d'un concours qu'il remporte brillamment devant trois autres concurrents moins bien introduits. Trois jours plus tard, Philippe Videlier, un historien affecté au Centre Pierre Léon, demande sa mutation dans un autre laboratoire du C.N.R.S., invoquant une question d'éthique lui interdisant de demeurer dans une équipe qui vient de recruter un ancien militant du groupe négationniste La Guerre Sociale. Il confirme ainsi la position qu'il a rendue publique dix mois auparavant et qui n'a rencontré que le silence. A l'appui de sa lettre adressée à Yves Lequin, directeur du Centre Pierre Léon,

(et dont il ignore le rôle dans l'affaire Jean Plantin qui n'éclatera que cinq ans plus tard) il joint le numéro 4 de la revue La Guerre Sociale (printemps 1982) qui comprend un article de François Robert consacré à la Pologne. Il produit aussi le numéro 5 (hiver 1982) dans lequel le futur ingénieur d'études signe le compte-rendu d'une réunion internationale de ce groupe dont la principale activité est la publicité de la négation du génocide des Juifs opéré par les nazis. Il fournit également la relation d'une réunion qui s'est tenue à Paris, le 22 mars 1980, au cours de laquelle tous les participants, dont François Robert, ont approuvé les textes publiés par la revue et ont décidé de donner une suite au long plaidoyer faurissonnien intitulé "De l'exploitation dans les camps à l'exploitation des camps". Le 18 octobre 1993, François Robert se résout à écrire une lettre à son postfacier et directeur, Yves Lequin, dans laquelle il prétend n'avoir jamais partagé les idées du groupe négationniste auquel il a appartenu pendant trois longues années!

On apprendra plus tard que c'est l'adjoint au maire de Lyon et délégué au respect des droits qui, dans une volonté d'apaisement, est intervenu auprès du professeur Lequin pour obtenir un document signé de François Robert. Trois mois plus tôt, en juin 1993, répondant à une requête de Sos Racisme, le directeur du département scientifique du C.N.R.S. affirmait, lui, que les allégations de Philippe Videlier se résumaient à des rumeurs injustifiées!

La spirale du mensonge est enclenchée, et les manipulateurs vont user de tous les artifices pour isoler et délégitimer le chercheur récalcitrant.

En décembre 1994, inquiétés par la création du Cercle Marc Bloch, les amis de François Robert, emmenés par l'amateur de listes noires Christian Thuderoz, lancent une pétition intitulée "Vigilance" qui déforme totalement la réalité. Elle recueille une centaine de signataires d'universitaires dont presque aucun n'a la connaissance du dossier ni de ce qui se joue à Lyon. Le texte se termine par l'acceptation, de la part de presque tout le Gotha universitaire, de l'exil, à Chambéry, du chercheur lyonnais vigilant. Plusieurs auront le courage de retirer une signature trop rapidement accordée.

L'activité du Cercle Marc Bloch, les soutiens de Sos Racisme, du Mrap, de Ras l'Front, de la Fsu, du syndicat national des chercheurs scientifiques, contraignent la direction du Centre Pierre Léon a évoquer l'existence d'une pièce maîtresse : une "enquête sécurité" diligentée par la direction du C.N.R.S. Cette procédure aurait lavé François Robert de tout soupçon, et ce avant même son recrutement sur "concours". Six ans plus tard, en novembre 1999, l'actuelle directrice du C.N.R.S. se verra opposer une fin de non recevoir quand elle demandera communication de cette enquête dont il est aujourd'hui probable qu'elle n'a jamais existé!

Interdit professionnel, privé de son laboratoire de recherches, écarté des colloques, des publications, Philippe Videlier n'en poursuit pas moins son travail d'historien. Il écrit plusieurs livres sur la banlieue lyonnaise, l'industrialistaion, l'immigration. Mais quand il doit intervenir dans un débat, comme le 8 novembre 1996, l'organisateur, le député du Rhône Jean-Paul Bret, reçoit un fax émanant du Centre Pierre Léon le menaçant de troubles. Le libelle est signé par Hervé Joly, un chercheur au C.N.R.S., défenseur de François Robert. Il se déconsidérera quelques mois plus tard, dans Libération, en prétendant contre toute évidence que la production française de gaz Zyklon B était difficilement transportable et qu'elle n'a donc pas été utilisée dans les camps d'extermination.

En janvier 1998, François Robert intente un procès en diffamation à Philippe Videlier et à ses éditeurs. Le jugement (provisoire puisqu'il a été porté en cassation), reconnaît que "l'ingénieur d'études" a bien adhéré au mouvement La Guerre Sociale entre 1979 et 1982, et que le caractère négationniste des textes qui étaient alors diffusés est incontestable. Il souligne qu'il était légitime pour un historien d'informer sa hiérarchie du passé d'un postulant au C.N.R.S., mais il lui est fait reproche d'avoir témoigné de l'animosité envers François Robert en le désignant sous le vocable "ce monsieur" au lieu de s'en remettre aux autorités universitaires. A l'appui de ce raisonnement, les juges invoquent... la commission de sécurité diligentée par le C.N.R.S. et dont ils ignorent que la seule existence, à ce jour, se résume aux déclarations d'Yves Lequin et de ses plus proches collaborateurs.

Quelques mois plus tard éclatera l'affaire de la fabrication d'un historien négationniste, Jean Plantin, par les universités Lyon 2 et Lyon III (voir le Chapitre 1).

Personne n'a essayé cette fois d'évoquer la fiction d'une "enquête de sécurité"...

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