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"Etes-vous raciste? Oui nous sommes racistes! Etes-vous antisémite? Oui nous sommes antisémites!" Il s'agit là du credo de la Phalange Française, un groupe néo-nazi qui s'est constitué au milieu des années cinquante autour de son journal Fidélité, et qui était dirigé par Charles Luca alias Gastaut, un parent du collaborateur Marcel Déat. Le secrétaire général du groupuscule signait Henri Jalin, mais avait pour état-civil Henri Roques. Né à Lyon en 1920, ingénieur agronome retraité, il commence à rédiger une thèse, en 1981. Son titre: "Les confessions de Kurt Gerstein. Étude comparative des différentes versions. Édition critique". Le but avoué de son entreprise est de "contribuer quelque peu à ce que l'école révisionniste qui se consacre à mettre l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en accord avec les faits, se voit reconnaître un droit de cité dans l'université". Prudent, Henri Roques sollicite, comme rapporteur de son doctorat, des non-historiens. Jacques Rougeot, professeur de lettres à Paris IV lui donne son accord avant de faire marche arrière. Finalement c'est un autre militant d'extrême-droite du Syndicat autonome de l'enseignement supérieur, Jean-Claude Rivière, professeur de littérature médiévale à Nantes et ancien militant du groupe fasciste Europe-Action, qui le remplace. Deux Lyonnais font partie du jury qui se réunit le 15 juin 1985 à Nantes. Tout d'abord Jean-Paul Allard, professeur de langue et littérature germanique à Lyon III. Il dirige la revue Études Indo-Européennes, milite au GRECE, rédacteur à Nouvelle-École, il anime également la collection "Patrimoine de l'Europe" aux éditions du Porte Glaive. Ensuite Pierre Zind, père mariste alsacien, professeur associé au département de sciences de l'éducation de Lyon 2. Il collabore à la revue Nouvelle Voix, un mensuel alsacien nostalgique du nazisme, témoigne en 1982 dans un procès en faveur de terroristes pro-hitlériens, les Loups Noirs, et ne rechigne pas à fournir de la copie au bulletin néo-nazi Devenir Européen créé par l'ancien SS Yves Jeanne et auquel collabore aussi Goulven Pennaod (Voir le chapitre 3, "un druide nazi à Lyon III").
Un ancien déporté, Pierre Bridonneau, qui a pu se procurer les enregistrements des débats de soutenance, témoigne dans Le Monde du 21 juin 1986. Pour lui, le jury n'est "qu'un quarteron d'universitaires nostalgiques réunis pour jouer devant un micro la sinistre comédie du révisionnisme, cette "école" qui prétend nier la réalité de l'holocauste des Juifs et de son principal instrument: les chambres à gaz". Robert Faurisson et Pierre Guillaume assistent à ces trois heures de propagande nazie abritée par les murs d'une université française dont La Vieille Taupe commercialisera un enregistrement partiel. Le scandale permet de mettre à jour de nombreuses irrégularités : Henri Roques ne possède pas les diplômes exigés pour passer un doctorat, son inscription est hors délai. Même chose dans l'organisation du jury : les pages du registre administratif portant les noms des personnes présentes pour la soutenance de la thèse ont disparu, et, surtout, la signature d'un membre du jury, absent, a été falsifiée. Les articles de presse se multiplient pour demander que toute la lumière soit faite. Robert Faurisson monte au créneau: "En 1986, François Bédarida, chrétien d'origine juive, ne parvint à mobiliser contre H. Roques que cinq "historiens" (Pierre Vidal-Naquet et quatre autres personnes d'origine juive), un rabbin et, enfin, un personnage médiatique du nom de Harlem Désir qui est, lui aussi peut-être d'origine juive".
Le 2 juillet 1986, le ministre de l'éducation nationale, Alain Devaquet, annule la thèse de Henri Roques, une décision confirmée par le Conseil d'État en 1992, et une plainte est déposée pour "faux en écriture publique". Le ministre de l'intérieur, Charles Pasqua, déclare: "Les universitaires qui ont accepté cette thèse ne sont plus dignes d'enseigner". Aucune sanction n'a pourtant été prise. Pierre Zind s'est contenté de faire valoir ses droits à la retraite. Quand à Jean-Paul Allard, il enseigne toujours. A l'université Lyon III. Ultime précision, Henri Roques s'était vu décerner une mention "Très Bien". Comme Jean Plantin auquel il livrera le fichier des abonnés de sa Revue d'Histoire Révisionniste, interdite, quand Akribeïa prendra la relève.
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