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Négation des camps et promotion de la pédophilie
par Didier Daeninckx, écrivain ("Le goût de la vérité", Verdier)

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Quand le néo-nazi Michel Caignet, organisateur du réseau pédophile Toro Bravo, travaillait pour les négationnistes de La Vieille Taupe.

Jeudi 13 janvier 2000


En juin 1997, la 15e chambre correctionnelle de Paris jugeait soixante-et-onze personnes impliquées dans un réseau de producteurs et d'amateurs de cassettes à caractère pédophile, la filière Toro Bravo. A la tête de cette entreprise très lucrative on trouvait un personnage surtout connu, jusque là, pour son activisme néo-nazi: Miguel (dit Michel) Caignet. La presse sera curieusement discrète sur le mensuel pédophile Gaie France Magazine qu'il édite depuis janvier 1986, et dont le pasteur Doucé, mystérieusement assassiné en 1990, assurait la gestion des abonnements.

Directeur de Combat Européen, Michel Caignet milite dès le milieu des années soixante-dix dans les Groupes Nationalistes Révolutionnaires jusqu'à leur fusion avec la FANE (Fédération d'Action Nationale et Européenne). Dès 1976, soit trois ans avant l'offensive négationniste de Robert Faurisson, il traduit Le Mensonge d'Auschwitz, du nazi danois Thies Christophersen et le publie dans Combat Européen. En 1980, après la dissolution de cette organisation par le Conseil des ministres, il est l'un de ceux qui créent les Faisceaux Nationalistes Européens. Puis, avec le nazi Michaël Kühnen, il fonde le Mouvement Européen dont les sections allemandes s'illustreront dans les émeutes racistes de Cöttbus et Rostock. Il traduit les ouvrages de Kühnen "Lettres de prison" et "Homosexualité et national-socialisme". On sait moins qu'il passa également par le GRECE d'Alain de Benoist, et qu'il collabora avec le groupe négationniste issu de "l'ultra-gauche" connu sous le nom de La Vieille Taupe.

En 1984, il fait même partie avec le gourou de La Vieille Taupe Pierre Guillaume, Robert Faurisson et le chercheur au CNRS Serge Thion, de l'équipe qui traduit un texte fondamental de la négation des camps d'extermination, Le Mythe d'Auschwitz, de Wilhelm Stäglich que La Vieille Taupe intègre à son catalogue en 1986.

La fusion de ces milieux néo-nazis et pédophiles avec cette "ultra-gauche" déjantée est surprenante au premier abord, mais une lecture des textes élaborés par les animateurs de La Vieille Taupe permet de dégager les parentés. Dès le début de leur dérive, ces gens se revendiquent d'un combat contre tout ce qu'ils classent comme "tabous": l'humanisme, la démocratie, l'argent, les chambres à gaz, le féminisme, la sexualité. L'un de leurs textes intitulé "L'horreur est humaine" publié par La Banquise à l'été 1983, fait clairement la liaison entre la sexualité, la pédophilie et les camps d'extermination:

"De nos jours les intellectuels ont pris conscience du pur caractère historique de tabous qui passaient jusqu'alors pour naturels. Mais c'est une conscience purement intellectuelle, totalement séparée de leur propre vie. On verra tel prof d'université dans le vent réagir avec la même hystérie qu'une prolétaire si quelqu'un s'avise de jouer à touche-pipi avec son enfant. Pour l'intellectuel comme pour tous les autres, l'une des raisons qui font des camps une horreur plus horrible, c'est qu'ils ont bousculé un certain nombre de tabous occidentaux: la mort et les cadavres, les enfants, la nudité des corps et les fantasmes sado-sexuels".

Les mêmes expliquent dans un autre article de La Banquise, intitulé de manière manifeste "Ami(e)s pédophiles bonjour!", que les enfants ne trouvent rien à redire aux actions d'un satyre, et que ce sont les parents qui les traumatisent en en faisant "tout un plat".

Ces mêmes "révolutionnaires anti-tabous" poursuivent leur combat, dix ans plus tard, dans un numéro spécial de Mordicus qui rend hommage à Human Bomb, le preneur en otage d'une classe maternelle de Neuilly:

"Pourtant combien de meurtres commis par des pédophiles auraient pu être évités, si la pédophilie, "épisode particulier de la misère générale des relations adultes-enfants" était moins dramatisée. (...) Mais dans la haine que certains parents étalent, dans cette douleur entretenue par les hurlements des chacals de village et médiatisée par la plus basse ordure journalistique, on sent comme une parenté avec la fureur du propriétaire cambriolé".

En 1996, dans une brochure au titre mensonger, "Libertaires et ultra-gauche contre le révisionnisme", (préface de Gilles Perrault) l'un d'eux, Gilles Dauvé, admettra que son ancien ami Pierre Guillaume avait choisi de s'attaquer au "mythe" des chambres à gaz, mais qu'il "aurait pu aussi briser un interdit majeur comme la pédophilie". Dans une première version de son texte, il n'hésitait pas à écrire que "les chambres à gaz" sont pour lui "un gigantesque détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale"!

L'interpellation de Michel Caignet dans le cadre de la filière pédophile Toro Bravo, en 1996, avait fortement inquiété les activistes de La Vieille Taupe. Pour Pierre Guillaume, (qui un temps inspira les "théoriciens" de La Banquise ou de Mordicus), cela ne pouvait tomber plus mal puisqu'il était alors occupé à orchestrer l'affaire Garaudy et son soutien par l'abbé Pierre. En témoignent deux lettres datées du printemps 1996. Pierre Guillaume s'adresse à celui qui l'édite depuis seize ans, Charles Corlet et qui vient de refuser l'impression du deuxième tirage des Mythes fondateurs de la politique israélienne de Garaudy, en raison des ennuis judiciaires que le texte suscite, mais aussi à cause d'un client peu discret amené par La Vieille Taupe, Michel Caignet. En réponse, Pierre Guillaume argue qu'il ne connaît même pas le nom de la revue éditée ("une revue d'hétérophobes sexuels... Gay quelque chose...) ni ses créateurs. Une lecture attentive de ses propres courriers aurait pu lui épargner ce mensonge : onze ans plus tôt, il ne faisait pas mystère de ses relations suivies avec Michel Caignet, comme le prouve la circulaire de La Vieille Taupe de décembre 1985:

"... l'auteur et moi étions convenus que le Professeur Faurisson relirait les épreuves et superviserait l'édition. A la réception des épreuves, celui-ci a émis de très graves critiques sur le travail effectué par Michel Caignet (étudiant à la Sorbonne, prépare un doctorat de linguistique allemande et anglaise)".

La raison de cette soudaine amnésie résidait vraisemblablement dans la pression exercée par les Renseignements Généraux sur l'éditeur. Après la défection de Corlet, la réédition du livre de Roger Garaudy fut assurée par une officine parisienne d'extrême-droite, la Librairie Roumaine du Savoir dont le tenancier, lui, ne semble pas apprécier la jeunesse. Le 4 février 1998, la 10e chambre correctionnelle de Paris l'a condamné à 2 mois de prison avec sursis et 6.000 francs d'amende pour avoir menacé, à l'aide d'un pistolet à grenaille offert par son ami Pierre Guillaume, une étudiante qui protestait contre l'exposition en vitrine des livres de Garaudy...

Georges Orwell avait pressenti l'horreur qui nous frappe aujourd'hui. Dans un article sur le roman noir américain "Rafles and Miss Blandish", il écrivait en 1944 :

"L'interconnexion du sadisme, du masochisme, du culte de la réussite, du culte de la puissance, du nationalisme et du totalitarisme forme un immense sujet dont on a encore à peine écorné les angles; et l'on considère même comme assez peu délicat d'en mentionner l'existence".

On me reprochera donc mon manque de délicatesse...

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