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Le goût de la préface
par Didier Daeninckx

Quand notre ami Gilles Perrault, l'enquêteur minutieux, préface l'ami de Jörg Haider, l'ami de Maurice Papon, et les amis des négationnistes français et tunisiens.

Participez au grand concours: à la recherche de la préface perdue


Vendredi 25 février 2000


Tout juste dévêtu de son uniforme de parachutiste colonial engagé dans les sinistres combats contre les indépendantistes algériens, Gilles Perrault ne rechignait pas, dans son livre "Les Parachutistes", en 1961, à justifier le recours à la torture pour une armée confrontée à la guérilla. Oublieux de ce passé, il publiait il y a dix ans "Notre ami le Roi" un livre sur le Maroc d'Hassan II dans lequel il dénonçait le principe qui avait autrefois son approbation. Il vient de préfacer "Notre ami Ben Ali", un livre nécessaire contre les exactions commises par le régime du dictateur tunisien. Un autre ouvrage sur le même sujet, toujours préfacé par l'infatigable défenseur des nobles causes, n'a pas bénéficié du même écho, et nous avons à coeur de réparer cette injustice.

Il s'agit de "Supplice tunisien, le jardin secret du général Ben Ali", paru aux éditions de La Découverte. L'auteur, Ahmed Manaï, occupa de très hautes fonctions officielles sous le règne de Bourguiba et pendant les premiers temps de celui de son successeur. La rupture fut consommée en 1989, quand Ahmed Manaï décide de se présenter aux élections générales. Il connaîtra bientôt le calvaire des opposants tunisiens. Le problème est que Gilles Perrault ne sourcille pas quand, dès les premières pages du livre dont il veut qu'il soit "largement lu chez nous", Ahmed Manaï présente ainsi le premier homme sur lequel il s'appuie pour constituer sa liste:

"Mon premier colistier était Abdel Hamid Bedioui, un professeur de français, originaire de Monastir, la quarantaine passée. Il avait une expérience du terrain, acquise lors de sa participation aux élections partielles de janvier 1988. Il s'était forgé à cette occasion une réputation de battant et de fin tacticien".

Gilles Perrault qui en 1988 figurait dans la liste des parrains de la revue antifasciste "Article 31" ne pouvait ignorer qui était Abdel Hamid Bédioui (également orthographié Bdioui), d'autant que les informations furent reprises par l'hebdomadaire Politis dont Gilles Perrault est aussi parrain. Que disaient ces articles? Tout simplement que Abdel Hamid Bdioui, grâce à des complicités d'extrême-droite dans l'université lyonnaise avait pu obtenir un diplôme de doctorat d'état pour une thèse antisémite dans laquelle il s'appuie sur "Les Protocoles des Sages de Sion", traite le MRAP de mouvement "judéo-bolchévique" et la LICRA d'organisation "judéo-capitaliste"!

La liste Manaï-Bdioui de 1989 obtint le ralliement du parti islamiste Ennhadha, et le mouvement fondé par Ahmed Manaï n'hésita pas à apporter son soutien à Roger Garaudy.

Gilles Perrault nous avait déjà habitué à préfacer de curieux personnages comme son ami de trente-cinq ans, l'ancien parachutiste d'Algérie Jean-François Steiner, auteur de Treblinka, témoin de Papon à Bordeaux, et récent organisateur de sa tentative de fuite en Suisse. (Voir l'enquête "De Treblinka à Bordeaux").

On se souvient également de sa préface à "Naître coupable, naître victime" de Peter Sichrovsky, une figure de l'extrême-gauche autrichienne passée avec armes et bagages au service de Jörg Haider, et qui siège aujourd'hui au parlement européen pour le parti néo-fasciste au pouvoir à Vienne. (Voir l'enquête "De Treblinka à Bordeaux").

On n'a pas oublié non plus sa préface au livre des fourriers d'ultra-gauche de Robert Faurisson, "Libertaires et ultra-gauche contre le négationnisme" dans lequel Elie Wiesel est traité de "témoin douteux" et où, dans la première version vite retirée des presses, l'un des principaux rédacteurs de textes négationnistes de la grande époque n'hésitait pas à maintenir que les chambres à gaz étaient "un gigantesque détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale". (Voir l'enquête "Négation des camps et promotion de la pédophilie").

 

Grand concours: à la recherche de la préface perdue

A ce jour, Gilles Perrault a écrit environ deux cents préfaces! La plupart nous sont inconnues, et elles doivent réserver de nombreuses surprises. A vos greniers! Les dix premiers lecteurs d'Amnistia à nous en faire parvenir de nouvelles recevront un exemplaire dédicacé par l'auteur de "Le goût de la vérité".

A vous de jouer!



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