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Hervé
Joly tente de démontrer que les quantités de
produits livrées aux Allemands ne concernaient pas
des ventes volontaires, mais résultaient de
réquisitions. Un argument qui ne tient pas dès
lors qu'il est établi que la société
productrice, Durferrit-Sofumi, ne travaillait pas pour les
Allemands comme il l'affirme, mais était une
société
leur appartenant pour
moitié.
Réquisitionne-t-on ce qui vous appartient? En fait,
il s'appuie exclusivement sur un mémoire en
défense écrit à postériori pour
justifier les pratiques de l'entreprise pendant
l'occupation, et néglige les documents comptables du
Trésor qui assurait les règlements aux
industriels fournisseurs du Reich.
Un
peu plus loin, Hervé
Joly prétend
que: "L'utilisation de zyklon B français dans des
camps d'extermination tous situés sur l'actuel
territoire de la Pologne est, de toute façon, peu
vraisemblable: l'acide cyanhydrique est un gaz peu stable,
qui se transporte difficilement, et les commandes de la SS
pour les camps provenaient, d'après l'historien Raul
Hilberg (l'Extermination des Juifs d'Europe), de l'usine de
Dessau, en Allemagne orientale".
Une
telle affirmation dénote une totale
méconnaissance du produit. Il se présente dans
des
boîtes
métalliques
rigoureusement étanches, de différentes
contenances, renfermant un support poreux inerte (bois,
carton...) qui a absorbé l'acide cyanhydrique
liquide. Le transport ne pose pas de problèmes
particuliers aux nazis. L'acide se vaporise, se sublime en
gaz, à l'ouverture de la boîte et à une
température assez élevée (plus de
25°C), ce qui explique pourquoi les chambres à
gaz étaient munies de système de chauffage.
L'usine allemande de Dessau, près de Halle,
était d'ailleurs située à plusieurs
centaines de kilomètres d'Auschwitz et le transfert
du produit aurait eut les mêmes inconvénients
que depuis Villers-Saint-Sépulcre. Ces propos
hasardeux furent pourtant avalisés dans
Libération, le 17 avril 1997, par Jean-Claude Hazera
et Renaud de Rochebrune (auteurs de "Patrons sous
l'Occupation", Odile Jacob 1995), parlant du travail d'Annie
Lacroix-Riz en ces termes : "hypothèse, pourtant
assez peu étayée, puisqu'elle ne repose que
sur des déductions à partir d'indices
supposés troublants mais peu convaincants (cf
l'historien Hervé Joly dans Libération du 18
mars)".
Pour
en terminer avec ce qui s'apparente à une tentative
d'étouffement, la
revue L'Histoire
donne la parole, dans sa livraison de mai 1997 au lyonnais
Joly qui réitère sa bourde d'un gaz peu stable
et difficilement transportable, et qui utilise un curieux
conditionnel (l'essentiel de la production aurait, en
revanche, été réquisitionnée
(...) par l'armée allemande) là où
quelque temps plus tôt l'affirmatif s'imposait
à sa plume. La journaliste signataire de l'article de
trois pages, Cécile Duret, peut alors conclure: "Les
assertions d'Annie Lacroix-Riz sur la participation de la
France à la fabrication de Zyklon B apparaissent donc
bien hypothétiques"!
Fermez le ban.
Toutes
ces approximations eurent pour conséquence de
réveiller des mémoires endormies. Celles de
ces figurants qui, souvent font l'Histoire. Un ancien
ouvrier de Villers-Saint-Sépulcre écrivit
à l'historienne qu'on lui avait montré des
photos d'ouvriers oeuvrant, en 1942, sur la
chaîne de fabrication
du Zyklon B. Un chef d'atelier lui fit parvenir
l'organigramme
du siège administratif, rue du Général
Foy à Paris, et celui de l'usine, précisant
qu'on ne faisait pas mystère, lors de son embauche en
1948, de la destination allemande des insecticides produits
pendant la guerre. Enfin, elle eut accès aux
documents qui établissaient définitivement son
hypothèse : une série de
négatifs-photos sur plaques de verre
représentant la fabrication et le conditionnement du
Zyklon B, ainsi que l'original d'une étiquette en
langue française entourant une boîte et
mentionnant aussi bien l'origine industrielle (Ugine), que
géographique (Villers-Saint-Sépulcre, Oise).
Ce
matériel avait été sauvegardé
par un ingénieur chimiste, François
Copie, qui travaillait
là
depuis 1939 et s'était interrogé sur le
soudain développement de la production d'insecticide.
Il avait caché photos et emballages avant de prendre
le maquis, en novembre 1942, sans savoir qu'au cours des
mois précédents d'énormes
quantités de Zyklon B durent être
acheminées en urgence à Auschwitz.
François Copie tenta, après la guerre, de
divulguer ses archives mais personne ne s'y intéressa
vraiment. Il fallut l'acharnement d'une historienne pour
qu'elles refassent surface. Aujourd'hui, ceux qui mettaient
en doute la fabrication du gaz mortel ergotent et affirment
que le produit français, livré à
l'armée allemande, n'a été
utilisé que dans la lutte contre les parasites,
animaux et insectes.
Quelques
dizaines d'années plus tard, le nuage radioactif venu
de Tchernobyl aura les mêmes égards pour le
territoire national et suspendra son vol à l'approche
de nos frontières. La terre et la flore disent le
contraire, pour des centaines d'années. Il suffit d'y
aller voir. Comme dans les archives...
Les
originaux des divers documents sauvés par
François Copie ont été
déposés au Centre de Documentation Juive
Contemporaine (CDJC), et certains figurent en annexe du
livre de Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers sous
l'Occupation, paru chez Armand Colin.
Mention CDJC-Fonds Lacroix-Riz obligatoire
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