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Pas
la moindre image de cadavre, dans "Shoah" de Claude
Lanzmann, et pourtant chaque être tué est
présent dans la conscience de celui qui se confronte
à ce film. A ceux qui le sommaient de
présenter des preuves plus décisives que ces
plans de rails absorbés par le néant de la
campagne polonaise, il demandait "De quoi avez-vous
besoin?". En effet que faut-il présenter aux
sceptiques? Une photo de suppliciés agonisant
près d'une boîte ouverte de Zyklon B portant
une
étiquette de l'usine de
Villers-Saint-Sépulcre?
S'il
leur faut ce spectacle, c'est qu'ils ne sont plus
humains. Dans son interview parue dans Libération du 23 décembre 1999, l'historien Denis Peschanski tente de réfuter les dernières découvertes d'Annie Lacroix-Riz et son interview dans "L'Humanité" du 21/12/99. Son raisonnement en cascade sollicite d'autres intervenants comme celui du pharmacien Claude Pressac, auteur de "Les crématoires d'Auschwitz", publié sous la direction de Denis Peschanski, et qui n'aurait pas retrouvé de documents signalant une commande par les autorités du camp de Zyklon B français. Il y a deux ans, on opposait à Annie Lacroix-Riz l'argument selon lequel le produit était réquisitionné par les Allemands. On cherche aujourd'hui des bons de commande, mais sans signaler qu'on a changé de terrain. Pour que le tour de passe-passe soit réussi, Denis Peschanski a besoin de faire le silence sur les documents que nous publions dans notre enquête du 14/12/99: les étiquettes en langue allemande présentes sur les boîtes fabriquées à Villers-Saint-Sépulcre. Ces documents historiques appuient d'autres preuves, financières celles là, apportées par Annie Lacroix-Riz : la transformation, en 1941, de la société 100% française Sofumi (Ugine) pour en faire une société à moitié allemande appartenant au trust nazi I.G. Farben, celui-là même qui a financé Hitler dès le début des années 30.
Hervé Joly est appelé à la rescousse pour affirmer qu'Auschwitz n'avait commandé "que" 14 tonnes de Zyklon B en 1943, et que les Allemands n'avaient donc pas besoin du Zyklon français. Annie Lacroix-Riz parle elle, dans son livre, non de 1943 mais de l'année 1942, date du début de l'extermination massive, et met en rapport le fait que l'usine de Villers-Saint-Sépulcre voit son capital multiplié par douze en quelques mois. Puis elle pointe l'année 1944: les difficultés d'approvisionnement d'Auschwitz en Zyklon sont considérables après la destruction de l'usine I.G. Farben de Dessau, et alors qu'arrivent en Pologne plusieurs centaines de milliers de Juifs hongrois, dont 450 000 seront exterminés dans les chambres à gaz. A quoi pouvaient donc bien servir les 22 tonnes produites en février 1944, les 37 tonnes de juin 1944? ( l'usine ne produisait qu'une tonne de ce produit avant-guerre). Hervé Joly, en 1997, répondait, citant le mémoire en défense écrit, après-guerre, par les patrons d'Ugine: "travaux de destruction de parasites (puces, vermine, etc.) effectués sur réquisition allemande dans les casernes ou campements occupés par des troupes allemandes et travailleurs français et étrangers". Ainsi, en juin 1944, alors que les Soviétiques accentuaient leur offensive à l'Est, et que les Américains débarquaient en Normandie, dans un souci de propreté, d'hygiène, l'état-major nazi accélérait la production de Zyklon B français pour laisser le pays dans l'état où il l'avait trouvé! Ce serait drôle si le sujet n'était sinistre. Denis Peschanski reprend à minima, l'argumentation du fusible lyonnais: si l'usine d'Ugine a augmenté sa production: "C'est logique en période de guerre, avec la multiplication des camps et des installations militaires: le Zyklon B est un antiparasite. Et il en fallait des quantités massives". Rien sur le fait que les réseaux gaullistes aient demandé, à plusieurs reprises, le bombardement de l'usine de Villers-Saint-Sépulcre en raison de la nature des produits qui y étaient fabriqués. Rien sur l'admirable François Copie, cet ingénieur qui, au péril de sa vie, a photographié les ateliers où se fabriquait le produit mortel, rien sur les étiquettes qu'il a arrachées et cachées, pour servir l'Histoire. On
préfère, en tête d'article, s'appuyer
sur la qualité des "historiens" Jean-Claude
Azéra et Renaud de Rochebrune. Chacun peut
s'intéresser à l'Histoire, donner son avis,
défendre des thèses et je ne m'en prive pas.
Je n'ai jamais, pour donner plus de poids à mes
articles, revendiqué le titre d'historien. Il aurait
donc été plus respectueux, pour cette science,
de signaler que Renaud de Rochebrune est rédacteur en
chef de la "Revue Française de gestion" et
Jean-Claude Azéra, rédacteur en chef-adjoint
du "Revenu Français".
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