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Licio Gelli

Le 10 septembre 1998 a été arrêté à Cannes Licio Gelli, "Maître Vénérable" de la loge P2.

L'homme du pouvoir occulte de quarante ans d'actions de services secrets, histoires de financements illicites, tentatives de coups d'Etats, rapports avec la mafia, implications d'hommes politiques et de pouvoir avait disparu le 22 avril. Jour où la Cour de cassation a confirmé sa peine à 8 ans et demi de réclusion pour l'affaire de la banqueroute frauduleuse du Banco Ambrosiano. La pricipale banque privée italienne aux capitaux du Vatican.

Curieusement, le Maître Vénérable était jusque là simplement soumis à se presenter une fois par semaine (sic!) au commissariat d'Arezzo, ville de Toscane où il possède sa "Villa Wanda"....

 

Sa vie

Né à Pistoia, Toscane, en 1919, il a été volontaire avec les "chemises noires" en Espagne dans les troupes de Franco. Rentré en Italie, il a été fasciste, puis enrôlé par les Américains dans les services qui auront donné naissance à la CIA et à l'organisation "Gladio". Parti en Argentine, il entretient des relations avec Peron. Au même temps il neglige pas ses amitiés dans des cercles d'extrême droite.

Rentré en Italie, il s'inscrit en 1963 à la Maçonnerie, et entre en 1966 dans une loge "couverte" du Grand Orient d'Italie, existante depuis le siècle dernier, "Propagande 2", la P2. Il en devient Grand Maître en 1975. A partir de là il organise les activités de cette loge dans un sens global de liaison avec les services secrets italiens et américains (Gladio), tentatives de coups d'Etats en Italie, terrorisme fasciste, (il a été enquiété et condamné au procès pour l'attentat de la gare de Bologne), milieux affairistes (Roberto Calvi et le Banco Ambrosiano), la mafia pour échanges de services.

Le 17 mars 1981, suite aux enquêtes sur le cas Sindona, est perquisitionnée sa villa, où on trouve des documents qui portent à la découverte d'une liste de 926 noms d'hommes politiques, journalistes et directeurs de journaux, magistrats, officiers de l'armée, des services de renseignements et des forces de police, banquiers et hommes d'affaires inscrits à la P2. Le point clé de son programme politique est le "Plan de Renaissance Démocratique" pour "refonder" l'Etat.

Il a toujours gardé ses contacts en Amérique Latine. Il aurait beaucoup d'amis en Uruguay, Paraguay, Argentine, Brésil...

Gelli était très "lié" au banquier Roberto Calvi, trouvé "suicidé" sous le pont des Blackfriars à Londres. Il était le président du Banco Ambrosiano, la banque catholique sous contrôle du Vatican dont le fondateur Giuseppe Tovini vien d'etre canonisé par le pape.

A part cette condamnation pour banqueroute frauduleuse, il a été condamné à 10 ans pour "calomnie" au procès pour l'attentat à la gare de Bologne de 1981, mais étrangement il était toujours libre... Il a été aquitté pour d'autres charges: conspiration contre l'Etat, exportation de documents réservés, etc...

En fuite depuis le mois d'avril, il a été arrêté à Cannes.

Le "Maître vénérable" s'obstine à se présenter comme un écrivain et un poète, comme il aurait déclaré au Procureur de Grasse et comme peut le témoigner sa "home page".

 Selon un syndicat de policiers italien

Le SIULP, syndicat italien unitaire des travailleurs de police, s'inquiétait, le 14 mai 1998, après la fuite du Grand Maître, d'"une insuffisante action de prévention de la part des responsables de l'ordre et de la securité publique qui auraient pu et du disposer de mesures de prévention adaptées", et que des personnalités P2 étaient bien présentes à l'intérieur de la Police. En fait, il relate que l'"Association des Fonctionnaires de la Police d'Etat", à laquelle la Police encourage à adhérer, a été fondée et dirigée dans les années 80 par un inscrit à la P2, Aldo Arcuri, préfet de police de Benevento, Salerno et Bari, ou encore que récemment un autre inscrit à la P2, le Dr. Elio Cioppa, a été transféré de Sardègne au secrétariat du Chef de la police italienne.

 Polémique entre France et Italie sur l'arrestation

Pendant qu'on se demandait s'il était en Uruguay ou en Argentine, "sa deuxième patrie", ou encore en Roumanie, il se promenait tranquillement sur la côte d'Azur, entre Cannes, où il habitait une résidence sur la Croisette, et Monaco, où résidaient actuellement ses enfants... Et, où il aurait fondé en 1977 une structure secrète internationale, le "Comité executif maçonique", qui lui aurait porté assistance.

L'ombre d'une polémique entre France et Italie plane sur les conditions de son arrestation: selon Rome, la police italienne a participé activement à son interpellation, avec la présence d'un fonctionnaire à Cannes, fait que dément Jean Michel Durand, procureur de la République de Grasse, selon lequel la police italienne n'était pas présente au moment de l'arrestation. Une note de la police italienne a expliqué en suite qu'un fonctionnaire Criminalpol aurait contribué à organiser la filature à Monaco qui a permis en suite à la police française d'effectuer l'arrestation.

La question demeure: la police italienne voulait vraiment l'arreter?

 P2

La Loge P2 était une loge secrète fondée par Licio Gelli à l'intérieur de la Maçonnerie italienne. Dans la P2 on pouvait rencontrer des ministres, dirigeants de partis politiques, dirigeants des services secrets, affairistes, journalistes, officiers de l'armée et des forces de police...

Cette loge fut dissoute le 9 décembre 1981, et la commission parlementaire d'inquête relate en 1984 la liaison de Gelli avec les services secrets depuis 1950 et son engagement dans les événements sanglants des complots noirs dans le pays. La Commission a défini cette loge un "organisme subversif" qui voulait changer les caractéristiques de l'Etat.

Après la découverte de la liste des appartenants, le gouvernement fut obligé de se démettre.

Selon certains mafieux repentis, la mafia aurait commis certains homicides pour le compte de milieux politiques à travers la P2.

 Selon le Grand Orient d'Italie, très prudent,

"depuis les temps de Garibaldi a toujours existé une loge "couverte", composée de personnalités qui "préféraient ne pas dévoiler leur appartenance à la Maçonnerie". A partir de 1960, telle loge, Propagande 2 (P2), dirigée par un maçon toscain, Licio Gelli, a subi une dégéneration de type essentiellement affairiste. Un grand scandale en est né, à cause de la notoriété de ses adhérents. On passa ensuite à des accusations de "golpisme" (vouloir commettre des coups d'Etat) qui ont été reconnues sans fondement par la Cour d'Assises de Rome le 16 avril 1994, qui a aquitté Gelli de l'accusation de conspiration politique. Ce cas a laissé de telles cicatrices dans le Grand Orient d'Italie qu'aujourd'hui les loges "couvertes" sont interdites dans son sein."

 Une commission d'enquête parlementaire

Tina Anselmi, ex-démocrate-chrétienne (le parti du pouvoir de ces années-là), qui a néanmoins présidé la commission d'enquête sur la P2, déclare le 14 septembre 1998 au Corriere della Sera: "Le fils de Gelli, après la fuite, a dit deux choses. "Mon père s'est enfui après avoir réfléchi sur la fin de Calvi et Sindona" et: "les membres de la P2 étaient bien plus que ceux listés par la fameuse liste". Donc, il reste peut-être un millier de personnes qui se sentent soumis à un possible chantage(...)".

 Le Plan de renaissance démocratique de Gelli

est un plan soi-disant pour "revitaliser" le système à travers la "sollicitation" des organes de l'Etat, la magistrature, les partis, la presse, les syndicats...

En fait, il vise à "refonder" l'Etat italien dans une direction autoritaire à travers l'infiltration secrète, en passant par les individus, soit par conviction, soit par des forts moyens financiers, des organes cités.

Pour poursuivre ses buts, il se propose entre autre:

- de sélectionner les hommes politiques: par exemple, Mancini, Mariani et Craxi pour le Parti Socialiste; Visentini et Bandiera pour le Parti Républicain; Orlandi et Amidei pour les Socio-démocrates; Andreotti, Piccoli, Forlani, Gullotti et Bisaglia pour la Démocratie Chrétienne; Cottone et Quilleri pour les Libéraux; (eventuellement) Covelli pour la Droite Nationale.

- d'infiltrer la presse, individuellement par 2 ou 3 journalistes par quotidien ou périodique, de façon que l'un ne connaisse pas l'engagement de l'autre.

- d'acquerir des hebdomadaires.

- de faire dissoudre la RAI et de créer plusieurs chaînes câblées.

- de faire éclater les syndacats majoritaires, et appuyer la fusion de leurs restes avec les syndacats autonomes.

- finalement, d'effectuer quelques "retouches" à la Constitution...

Selon Tina Anselmi, présidente de la commission parlementaire d'enquête sur la P2, dans une interview de 1992 au quotidien "Il Giorno", "Ce qui a caractérisé la P2 c'est qu'elle ne visait pas à un coup d'Etat, mais qu'elle se glissait avec ses hommes... dans les parties vitales de l'Etat. Les sommets militaires, politiques, les journalistes étaient chargés de seconder et orienter la réalisation des buts prévus."

... ça ne l'a pas empêché d'appuyer les coups d'Etat des autres...

 Gladio

Déjà depuis 1947 les Etats-Unis commencèrent à construire en Italie une structure clandestine qui serait devenue active dans le cas d'une "insurrection" ou d'une victoire électorale communiste.

Elargie presque à l'Europe entière, cette structure, sous commandement américain et anglais, devint particulièrement puissante en Italie, où elle devint le plan "Gladio" (glaive) en 1956, avec une base d'entraînement, nombreuses caches d'armes, et près d'un millier de cadres prêts à effectuer d'ultérieurs recrutements et des opérations de guerrilla. La structure était connue uniquement par certaines hautes personnalités politiques et des services secrets italiens, ces mêmes services étant contrôlés et financés par la CIA.

On attribue à Gladio une participation importante dans les campagnes de terrorisme noir des années 60 jusqu'à 80 et dans les tentatives de coup d'Etat, notamment celui de Valerio Borghese en décembre 1970.

Dans les années 70, Gelli aurait été présenté par le responsable de la CIA à Rome, Ted Shackleton, au général Alexandre Haigh, devenu commandant en chef de l'OTAN de 74 à 79.

Grace à son plan de "Renaissance démocratique", la loge P2 était considérée comme une structure capable de prendre en main le gouvernement de l'Italie dans une hypotèse d'extrême droite.

Attentat meurtrier de Bologne

Dans les actes de la Cour de cassation, audience du 23/11/95, pour l'attentat de la gare de Bologne:

"Suite aux enquêtes sur l'attentat à la gare de Bologne le 2 août 1980, quand l'explosion d'une bombe a provoqué la mort de 85 personnes et plus de 150 blessés, les enquêteurs ont retenu que l'événement devait s'inscrire dans une complexe stratégie terroriste, mûrie dans les milieux de la droite subversive.

(...) Après la dissolution d'"Ordre Nouveau", en 1973, et "Avangarde Nationale", en 1976 (...), est née une nouvelle, complexe structure organisative (...) qui avait pour but une stratégie terroriste plus radicale: la lutte contre l'Etat (...) qui agissait à travers le besoin de diffuser la terreur parmi les masses (...) pour créer un climat d'acceptation d'un gouvernement plus autoritaire, non plus sensible aux aspirations démocratiques.

 Dans les actes de la Cour de cassation, audience du 23/11/95, pour l'attentat de la gare de Bologne:

"(...) l'existence d'une vaste association subversive composée, d'une part par des éléments provenant des mouvements néo-fascistes dissous, tels Paolo Signorelli, Massimiliano Fachini, Stefano Delle Chiaie, Adriano Tilgher, Maurizio Giorgi, Marco Ballan, et d'autre part par Licio Gelli, le chef de la loge P2, Francesco Pazienza, le collaborateur du directeur général du service de renseignement militaire SISMI, et deux autres officiers du service, le général Pietro Musumeci et le colonel Giuseppe Belmonte. On leur attribuait (...) d'un côté de vouloir subvertir les équilibres politiques constitutionnels, pour consolider les forces hostiles à la démocratie, et de l'autre (...) de favoriser les auteurs d'entreprises terroristes qui pouvaient s'inscrire dans leurs plans."

Ces quatre derniers ont été accusés, et finalement condamnés, pour "calomnie" (sic!), pour avoir détourné les enquêtes, jusqu'à "faire retrouver" dans un train, en janvier 1981, le même explosif que celui de l'attentat, avec des armes et des billets d'avion au nom de citoyens étrangers.

 Le banquier Calvi et l'argent du Vatican

Le crack du Banco Ambrosiano s'élève selon certains experts à plus de 1.200 millions de dollars de 1981/82.

Les pertes de cette banque catholique se sont accumulées grâce aux maneuvres de son président, Roberto Calvi, appartenant à la P2, et de l'archevêque américain Marcinkus, président de l'IOR (Institut pour les oeuvres de réligion, la banque du Vatican), très emmelé avec l'Ambrosiano.

Marcinkus, accusé lourdement, fut défendu jusqu'au bout par Jean-Paul II, qui le fit protéger par l'immunité diplomatique vaticane.

A noter qu'avec une opportunité miraculeuse le pape Jean-Paul II a béatifié le 20 septembre 1998 Giuseppe Tovini (1841-1897), le fondateur du Banco Ambrosiano.

Quant à Calvi, il fut trouvé "suicidé" à Londres, en juillet 1982, sous le pont des Blackfriars. Selon le tueur repenti Di Carlo, qui a confessé de l'avoir tué, c'est la mafia qui a commandité le crime, parce qu'elle aurait perdu beaucoup d'argent dans le crack de la banque.

 Sindona

Entre la fin de 1978 et 1979 Andreotti rencontre aux Etats-Unis Michele Sindona, malgré que ce dernier soit déjà en fuite pour la magistrature italienne.

Toujours entre 1978 et 1979 Andreotti rencontre dix fois le défenseur de Michele Sindona, l'avocat Rodolfo Guzzi:

le 25 juillet 1978, le 1er septembre 1978, le 5 octobre 1978, le 15 décembre 1978, le 8 janvier 1979, le 23 février 1979, le 22 mars 1979, le 26 juin 1979, le 5 septembre 1979 et le 21 mai 1980.

Michele Sindona, homme d'affaires sicilien lié à la mafia et appartenant à la P2, était un des principaux exportateurs de capitaux du Vatican à travers sa banque de Genève. Il a été assassiné avec un café empoisonné dans la prison de haute sécurité de Voghera. Il était en train de purger une peine de prison à vie pour l'homicide Ambrosoli, le commissaire liquidateur du Banco Ambrosiano après le crack.

 Pazienza

(Interrogatoire de Francesco Pazienza du 21/11/96, au procès Andreotti)

Il déclare que Bruno Tassandin, considéré comme l'homme de liaison de Gelli et la P2 avec le monde de la presse, possédait en 1981 10,5% des actions Rizzoli-Corriere della Sera; le poids pour faire la majorité dans l'actionnariat du groupe.

Francesco Pazienza, diplomé en médecine en 1972, a été présenté au général Santovito, le directeur du SISMI de l'époque, en 1980, quand en travaillant à Paris pour différentes sociétés, il a connu les responsables d'une société italienne, Bonifica SPA, dont les dirigeants étaient le frère et le neveu du général.

En mars 1981 il devient conseiller personnel de Roberto Calvi.

Il a été condamné à une peine de prison de 10 ans pour "calomnie" liée à l'attentat de Bologne.

 Peron

Des documents de relations financières entre Gelli et des personnalités d'Uruguay ont été trouvés debut juillet 1998 dans les propriétés du "Maître Vénérable", parmi un grand nombre de dossiers.

D'autre part, une "archive de la P2" fut trouvé à Montevideo, Uruguay, en 1981. En Argentine, il a entretenu des rapports proches avec Peron, par lequel il a même été décoré. Il aurait plus tard fondé une "filiale" de la P2, enrôlant entre autres l'amiral Emilio Massera et le Général Suarez Mason.

 Ceausescu

Gelli a été plusieurs fois en Roumanie en 1996, où il aurait soigné ses contacts avec Moscou et d'autres pays d'Europe de l'est.
Dans le passé, il aurait été ami de Ceausescu.

 Villa Wanda

La villa de Gelli, Villa Wanda, déjà fouillée plusieurs fois (le 11 mai on aurait trouvé dans un coffre des livrets d'épargne au nom de Gabriela Vasile), aurait révélé le 11 septembre environ 170 kg d'or cachés dans les pots de fleurs, provenants peût-être de Suisse, peut-être des pays de l'est, probablement l'ex-Yougoslavie...

Dans les précédentes perquisitions de la villa, de son appartement à Arezzo et sur un compte à Genève on aurait trouvé en total plus de 12 milliards de lires (ca. 36 millions de Francs), en plus de nombreux documents notamment sur le Banco Ambrosiano et à propos de ses cessions de ses avoirs et dettes aux membres de sa famille et à sa compagne roumaine Gabriela Vasile.

La villa a été perquisitionnée le 23 septembre 1998, pour la 37e fois! Selon certains documents déjà en main des inquêteurs, elle contiendrait encore bien de richesses cachées.

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