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Grève
générale du 27 Janvier en soutien aux
prisonniers basques Mardi
15 février 2000 Euskal
Herritarrok avait donc appelé les
travailleurs et le reste de ce que l'on appelle de
nos jours "la société civile" des 4
provinces du Pays Basque Sud (Araba, Bizkaia,
Gipuzkoa, Nafarroa) à cesser le travail et
à se mobiliser en soutien à la lutte
des prisonniers politiques. Une initiative
unilatérale, en contradiction avec ce qui se
faisait ces derniers mois, durant la trêve
observée par ETA. Visiblement, Euskal
Herritarrok a, là encore, relayé sur
le terrain politique légal une
décision relevant d'une stratégie
élaborée sous l'impulsion, voire la
pression, des structures clandestines. Le syndicat
des travailleurs abertzale (LAB) a suivi le
mouvement mais il est légitime de se
demander s'il avait une quelconque autre
alternative... Une
adhésion aux forceps La
grève générale était
donc le fait d'Euskal Herritarrok... mais les
autres organisations étaient aimablement
priés d'y adhérer. Quoique,
"aimablement" n'est pas vraiment le terme qui
convient le mieux pour décrire une situation
et des comportements qui ne datent pas
d'aujourd'hui... Car, dans des villes ou des
quartiers où la gauche abertzale - version
Euskal Herritarrok ou Herri Batasuna, s'entend - a
ses habitudes, il était très malvenu
de ne pas manifester son soutien enthousiaste
à la journée de grève
générale! Les piquets de grève
prenaient le visage de bandes de jeunes, plus ou
moins excités, qui sillonnaient les rues
afin de s'assurer que l'appel de EH était
entendu. Les commerçants qui avaient eu le
mauvais goût de ne pas avoir fermé
boutique étaient gentiment priés de
se conformer au mot d'ordre, sauf à subir
quelques dommages et
désagréments. Le
ton que j'emploie est certes ironique mais mon
sentiment est celui de la révolte. Je ne
conçois pas, même pour les causes les
plus justes et les situations les plus dramatiques
- comme peut l'être la condition des
prisonniers politiques basques - que
la
coercition remplace la
discussion
et la persuasion. |
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La
responsabilité de ce genre de
procédés anti-démocratiques se
situe clairement au niveau des stratèges
politiques officiels et officieux, de EH et de ETA
pour être plus précis. En effet, aussi
bien lors des années d'affrontement
frontal entre la gauche abertzale et les
nationalistes
basques
qualifiés au mieux de réformistes,
que durant la période de 14 mois qu'a
duré la dernière trêve de ETA,
la pratique de la kale
borroka
(que l'on peut traduire par guérilla
urbaine) est toujours restée une arme en
activité. Les responsables politiques de
Herri Batasuna et de Euskal Herritarrok n'ont
jamais sinon condamné tout au moins
critiqué ces agissements. Il est clair que
la kale borroka leur servait et leur sert toujours
de moyen de pression envers les pouvoirs politiques
basques et espagnols. On peut se demander toutefois
si cela ne s'est pas rapidement transformé
en machine infernale qui, bien souvent,
échappe à leur contrôle, pour
cause de vacuité abyssale de
réflexion politique dans ces milieux
réellement fanatisés. Les
moyens coercitifs mis en oeuvre n'ont cependant pas
produit les résultats escomptés. En
Gipuzkoa la grève a certes été
largement suivie dans les milieux
commerçants (en partie pour les raisons que
j'ai évoquées) et dans
l'enseignement, mais très peu dans le
secteur industriel, les services et les diverses
administrations. En Araba, Bizkaia et Nafarroa, peu
ou prou même constat, avec cette
différence que les pressions moindres
exercées sur les milieux commerçants
ont conduit à une moindre participation de
leur part. Les rassemblements organisés dans
différentes localités n'ont pas
davantage mobilisés la population basque. En
fait, il n'y a que dans l'enseignement et
particulièrement chez les
élèves que la journée de
grève générale peut être
qualifié de succès. En
regard du but recherché et des ambitions
affichées, cette journée du 27
Janvier est donc, objectivement, à
considérer comme un échec. Ce n'est
pas pour autant qu'il faut s'en réjouir car
les prisonniers, du fond des cellules où ils
croupissent, seront les premiers à en subir
les contre-coups, ne serait-ce que du seul point de
vue du moral. Faites
ce que je dis, ne faites pas ce que je
fais... Néanmoins,
si les prisonniers politiques n'ont eu de la
journée du 27 Janvier que l'écho du
bilan tiré par Arnaldo Otegi, porte-parole
de Euskal Herritarrok, ils n'auront eu que motif
à se réjouir. Selon Otegi, "l'appel
à la grève a connu un large
retentissement des milliers de personnes se sont
mobilisées pour la défense de la
dignité et des aspirations du peuple
basque". Le porte-parole de EH n'hésitait
pas dès lors à conclure que "ce jour
nous donne matière à nous
réjouir car on a pu mesurer la
détermination politique de la
société basque à faire face
à l'obstination et à la
négation de nos droits par les Etats
espagnols et français". Conscient
peut-être que le "succès" était
pour le moins en demi-teinte, Otegi ajoutait
toutefois à l'adresse des partis politiques
et des organisations qui n'avaient pas
appelé à la grève: "nous les
engageons à réfléchir et
à favoriser le travail en concertation; la
dynamique en faveur des aspirations du peuple
basque et des droits des prisonniers politiques
doit s'amplifier et, pour notre part, nous sommes
disposés à participer à des
initiatives communes". Il aurait fallu, pour
commencer, que EH s'applique à lui
même ces si louables
recommandations... Arnaldo
Otegi fait partie de cette jeune
génération de dirigeants de Herri
Batasuna et Euskal Herritarrok qui est apparue sur
le devant de la scène lorsque le pouvoir
espagnol a fait embastiller, en 1998, toute la
direction de HB, au motif que la coalition de la
gauche abertzale avait diffusé publiquement
une cassette vidéo de ETA présentant
les points d'une "alternative démocratique
". Une mesure répressive sans
précédent dans une démocratie
formelle, légitimement condamnée par
les diverses instances internationales des droits
de l'homme. Un
questionnement nécessaire Les
dirigeants antérieurs de Herri Batasuna
étaient connus pour leur aptitude
remarquable à manier la langue de bois mais
il s'avère que la génération
qui les a remplacé ne leur cède en
rien sur ce terrain. L'intransigeance, le
raidissement face à la critique ou au
questionnement venues du dehors et un certain
sentiment d'être les détenteurs de la
seule vérité qui vaille sont aussi
des comportements que l'on retrouve d' une
génération sur l'autre. Il n'est donc
pas étonnant qu'un nombre non
négligeable de personnes aient
déserté le militantisme au sein de
cette gauche abertzale, même si on peut
compter sur elles pour les mobilisations qui ne
souffrent aucune contestation quand à leur
légitimité. Alors
qu'en est-il de l'avenir pour la gauche abertzale
et pour son rôle prépondérant
dans le processus d'autodétermination du
peuple basque et d'exercice de tous ses droits? Il
en sera selon sa capacité à
s'inscrire dans le fonctionnement
démocratique, à bannir toute attitude
dogmatique et toute initiative unilatérale
et à renoncer à sa prétention
de parler au nom de l'ensemble du peuple
basque. |
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