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La
rupture de la trêve des actions
armées, annoncée le 29 Novembre par
ETA, a de nouveau durci le climat politique en
Euskal Herria (Pays Basque). Il faut
préciser tout de suite que de trêve,
il n'y en eut point, durant ces 14 mois, de la part
des Etats espagnol et français et de leurs
instruments de répression policière
et judiciaire, et ceci sous le prétexte
fallacieux que la "justice", ou ce qui en tient
lieu, devait suivre son cours. Cependant, c'est
l'immobilisme criminel du gouvernement conservateur
espagnol qui a donné à ETA le
meilleur prétexte pour reprendre le sentier
de la guerre.
Prétexte...
J'emploie ce mot à dessein, car, à
mon sens, la direction de ETA souhaitait, depuis
sans doute déjà quelque temps,
reprendre le contrôle des opérations
et ne plus laisser aux organisations abertzale
légales l'initiative sur le terrain
politique. Avant même l'annonce de la
trêve, en effet, le Parti Nationaliste Basque
(EAJ), Eusko Alkartasuna (EA), la coalition Euskal
Herritarrok comptant en son sein Herri Batasuna, et
quelques autres organisations syndicales ou civiles
avaient conclu un pacte d'action politique commune,
dénommé Accord de
Lizarra-Garazi.
Une
étrange rumeur
Il
était pour le moins troublant de voir les
adversaires de naguère, se livrant
auparavant une guerre à coup
d'anathèmes injurieux et menaçants,
voire de guérilla urbaine (kale borroka)
à laquelle répondait l'utilisation
partisane de la police basque Ertzaintza, se
retrouver tous sourires dehors autour de la
même table et faire front commun contre
Madrid. Néanmoins là était
bien le seul moyen de faire plier, tôt ou
tard, le pouvoir espagnol. Dans le conflit qui
oppose Euskal Herria à ses deux puissances
tutélaires, la solution ne peut,
d'évidence, être trouvé que sur
le plan politique, au travers des
représentations légales des uns et
des autres.
Ce
schéma ne convenait peut être pas
vraiment à ETA ou tout au moins la
manière dont les choses évoluaient
n'avait pas l'heur de lui plaire. Sans doute aussi
l'organisation clandestine sentait-elle que des
craquements se faisaient entendre en son sein ou
dans la mouvance qui la soutient. Ainsi, par
exemple,une étrange rumeur courait dans les
cercles militants: les découvertes de caches
d'armes et d'explosifs qui se sont
succédées durant l'année 1999,
ne pouvaient pas être le fait du hasard ou
bien du travail policier... mais étaient la
conséquence d'une sorte de gentleman's
agreement entre ETA et les autorités
françaises!
Au
delà du caractère d'un cynisme absolu
que ce scénario aurait supposé, c'eut
été faire bien peu de cas du sort des
personnes arrêtées lors de ces
découvertes. Quoiqu'il en soit, cette rumeur
ne pouvait provenir que de deux sources aux
antipodes l'une de l'autre: les milieux policiers
français et espagnols plus ou moins
barbouzards... et les secteurs pro-ETA n'ayant pas
accepté la trêve et le processus
unitaire Lizarra-Garazi.
Si
tu veux la paix, prépare la guerre?
La
rumeur, les tensions internes, le peu de confiance
envers les forces politiques abertzale composant le
Gouvernement de la Communauté Autonome
Basque, la pression de plus en plus forte du
Collectif des Prisonniers Basques
désespérant d'un geste de la part de
Madrid, la perte du rôle majeur en
matière d'initiative politique, l'attitude
bloquée du Partido Popular (PP), entre
autres raisons par souci électoral, tout
cela a sans doute joué dans la
décision de ETA de reprendre les
armes.
Il
semble toutefois que, suivant l'adage "si tu veux
la paix, prépare la guerre", l'organisation
clandestine ne soit pas resté inactive
durant les 14 mois de la trêve. En
témoigneraient ces fiches de renseignements
sur les allées et venues du Président
du Parlement Basque et ex-ministre de
l'intérieur à poigne du gouvernement
de Gasteiz, Juan-Maria Atutxa (EAJ), ainsi que des
responsables locaux du PP, trouvées
semble-t-il sur une présumée
dirigeante de ETA arrêtée
récemment à Pau.
La
rupture annoncée de la trêve ne s'est
pas concrétisée - pour l'heure tout
au moins - par des attentats. Il s'en est fallu
pourtant de peu, puisque deux camionnettes
bourrées respectivement de 950 et 750 kilos
d'explosifs ont été
interceptées par la police espagnole. Le
Gouvernement Aznar a aussitôt accusé
ETA de projeter des attentats à la voiture
piégée, destinés à
faire le plus de victimes possibles. S'il ne
fallait pas s'attendre à ce que Madrid dise
autre chose, force est de reconnaître qu'il
est malheureusement dans le vrai. Si ces attentats
avaient eu lieu, il auraient certainement
été des plus sanglants et cela aurait
ramené à la situation d'avant la
trêve, avec toutes ses
conséquences.
Des
questions qui se posent, des réponses qui
s'imposent
Dès
lors, une série de questions se pose: en cas
d'attentat sanglant, comment le justifierait-on
auprès des personnes qui, par conviction
humanitaire, soutiennent les jeûnes et
grèves de la faim des prisonniers politiques
basques? N'est-ce pas tromper de manière
éhontée les gens de jouer, d'un
côté, sur la corde sensible, et de
l'autre, en préparant ce type d'actions?
Jouer ainsi le bras de fer avec Madrid, n'est-ce
pas hypothéquer durablement toute
possibilité d'avancer vers un
règlement politique par un processus
d'action unitaire comme celui de l'accord
Lizarra-Garazi? Semer à nouveau des morts
sur la route vers la liberté du peuple
basque, n'est-ce pas en prolonger la longueur? Ce
sont des questions que je me pose en tant
qu'abertzale qui a connu la lutte clandestine et ne
renie en rien ses choix. Et je souhaiterais
vraiment que le débat et la discussion,
dégagés de toute attitude de soutien
inconditionnel comme de condamnation hypocrite et
stérile, puissent y amener des
réponses.
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