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Tactique
de la
dramatisation Vendredi
3 mars 2000 Celle-ci
s'articule autour de la grève de la faim
qu'ont entamé les prisonniers politiques
basques incarcérés dans les
geôles espagnoles et françaises dans
le but d'obtenir un rapatriement ou, tout du moins,
un rapprochement du Pays Basque. Cette
revendication ne souffre d'aucune contestation
car elle est tout à fait conforme aux
principes universels des droits de l'homme. Elle
est, de ce fait, largement partagée et
soutenue par la population du Pays Basque et ses
représentants élus. Chacun est en
effet à même de comprendre toutes les
difficultés que représentent pour les
familles des incarcérés politiques
des centaines voire des milliers de
kilomètres à faire pour une visite de
toute façon trop courte. Il n'y aucune
justification judiciaire ou autre pour infliger un
tel traitement aux familles et aux détenus
politiques, si ce n'est la volonté
machiavélique d'accentuer leurs
souffrances. S'élever contre cette
sanction avant jugement ou contre cette peine
supplémentaire non formulée dans une
condamnation et agir pour la faire supprimer est
une position que tous les abertzale et aussi
beaucoup de non nationalistes peuvent
assumer. Il
n'en est pas de même pour la forme de lutte
radicale, qu'est celle de la grève de la
faim: elle est dure avant tout pour ceux qui la
mènent! C'est clairement une
dramatisation dont certains ne mesurent pas
exactement ni les enjeux, ni les
risques. Car,
c'est méconnaître la culture
politique des Etats - espagnol et français:
devant leurs opinions publiques respectives, ils ne
peuvent pas se permettre de céder sous la
pression. C'est risquer sa vie pour des
revendications que gouvernants madrilènes et
parisiens ne voudront pas accorder dans les termes
qu'on leur impose. La grève de la faim -
dans la situation que nous évoquons en tous
cas - est un jusqu'au boutisme qui ouvre la porte
à d'autres actes extrêmes (sabotages,
violences urbaines, attentats) et prétend
déjà les justifier. Tout
ceci participe d'une volonté d'aggraver
la tension afin d'atteindre un seul objectif pour
ETA: être l'interlocuteur essentiel, sinon le
seul, d'une négociation politique que
serait amené à concéder le
gouvernement espagnol. L'émotion
suscitée par l'attentat
de Gasteiz
a fait descendre des foules immenses aussi bien
dans la capitale de la Communauté Autonome
Basque (100.000 personnes) que dans celle de la
Communauté Forale de Navarre (50.000
manifestants à Iruñea-Pampelune).
Mais la condamnation de la violence de ETA ne
s'est pas exprimé de manière
uniforme, loin s'en faut, ce qui en soit n'est
pas regrettable. A Gasteiz, les forces
nationalistes soutenant le président
Ibarretxe et les cohortes constitués par
l'union sacrée des socialistes et des
conservateurs espagnols (PSOE - PP) ont certes
défilé le même jour au
même endroit, mais en se regardant en chiens
de faïence et en deux cortèges bien
distincts. A Iruñea, capitale d'une province
de Navarre où le nationalisme basque est
minoritaire et où le navarrisme pro-espagnol
est la force majoritaire, les slogans anti ETA mais
aussi anti abertzale en général ont
tenus le haut du pavé Comme
dans un jeu d'échec, les pièces
sont redisposées et la partie promet
d'être longue et ponctuée de drames et
de souffrances. Un scénario catastrophe qui
pourrait être évité si les
nationalistes opposés à ETA,
électoralement majoritaires, se
décidaient enfin à être plus
conséquents avec leurs conceptions d'un Pays
Basque souverain. Il faudrait qu'ils se montrent
bien plus courageux face à Madrid et
à sa politique du pire. Il faudrait
également que la gauche abertzale se
démarque d'un soutien sans critique à
ETA: en investissant le terrain politique, sans
plus avoir un tuteur de l'ombre! C'est
toute une recomposition qui apparaît
indispensable pour que le Pays Basque retrouve les
voies de l'espoir dans un avenir de justice et de
paix. |
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