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Offensive
de ETA: un bateau ivre qui va vers le
naufrage Samedi
12 août 2000 "Espagne,
la guerre de l'Eta", La Repubblica,
09.08.2000 Terrible
litanie d'une violence clandestine qui s'emballe,
monstrueuses conséquences de deux
stratégies dogmatiques qui s'affrontent,
effrayante haine de deux camps qui pleurent chacun
ses morts et vénèrent ses seuls
martyrs, drame de toute une société
qui se demande comment elle pourra construire une
avenir de justice, de paix et de liberté
après tant de sang versé, tant de
souffrances endurées, tant de violence
répandu. Les mots paraissent
dérisoires, tant ils sont si peu aptes
à dire l'indicible. Ce qui se passe
aujourd'hui en Pays Basque Sud et dans l'Etat
espagnol dépasse l'entendement, les
garde-fous ont sauté, la folie règne
en maître. Car
c'est bien de folle dérive meurtrière
qu'il faut parler en se référant
à la campagne actuelle de ETA. Une
déraison qui reste certes politique dans ses
fondements et ses objectifs, mais une
déraison quand même. L'abertzale que
je suis, le militant engagé que j'ai
été et dont les convictions demeurent
intactes ne peut pas rester silencieux devant ce
déferlement d'inhumanité. Le silence
a toujours fait le lit des barbaries, les soutiens
inconditionnels sont les remparts des
totalitarismes, l'aveuglement justifie toujours
l'injustifiable. Les
espagnolistes maîtres de l'autonomie
? Quels
peuvent donc être les objectifs que poursuit
ETA dans cette offensive sans
précédent? Mon analyse n'aura valeur
que d'hypothèse, une parmi d'autres, tant il
apparaît difficile de cerner la
stratégie d'une organisation clandestine
qui, plus que jamais, s'arc-boute sur ses
certitudes. A mon sens, ETA vise ce que
j'appellerai la politique du pire, c'est à
dire une situation politique, au niveau du Pays
Basque Sud et de l'Etat espagnol, dans laquelle sa
stratégie militaire sera la seule
référence de la lutte
abertzale. Pour
parler plus clairement, il semblerait que ETA
cherche à toute force à jeter
à nouveau le Parti Nationaliste Basque
(EAJ-PNV - démocrate chrétien), au
pouvoir dans la Communauté Autonome Basque
(3 provinces sur 4), dans les bras du Parti
Socialiste d'Euskadi, succursale basque du Parti
Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Ce serait
là un objectif à court terme mais le
fin du fin consisterait, par rejet populaire d'une
violence tout azimuts, à faire perdre la
majorité au Parlement Basque (Legebiltzarra)
et donc , de facto, à la présidence
du gouvernement autonome (Eusko Jaurlaritza), aux
forces nationalistes qualifiées de
modérées. Si
ce scénario catastrophe se réalisait,
ce serait la première fois, depuis
l'instauration de l'autonomie, que le gouvernement
des 3 provinces basques d'Araba, Bizkaia et
Gipuzkoa échapperait aux nationalistes
historiques du PNV. Ce n'est pas du tout une
improbabilité, tant le Partido Popular (PP -
droite conservatrice espagnole) a progressé,
en terme électoral, dans la
Communauté Autonome Basque. Le PP
majoritaire, avec ou sans l'appui du PSOE - dans
une configuration union sacrée des
"démocrates" contre les violents, tout est
possible - la présidence de la
communauté autonome reviendrait à
Jaime Mayor Oreja, l'actuel ministre de
l'intérieur du gouvernement central de
José Maria Aznar. Un faucon parmi les
faucons. Un
bateau ivre qui va vers le naufrage Si
l'hypothèse que je formule a quelque
vraisemblance - mais je ne demande qu'à me
tromper - ETA est en passe de réussir la
première partie de sa stratégie de
l'affrontement sans concession. Déjà
les anathèmes et les insultes sont à
nouveau de mise contre les responsables du PNV
accusés de se préparer à
pactiser avec les forces espagnolistes (alors
même que ETA fait tout pour que cela se
réalise...), les batzoki (lieux de
réunion des cellules de base du PNV) sont
à nouveau attaqués, les autobus et
les guichets bancaires automatiques ont
recommencé à flamber, les rues des
grandes villes du Pays Basque Sud reprennent des
allures de Belfast. Belfast...
La référence est, de ma part, tout
à fait volontaire. Car ce climat de guerre
civile larvée, cette volonté de
cimenter un antagonisme total entre deux camps
inconciliables, celui des 'vrais' abertzale et
celui des espagnolistes alliés aux
'réformistes' tout justes bons à
gérer une autonomie au rabais, cette
glorification manichéenne de la lutte
abertzale matissée de culte des martyrs,
tout cela peut se traduire par un barbarisme certes
hideux mais hélas bien significatif d'une
réalité: l'ulsterisation. Dans
cette perspective du pire, ETA ne semble y voir
qu'avantages. L'organisation clandestine se
réaccaparerait l'étiquette de la
seule vrai force de résistance à
l'ennemi espagnol et elle resterait, surtout, seule
à la barre. Même si c'est celle d'un
bateau ivre qui va vers le naufrage. |
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