Texte seul

 

 

 

 

 

 

 

 

Naissance d'un
Etat-nation. Fin de rêve

par Enrico Porsia et Oreste Scalzone


2. Un cas exemplaire

Par quoi a été colonisé, balayé, le mythe chassidim du retour, les rêves des promoteurs d'Israël, des premières communautés anarcho-communistes à l'époque d'Emma Goldmann, des kibboutz de frontière?

Anéanti, balayé par l'aplatissement, l'emprisonnement, l'identification, du peuple Israélite dans l'empreinte génétique du 'State of Israel', conformé par la double détermination: théocratique et laïco-moderne, à la fois.

Essayons de comprendre.

Si nous écoutons un Palestinien.
Il nous dira "Sur ces terres, avant, c'est nous qui y étions. Ils nous ont chassés pour faire Israël. Cette terre nous appartient".

Il a raison.

Puis, nous écoutons un sioniste qui nous explique, au contraire, qu'avant d'avant, c'était son peuple qui vivait sur ces terres, et que c'était lui qui en a été chassé le premier.

Et il a raison.
Lui aussi.

Or, qu'elle est la vérité la plus vraie?
L'antérieure ou celle du statu quo?

Elles sont vraies, toutes les deux.

Le problème est ici.
La monstruosité c'est d'accepter l'engrenage du ralliement.

Le piège est ici: par un effet de miroir, chacun applique ses critères de légitimité et déifie sa propre raison en la présentant comme "La Raison".

Pourquoi sommes-nous contraints à prendre position, quand chacune de ces vérités est vraie?

Seul des irresponsables peuvent ne pas se rendre compte qu'entre deux raisons absolues, il n'y a que danger, qu'entre deux raisons absolues il n'y pas que la guerre:
Il y a la guerre totale, la guerre d'anéantissement, celle qui doit dénier toute reconnaissance à "l'ennemi"; "la guerre juste", forme moderne de la guerre sainte.

Pendant des siècles pourtant, Arabes et Juifs ont vécu sur les mêmes terres, sans guerre.

Jusqu'à un certain moment, donc, les deux raisons avaient la possibilité d'être… En paix.

Reconnues et respectées en tant que "raisons".

Que s'est-il passé?
Qu'est il en train de se passer aujourd'hui, où il existe un Etat et demi dans ce pays?

Il se passe qu'il suffit des "kamikazes"...

Si nous écoutons un jeune du Hammas, que nous dit-il?
"Regardez dans quelles conditions de sous-hommes ils nous font vivre!"

Il a raison.

Et Arafat, de son côté, lui, il est obligé d'appliquer une répression peut-être plus violente encore que celle qu'aurait pratiqué la police israélienne.

Aujourd'hui, Arafat n'a plus le libre arbitre.
Il se dit, "si je ne le fais pas, moi... C'est Israel qui va le faire. Et ce sera pire".

Il a raison.

Et Pérès, que se disait-il?
Il se disait que si Arafat ne le faisait pas bien,
il devra le faire lui-même.

Parce que sinon... En tout cas, le Likoud le ferait après les élections, et ce serait encore pire.

Il avait raison.

Ils ont tous raison.

Et ils sont tous otages, prisonniers d'un engrenage qui ne prévoit pas le choix, mais qui exige de se rallier.

Tous otages du système étatique, tous uniformisés derrière la logique du "moins pire" transformée en Bien absolu.

Tous cachés derrière un réalisme qui oblige toujours à abdiquer et toujours au nom du...
..."C'est le moins pire..."

 

©www.amnistia.net
journal quotidien illustré
Tous droits de reproduction et représentation réservés
contact: redaction@amnistia.net
Retour
Haut de page
Suite