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Naissance d'un
Etat-nation. Fin de rêve

par Enrico Porsia et Oreste Scalzone


3. Marchands de rêves

Dans l'espace publique, dans le marché de l'Opinion il y a beaucoup d'apprentis sorciers, dupes d'eux mêmes, qu'il soit en Algérie ou en Afghanistan, en Bosnie ou en Tchétchénie ou un peu partout.

Il y a ceux qui applaudissaient l'Armée Rouge, "porteuse de modernité aux femmes afghanes."

Ceux qui "supportaient" les intégristes afghans face à l'envahisseur soviétique, mais n'assumaient pas le cocktail "néo-féodal" de la nouvelle république islamique: despotisme, loi du talion, et femme bâillonnée par un tchador obligatoire.

Ceux qui, avant, étaient avec Saddam quand, déjà, il était un agresseur. C'était contre l'Iran de Khomeini, le "danger de l'Islam".

Ceux qui, avant, s'enflammaient pour les Ayatollah et puis se repliaient sans explication soit sur Saddam, soit sur Assad, en croyant que l'enseigne du Djihad anti-Occident était passée dans les mains de l'un ou de l'autre.

Ceux qui se ralliaient au "Nouvel Ordre Mondial" contre le démon Saddam quand, chose bien plus grave que de gazer les populations Kurdes, il s'emparait du pétrole de l'Emir du Koweït.

Ceux encore, qui sont plus castristes que Fidel, quand Fidel Castro lui-même déclare publiquement "les flics sont tous pareils, y compris les miens..."

Tous ceux qui font de la contrebande "d'engagement" sous forme de paris machiavéliques. Pour eux, le ralliement se passe ou bien avec les plus forts, parce qu'ils offrent des meilleures garanties, ou encore plus cyniquement, avec ceux qui reçoivent les bombes sur la figure: ainsi, on ne se trompe pas, et on peut dealer radicalités, générosités ou solidarités à bon marché, sur la peau des autres, sans rien risquer.

Enfin, ils abjurent toujours, publiquement ou par omission, mais, où est la différence?

Ils abjurent tout de même, mais ils le font avec la fierté de ceux qui ne trahissent jamais.

Il y en a aussi d'autres, eux, ils ont la solution dans la poche, toute prête comme une banderole de manif.

Ce sont ceux de l'"Etat laïque, multiculturel, multiconfessionnel, démocratique et progressiste". Pour le réaliser, ils appellent toujours Salomon, que ce soit Clinton ou le Directoire Mondial, qui arrive, et qu'est-ce qu'il fait?

Il n'a pas de choix, lui non plus.

Il fait ce que fait tout le monde: il garantit avec la force.

Il s'auto-garantit, avec la force et l'idéologie; en injectant tout de même, avant de s'en aller, le virus de la reproduction de la forme-Etat.

Nécessaire conjugaison dans les combinaisons les plus variées, "sang" et "terre".

"Jus sanguinis" et "Jus solis", communauté et société, identité et monopole de la souveraineté.

Encore une théologie qui prétend à la totalité.

Encore la "guerre juste", celle qui ne peut que poursuivre un même sujet en hybridant les codes d'ennemi, criminel, hérétique, bouc émissaire.

Jusqu'ici nous pourrions penser être face à la énième variation sur le thème et l'éternel refrain de la chanson anarchiste: mais bien au-delà, nous nous situons, dans les concepts et dans l'action, pour la critique de l'économie politique de la forme-Etat.

 

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