|
|
|
Le
fascisme
autrement
par
Patrick Silberstein,
éditeur
des "Editions
Syllepse".
Membre du conseil éditorial de
Mauvais Temps, revue de "débats et
de combats contre le fascisme et pour la
démocratie" animée par
René Mouriaux.
|
3.
Le monde change et le fascisme avec
lui
S'il
puise ses racines dans les ligues de la fin du 19e
siècle, dans celles de l'entre-deux-guerres,
dans la révolution conservatrice allemande
et dans celles des fascismes historiques, le
fascisme que dessine les "Fronts national" pour le
siècle à venir, n'en sera pas le
clone. Au fil de ses évolutions - à
l'évidence chaotiques, la scission en cours
en est une des illustrations -, le fascisme de
demain sera "postfasciste". Non pas au sens qu'il
aurait rompu avec ce qui constitue son coeur
idéologique mais au sens que lui donne
Gianfranco Fini, le leader de l'Alliance nationale
italienne.
L'enjeu
de la bataille en cours est la mise en orbite d'un
mouvement politique qui ne sera "postfasciste" que
parce que nous sommes à l'aube du 21e
siècle. Le "fascisme autrement" s'adosse
à ses matrices mais doit s'adapter à
des situations nationales et à un contexte
mondial qui sont différents de ceux qui ont
permis la prise du pouvoir au cours des
années vingt, trente et quarante. Le
fascisme qui se love sous nos yeux sera donc celui
de son temps. Ses contours ne peuvent être
encore qu'indistincts. Umberto Eco désigne
le phénomène comme un "totalitarisme
fuzzy [mais un] fascisme éternel",
c'est-à-dire un ensemble flou, aux contours
imprécis, aux formes mouvantes et dont
beaucoup de caractéristiques se
contredisent.
C'est
encore Mussolini qui permet de mieux saisir la
réalité du phénomène
qu'il incarnait : "subversif et conservateur",
"républicain et monarchiste",
"clérical et anticlérical". Ajoutons
à cela ce qu'écrit l'historien
américain Robert O. Paxton à propos
des fascismes historiques et qui convient
parfaitement à leurs héritiers
dès lors qu'ils sont devenus "parti de
masse": "Les idées comptent dans le fascisme
[mais] il faut expliciter exactement quand
et comment elles comptent. Les contradictions
qui embrouillent toute lecture de textes fascistes
ne peuvent être résolues que par
l'étude des choix faits par les fascistes
dans leur vie quotidienne."
Ce
qui ne fait aucun doute, c'est que la forme FN que
nous avons connu a vécu. Mais
l'émergence de formes fascistes modernes
dans les sociétés
ouest-européennes de cette fin de
siècle répond aux mêmes maux
que ceux qui avait nourri la naissance des
fascismes historiques: crise du capitalisme, crise
sociale, crise nationale, chômage de masse,
crise de la démocratie, inadéquation
des formes de régulation issues de la
période précédente. Et
par-dessus tout, culmine une nouvelle fois,
l'incapacité radicale du mouvement ouvrier
et des forces progressistes à proposer une
issue globale à ces crises en opposant
un bloc social progressiste, une stratégie,
un projet, une vision
émancipatrice.
|
|