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En relisant Foucault
par Nomos


3. Pathologie normalisatrice

A partir du XIXe siècle se sont donc énormément développés et opacifiés des appareils pour imposer des habitudes prescrictives, auxquelles il se doit de se soumettre et lesquelles engendrent une éthique factuelle de l'homologation.

Le "contrat" des régimes représentatifs, de la souveraineté comme volonté générale, se greffe alors à un système disciplinaire qui oeuvre comme une sorte de "contre-droit" afin de garantir la soumission des corps, pour en minimiser la force politique et maximaliser la force utile, pour reproduire éternellement les dissymétries sociales fondant la possibilité même de la naissance et de la survie du capitalisme, du profit.

A la surface, le "contrat" est la forme juridique qui lie entre eux les possesseurs et sauvegarde la propriété. Au sous-sol, l'habitude lie ceux qui ne possèdent que leur force de travail à un appareil de production qui ne leur appartient pas. L'habitude est donc complémentaire au "contrat", se tourne vers le propriétaires de leur seul corps, les fixe aux mécanismes productifs, caractérise les sujets les contraignant à une connexion d'attitudes, laquelle, pour sa part, définit l'appartenance des individus à une société, leur donne le statut de sujet de droit, de citoyen.

La "norme", l'individu "normal", n'est donc que le résultat d'une pratique constante de domination, une valeur qui ne recèle rien de "naturel", le siège d'une pacification entretenue au jour le jour par les armes sourdes des disciplines.

Voilà donc que le sujet "de droit", le sujet "libre et égal" de nos sociétés démocratiques, se manifeste pour ce qu'il est : une laborieuse fabrication. Qui révèle un "libre arbitre" encré dans des non-choix imposés, une "volonté décisionnelle" en tant que paradigme tout à fait opposé aux dynamiques des esprits autonomes véritables, indépendants.

L'homme soi-disant "sain" de nos sociétés n'est alors qu'un homme rapetissé, caricaturale, "malade", intrinsèquement pathologique. Par contre, le "vrai" normal (s'il y en a) demeure ailleurs, hors des codes qui en certifient l'état de "bonne santé".

Sa quête ne peut être que rébellion contre tous les codes du "devoir être", mais rébellion qui soupçonne d'elle même, car consciente que le corps révolté est lui même siège du pouvoir abhorré, que les victoires éventuelles sont toujours piégées et momentanées.

Normal et pathologique sont un nexus inextricable qui va bien au delà d'une interdépendance réciproque aux fins de leur constitution, car ils sont deux concepts ontologiquement réversibles dans leur contraire. En fait, l'un est l'autre, et leur partage formalisé n'est que pure fiction d'un gagnant sans certitude aucune de reproduire à jamais son ordre du discours.

Le nexus normal-pathologique ne renvoie pas seulement à la contradiction de sa généalogie fondatrice, mais aussi à des ambiguïtés directement opératoires d'un partage donné entre normal et pathologique. Tel est le cas de la prison, usine à produire délinquance, et donc pathologie pour les critères des gestionnaires de l'inclusion et de l'exclusion.

On a là affaire à un système social qui, tout en sanctifiant sa normalité, s'active pour la production de son contraire. Foucault en a décrit les raisons pratiques, qui se résument dans le fait qu'on fabrique du pathologique pour fabriquer du normal, et que le second n'est jamais une donnée acquise à simplement opposer au premier. Normal et pathologique n'ont pas vie propre, ils se nourrissent l'un l'autre. Pour pouvoir partager il faut que le deux éléments existent au même temps, se reproduisent ensemble, que l'un d'eux soit chargé d'une diversité si absolue que l'autre y puisse puiser la bonté de sa propre identité.

Le normal se fonde ainsi sur le pathologique, a besoin de lui pour s'affirmer. La dialectique entre les deux termes est encore un fois affirmée, et avec elle l'impossibilité de les traiter de façon séparée, l'un et l'autre. Car, au contraire de ce qu'on pourrait croire, l'opposition entre valeur et non-valeur ne se résout jamais par l'anéantissement réel du non-valeur, mais reste toujours à l'oeuvre. Forcément, "naturellement".

 

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